GUIDES D'ITALIE ET DKOYPTE
l'ordre, en date d'Alexandrie, le 18 messidor an VI, par lequel le Général en chef constitue le corps des Guides a. dix compagnies, quatre et une auxiliaire à cheval, trois et deux auxiliaires ;i pied, plus soixante canonniers, formant, avec l'état-majoretvingt musiciens qui y sont attachés, un total de 1,244 hommes ? On peut penser seulement que le recrutement des quatre compagnies à cheval s'est opéré par un prélèvement sur les régiments de l'armée, que la compagnie auxiliaire à cheval a pu être formée en partie d'indigènes, comme les deux compagnies auxiliaires à pied; et on peut constater que l'efTeclif des trois compagnies réglementaires à pied se trouve correspondre assez exactement avec l'effectif des Guides à pied embarqués à Malte.
Quoi qu'il en soit, ce n'est plus ici, comme l'a dit Napoléon, < une compagnie de deux cents casse-cou bien montés, braves, hommes et chevaux d'élite », c'est une réserve qui, étant donné l'effectif total de l'armée, a son importance. Les trois éléments essentiels qui formeront par la suite la Garde consulaire, puis la Garde impériale, s'y trouvent réunis. Par suite de circonstances, ce furent les Grenadiers de la Garde du Directoire et les Grenadiers de la Garde des Consuls qui furent appelés à prendre dans la Garde consulaire les premières places; ce fut donc de
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ces corps que procédèrent les Grenadiers à cheval et les Grenadiers h pied de la Garde, mais des Guides de l'Année d'Egypte vinrent parallèlement les Chasseurs à cheval, les Chasseurs à pied et l'Artillerie. On peut même dire que pour l'idée mère, l'idée essentielle, l'idée de la Garde réserve, elle est toute réalisée dès l'an VI.
A son départ d'Alexandrie, Bonaparte emmène avec lui une centaine, de ses Guides, et ce sont eux qui, au 7 frimaire an VIII, sont constitués en une compagnie de Chasseurs à cheval comptant au total 117 hommes, officiers compris. Telle est l'origine modeste du corps. Il ne tarde pas à se développer d'une façon singulièrement rapide : d'abord, dès la fin de l'an VIII, malgré l'arrêté de frimaire, il ne s'agit plus d'une compagnie avec un simple capitaine commandant et trois lieutenants, mais de deux compagnies, chacune avec un chef d'escadron, un capitaine et quatre lieutenants; à la fin de l'an IX, ce ne sont plus deux compagnies, ce sont deux escadrons, chacun de deux compagnies, et l'élat-major aussi s'arrondit de deux adjudants sous-lieutenants et d'un porteétendard. Enfin, par les arrêtés du 23 brumaire et du 17 ventôse an X, le dernier pas est franchi : le régiment des Chasseurs est constitué tel que le régiment des Grenadiers. Il a un état-major composé de : un chef de brigade, trois et bientôt
quatre chefs d'escadron, un capitaine instructeur, un adjudant-major, un sous-instructeur, un quarlier-maitre, deux adjudants sous-lieutenants, quatre porte-étendard et deux officiers de santé; il y a un petit état-major de quatorze sousofficiers ou maîtres ouvriers, et, si l'arrêté détermine que provisoirement le régiment sera composé seulement de deux escadrons, chacun de deux compagnies de 118 chasseurs, officiers compris, plus deux enfants de troupe, ce provisoire dure peu; dès la fin de l'an X, les cadres sont au complet, et, pour recruter les quatre escadrons, l'on a trouvé assez d'hommes d'une conduite irréprochable, ayant fait quatre campagnes, ayant reçu des récompenses pour actions d'éclat et dont la taille atteint au moins 1 mètre 7 décimètres.
Dès lors on peut dire que le régiment a trouvé sa forme définitive; il ne subira plus maintenant que des changements insignifiants. A l'Empire, le décret du 10 thermidor an XII créera quelques emplois nouveaux dans l'état-major et, par compagnie, un emploi de lieutenant en premier; il augmentera le nombre des maréchaux des logis et des brigadiers et portera la force du régiment de 974 sabres à 1,018; un an plus tard, le décret du 30 fructidor an XIII établira un corps de vélites à cheval, dont quatre compagnies, chacune de 119 hommes, seront affectées aux Chasseurs; le
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15 avril 1806, l'organisation nouvelle de la Garde donnera aux Chasseurs deux majors au lieu d'un et sept chefs d'escadron, augmentera l'élat-major (le quelques officiers subalternes et le petit étatmajor de quelques sous officiers, mais il réduira les vclites à un escadron de deux compagnies de 125 hommes chacune. Le nom de vélites disparaîtra lui-même le l*^"" août 18M, où le nombre des escadrons du régiment sera régulièrement porté à cinq. Il sera de huit le 18 janvier 1813, de dix le 6 mars (celui des Mamelouks formant le dixième) et à la fin de la même année le régiment sera partagé en deux (l®"" et 2° Chasseurs de la Garde). Mais on peut penser que cette organisation n'a existé que sur le papier et pour la facilité des opérations militaires, que, de fait, les deux régiments ne formaient qu'un seul corps. Le 2* Chasseurs de la Garde est bien à la vérité employé nominalement, sous le général Maison, à la défense de la Belgique, tandis que le l*^"" suit l'Empereur, mais les compagnies de l'un et de l'autre régiment se trouvent mêlées; dans le 2", qui parait devoir être Jeune Garde, figurent des compagnies Vieille garde et réciproquement dans le \". Ce 2* Chasseurs a-t-il même été constitué officiellement? N'est-ce pas par une fausse interprétation des termes du décret du 18 janvier 1813 appliquant aux conscrits du 8® escadron nouvel-
lement formé la qualification de seconds chasseurs, qu'on est arrivé, lorsqu'un 9^ escadron a été organisé en 1814 et qu'une sorte d'apparence d'unité régimentaire a été établie, à qualifier celte unité de 2® régiment de Chasseurs à cheval de la Garde, de Hussards, d'Éclaireurs de la jeune Garde? Ce qui amènerait à le croire, c'est que, le 27 mai 1813 seulement, un corps fut constitué, portant officiellement le nom de 2^ régiment de Chasseurs de la Garde. Ce corps reçut alors un uniforme différant de celui des Chasseurs Vieille Garde par le schako rouge garance avec double visière, les parements garance au dolman, la bande garance au pantalon, la pelisse garance. Ce régiment, du reste, ne quitta Chantilly, où il paraît avoir été formé, que poursuivre la retraite sur la Loire.
C'est du corps des Guides que procède le corps des Chasseurs à cheval de la Garde; c'est des Guides aussi qu'il tient son uniforme. On a lieu de croire que de 1793 à 1799, les Guides ont porté l'habit vert avec collet écarlate, revers verts en pointe et passepoils rouges avec la culotte verte et le gilet rouge à deux rangs de boutons jaunes. Ils y ajoutaient l'épaulette et les aiguillettes jaunes (rouges selon certains documents graphiques). Quant à leur coiffure, en
Ilalie, c'était sans doute le chapeau, porté en colonne, avec plumet vert et rouge; au moment du départ pour rKgyplc, un colback en peau noire avec plumet semblable à celui du chapeau et (lamme rouge. Mais, déjà, chnpcau et colback sont portés allernativement, et les documents graphiques montrent des guides en colback à l'assaut d'Alexandrie, en colback et en chapeau à la bataille du Mont-Thabor, en chapeau même à Marengo. En Egypte, ils avaient, en fructidor an VI, reçu des casques d'une forme particulière (ju'ils ne paraissent point avoir conserves, et ils avaient été autorisés à porter le poulT tricolore (ju'ils ont gardé durant tout le Consulat et YEmpire.
- Ce sont là, comme on voit, les éléments essentiels du costume des chasseurs de la Garde, et il suffit de joindre à cet habit et à cette culotte verte et à ce gilet rouge, la pelisse rouge, pour que l'uniforme traditionnel apparaisse. Sans doute, par des détails, le costume participe plus de celui des Hussards que de celui des Chasseurs; avec le temps, et par suite de la splendeur croissante de la Cour impériale, il recevra des agréments etdcs enjolivements : la coidure s'exagérera en hauteur et en largeur, les tresses se multiplieront et la sabretache, d'abord portant un cor de chasse sur un faisceau de licteur, puis pré-
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sentant en belle couleur les armes de l'Empire, battra les bottes à la hongroise désormais découvertes et ornées d'un galon et d'un gland orange; mais d'essence, les Chasseurs de la Garde consulaire, puis impériale, resteront guides, et le fond de leur uniforme sera vert, non parce que le vert est la couleur des Chasseurs, mais parce que le vert est la couleur de Bonaparte — qu'il a même été la couleur nationale de la Corse. Bonaparte choisit le vert pour ses Guides parce que le vert est à son gré, de même que, au Consulat, sa livrée est verte et que, en Italie, il fait du vert la couleur nationale.
Cela est si vrai que i'étendard des chasseurs à cheval, cet étendard que le général Lefebvre- Desnoëttes avait sauvé et emporté dans son exil aux Etats-Unis, qu'il remit, lors de son retour désastreux en Europe, aux mains du roi Joseph et qui appartient aujourd'hui à S. A. le prince Napoléon-Charles, est vert, brodé en or et argent, de feuilles de chêne et de lauriers, avec, aux quatre coins, un corde chasse, au centre un cor beaucoup plus grand où sont inscrites les lettres E. F.; au-dessus, en banderolle, les mots : Chasseurs de la Garde; qu'il a ce qui prouve bien qu'il est l'étendard du régiment quoiqu'il affecte la forme d'un guidon de dragons, sa cravate frangée d'or et que cette cravate porte aux extré-
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mites, brodées d'or et d'argent, l'inscription en lettres d'or : Vive l'Empereur !
Le vert était accidentellement, peut-on dire, la couleur des Chasseurs; il est essentiellement la couleur napoléonienne.
On pourrait avec quelque recherche — et quel intérêt ne présenterait pas ce travail! — reconstituer presque en entier le personnel des Guides de l'Armée d'Italie. On ne veut indiquer ici que la carrière de quelques-uns; mais c'est là une note nécessaire. Pour faire voir de quel acier ces hommes étaient trempés et comme ils avaient été choisis, pour faire juger l'esprit qui les animait et les aventures qu'ils ont courues, rien ne vaut le récit de celle chevauchée héroïque par le monde, oîi l'escadron lancé en plein galop, laissant quelque mort à chaque coin de route, arrive à la fin de sa course si réduit qu'il compte à peine quelques cavaliers, mais escorté de ces ombres qui lui font cortège, si tumultueux alors et si grand que les survivants auront beau se chamarrer de décorations et de grades, le seul titre de Guide de l'Armée d'Italie qu'ils porteront devant la postérité, l'emportera sur tous les autres.
Bessières, capitaine de la compagnie, marche en tête; maréchal d'Empire, duc d'Istrie, colonel
général de la Garde, commandant en chef la cavalerie, il est tombé, à Rippach, de la mort du soldat.
Puis Jean-Baptiste Barbanègre, l'aîné de cette famille de héros; lieutenant aux Guides le 20 floréal an V, au sortir du 22^ Chasseurs ; capitaine en l'an VIT, durant l'expédition d'Egypte; entré dès l'an VIII capitaine aux Grenadiers à cheval, décoré d'un sabre d'honneur à Marengo, chef d'escadron et aide de camp de Bessières en l'an XI, colonel au 9® Hussards après Austerlitz, tué glorieusement à léna en menant la charge.
Dahlmann, fils de soldat, enfant de troupe au régiment Dauphin-cavalerie, admis à la solde à l'âge de huit ans, engagé en 1785 et passé brigadier en 1790; il quitte alors, mais rentre la même année soldat au 53° d'infanterie; il fait avec ce régiment les Campagnes de la Moselle et des Pyrénées-Orientales, est envoyé en Italie et passe, le 4 messidor an IV, dans les Guides; en trois mois, il y fait les bas grades et est nommé sous-lieutenant à la fin de l'an V. Après Salheyeh, le Général en chef le fait lieutenant, et capitaine après Aboukir. Dahlmann revient avec Bonaparte, et tout de suite après Brumaire il est capitaine adjudant-major de la Cavalerie di3 la Garde consulaire avec le grade supérieur; à l'organisation de l'an X, il prend le commandement d'un escadron
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des Chasseurs, el, en l'an XIV, lorsque Morland a élé lue à la charge d'Austerlilz, il est promu colonel en second. Il est général de brigade après léna et tombe à Eylau frappé à la hanche d'un coup de biscaïen. L'Empereur fit son fils baron de l'Empire avec une dolalion de 4,000 francs et (^onna 6.000 francs de pension à sa veuve.
Ensuite, un personnage singulier, un nègre, le citoyen Hercule, e J'ordonnai au citoyen Hercule, officier de mes guides, écrit Bonaparte dans son rapport sur la bataille d'ArcoIe (:29 brumaire an V), de choisir vingt-cinq hommes de sa compagnie, de longer l'Adige une demi-lieue et de tomber ensuite au grand galop sur le dos de l'ennemi en faisant sonner plusieurs trompettes. Cette manœuvre réussit parfaitement : l'infanterie ennemie en fut ébranlée. » Le service parut si éclatant au Général en chef que, le l*^"" nivôse, il nomma Hercule capitaine, en même temps qu'il allouait 72 francs à chacun des vingt-cinq guides qui l'avaient accompagné. Le 16 ventôse, il accorde à Hercule une gratification de 5,000 livres et aux guides qui étaient avec lui une gratification de 20,000 livres (les généraux, sauf Joubert qui a 2.000 livres, n'en ont que 1,000). Enfin, sur les cent sabres d'honneur dont, le 21 brumaire an YI, il a ordonné la distribution aux plus braves de son armée, il en donne un à Damingue
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(Joseph) dit Hercule, et il fait graver sur la lame: « Pour avoir renversé, à la tôle de vingt-cinq Guides, une colonne autrichienne à la bataille d'Arcole. »
Dans sa vieillesse, Hercule se plaisait à raconter que, fils d'un noir de Cuba, établi à Bordeaux, il s'était, tout enfant, engagé comme tambour et qu'en cette qualité il avait obtenu, avant la Révolution, des baguettes d'honneur: il avait, ensuite, disait-il, commandé, à l'époque de la Convention, un bataillon noir destiné à une expédition en Irlande, et enfin était entré comme lieutenant dans les Guides de l'Armée d'Italie. Il prétendait n'avoir pas quitté Napoléon, auquel il reprochait de ne l'avoir pas fait maréchal de France. L'Empereur, disait-il, sentant son injustice, voulait se débarrasser de lui en l'envoyant toujours au plus fort de la mêlée. Il se parait de la croix d'or de la Légion et de la croix de Saint-Louis et se donnait comme maréchal de camp en retraite.
Les deux premières assertions sont peut-être exactes. Quoique né à la Havane en 1761, Hercule a pu être transporté tout enfant à Bordeaux. On le trouve, en 1794, soldat dans Champagne-infanterie, et il a pu d'abord y être tambour, mais c'est là tout ce qu'il faut retenir de son récit. De Champagne-infanterie il est en réalité passé, en 1793, au 22® Chasseurs à cheval, avec lequel il a
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fait, à l'Armée des Pyronées-Orientales, les campagnes des ans II et III et où il a clé promu maréchal des logis le 120 prairial au III. Il est venu comme tel à l'armée d'Italie et a été incorporé avec son grade dans les Guides. Il est maréchal des logis quand, à Ba^sano, sous les ordres du lieutenant Guérin, il se précipite, lui douzième, sur deux bataillons croates qui forment l'arrièregarde de l'armée autrichienne et leur fait mettre bas les armes. Lieutenant à la suite de ce fait d'armes, il reçoit, pour sa conduite à Arcole, les faveur qu'on a vues.
Il passe en Egypte avec Bonaparte, combat avec son intrépidité habituelle aux Pyramides et à Saint-Jean-d'Acre. A Aboukir, il est chargé d'enlever une redoute, et, dans une charge furieuse, s'empare de tous les retranchements ennemis. Bonaparte lui reproche d'avoir outrepassé ses ordres. « Que voulez-vous, répond Hercule, nous étions en si beau chemin 1 » Nommé sur le champ de bataille chef d'escadron provisoire. Hercule revient en France avec son général et, dès frimaire an VIII, on le voit, ce nègre qui ne sait ni lire ni écrire, chef d'escadron des Chasseurs de la Garde, côte à côte avec Eugène de Beauharnais, le beau-fils de Bonaparte. Il reste trois ans en cet emploi, mais il y devient en vérité trop disparate à mesure qu'on approche de