LA CAVALERIE ET L'ÉMIGRATION
chaque sous-officier et presque chaque garde a son petit ménage et exerce un métier, ce régiment qui ne sort pas de Paris et dont le service consiste à fournir tous les cinq jours quatre compagnies pour la garde du château de Versailles, — est-il utile de dire comme il s'est montré fidèle à ses drapeaux, comme il a rempli ses devoirs et comme ses officiers lui ont montré l'exemple?
Cela tiendrait-il, comme on le veut à présent, à ce que dans la cavalerie les cadres paraissent plus forts que dans l'infanterie? Mais, jamais régiment de cavalerie n'eut des cadres à mettre en comparaison avec ceux du régiment des Gardes françaises. Bien que, en 1777, le Roi en eût supprimé les enseignes à piques, les sergents-fourriers, les appointés et même les sergents d'ordre, que le régiment eût été réduit à six bataillons chacun de cinq compagnies, dont une de grenadiers à cent neuf hommes et quatre de fusiliers à cent soixante-seize hommes, formant au total un effectif de quatre mille huit cent soixante dix-huit hommes seulement ; il fallait compter, par compagnie de grenadiers, six officiers, quinze sergents et caporaux, sans parler du chirurgien et des trois musiciens ; par compagnie de fusiliers, six officiers aussi (il n'y a qu'un seul capitaine, mais de plus que chez les grenadiers, il y a un enseigne) et dix-huit sergents et caporaux, sans parler de
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m uf canonniers, un cliirurgien et quatre tambours. C'était donc un cadre de cent quatre-vingts officiers (non compris vingt-quatre enseignes surnuméraires) et de quatre centvingt-deux sergents et caporaux.
Et à cela il fallait joindre un état-major composé de quatre officiers-généraux, quatorze aides et sous aides-majors, cinq adjudants, un aumônier, deux chirurgiens-majors, trois tamboursmajors, seize musiciens, deux commissaires, un maréchal des logis, un prévôt avec lieutenant, greffier, juge auditeur, douze archers et un exécuteur. Ainsi, tout semblait combiné pour assurer le maintien de la discipline et l'exacte exécution des règlements militaires : mais, depuis vingt-six ans, le régiment tenait garnison à Paris ou aux environs; il avait perdu, au contact journalier de la population, l'esprit de corps. Il ne faisait que rarement, mollement, des exercices jugés inutiles pour l'instruction du soldat. Commande par des officiers-généraux très âgés et qui cherchaient d'abord la popularité, il avait été vainement remis à des mains plus fermes : le mauvais esprit de protestation et d'indiscipline avait soufflé sur les officiers contraints de sortir de leur oisiveté et d'apprendre quelque chose de leur état. Des officiers, le mécontentement, par un jeu naturel, s'était étendu aux sous-officiers