HUSSARDS
le hussard allemand de 1789 — quoique les Allemands fussent encore en assez grand nombre dans l'armée de Napoléon pour que, au catalogue du libraire Magimel, en novembre 1808, on trouve les règlements traduits à leur usage et que cela fasse même un article à part — c'était un hussard particulier, qui se réclamait de Lasalle, de Lebrun, de La Grange, de Pajol, de Liégeard, de Moncey, un hussard français qui portait, avec l'entrain, la vivacité, l'élégance de sa race, un uniforme qui ne pouvait passer inaperçu et qui, si même l'homme était lâche, s'il voulait fuir, sil le tentait, l'empêchait à jamais de se dissimuler, de se glisser et de se perdre dans la masse anonyme des fuyards, dans le troupeau qui, tête basse, s'évade confusément et se coule sans bruit le long des murs. Qu'on aille donc se dissimuler dans un gros de fantassins avec cette pelisse et ce dolman, cette culotte bleu de ciel à agréments blancs, sur qui tranche le gilet rouge, comme le portait le 1" Hussards; ou avec cette pelisse et ce dolman marron sur le gilet et la culotte bleu de ciel du 2^; ou lorsqu'on était, ainsi qu'au 3'", tout vêtu, dolman, pelisse, gilet et culotte de drap gris argentin! Et plus voyant encore le 4®, avec le dolman et la culotte bleu national, la pelisse écarlale à tresses jaunes et le gilet blanc; le 5*^ avec la pelisse blanche aux tresses citron, le
dolmau ôcarlale et la culollc bleu céleslc; le G* inversant les couleurs du 4" ; dolnian rouge et pelisse bleue; le 7", pelisse et dolman vcrl impérial, culolle et gilet écarlates; le 8", presque semblable, mais avec les tresses blanches au lieu de jonquilles; le 9°, bleu de ciel relevé par le jonquille des tresses et l'écarlate du dolman; le 10", bleu de ciel entièrement avec les tresses blanches, et le ii®, bleu foncé avec de l'écarlate au collet et aux parements et du jaune aux tresses. Et ce n'est pas assez : voici, sur la tête, le shako noir à plumet démesuré; voici, battant à la jambe, la sabretache de cuir noir, et, aux reins, voici la ceinture cramoisie à olives blanches ou jaunes. Un homme en tel costume, même sans l'énorme colback de la compagnie d'élite, était contraint d'être brave, non pas de faire seulement son devoir, mais plus que son d"evoir, de chercher l'exception, parce qu'il était lui-même une exception. Cela coûtait cher, dit-on. Soit, mais cela rapportait la victoire, et qu'y a-t-il de plus onéreux que la défaite ?
Pourtant, les Chasseurs à cheval, qui ont exactement la même organisation régimentaire et le même service que les Hussards, courent les
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mêmes périls et emportent une gloire pareille, sont loin d'avoir des uniformes si éclatants et si divers. Pour tous, le fond de l'habit est vert ainsi que les revers, mais, selon le régiment, le collet, les parements, les retroussis, les lisérés de couleur tranchante, diffèrent, et cela suffît pour créer à chaque corps une tenue qui lui est propre , qui le distingue des autres, qu'on prend avec joie, qu'on porte avec orgueil et qu'on ne quitte qu'à regret. Cela suffit pour faire du régiment une personne non seulement morale, mais physique, pour imposer à chaque homme qui en fait partie des obligations spéciales et maintenir l'unité. Ces régiments de Chasseurs sont très nombreux parce que l'arme, tout récemment organisée lorsque la Révolution éclate, a le même attrait qu'ont eu les Dragons à leur origine; elle attire par sa nouveauté. Ceux qui y entrent, étant de nature portés vers le métier et avides de se distinguer, font promptement à l'arme une réputation qui appelle d'autres volontaires.
On a dit que les Chasseurs ont été, durant la Révolution et l'Empire, les troupes légères françaises par excellence, « faisant le service comme les Hussards en y joignant l'avantage de charger en ligne ». Rien de plus vrai : à mesure que sortira de l'ombre, par les témoignages individuels, l'histoire collective des régiments de l'Em-
pire, l'on verra mieux le rôle élincelant qu'y ont joue les Chasseurs. Déjà les pièces officielles, telles que les publie la nouvelle école historique niililaire, donnent sur les faits môme, en parli- (•ulier ceux des campagnes de Prusse et de Pologne, d'admirables lumières. A côté, l'on voit peu à peu se former une documentation non moins précieuse qui, si parfois elle pèche par l'exactitude quant aux dates et aux no)ns, a cette supériorité de montrer à nu l'âme des hommes, de faire participer à leur vie et de faire envisager les événements commelescontemporains lesvoyaient. Or, nul doute que jusqu'ici les manuscrits publiés ne donnent aux Chasseurs une place prépondérante et, même en faisant la part de certaines exagérations, ne leur assurent la renommée que de leur temps ils avaient déjà conquise.
Il suffirait au surplus de citer les noms de ceux qui les ont commandés : ce sont les plus justement populaires, les plus franchement et les plus agréablement illustres; mais comment faire un choix alors que, en chaque régiment, chaque colonel voudrait une mention : Montbrun, Exelmans, Méda, Hubert, Labouré, Siraoneau, du l^*"; Lcniarois et Malhis, du 2®; Saint-Mars, Royer, de Potier, de Marbot, de Lawœstine, du 3®; partout des noms qui crient la gloire, et, pour seulement inscrire les noms, il laudrait des pages. Or, ce ne