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bauche des maladies honteuses dont ils ne devaient pas guérir.
Enfin remis, il arrêta avec Beaujeu, dont il se défiait, qu'il passerait du pont du Joly sur celui de Y Aimable; qu'il ouvrirait la marche et que le Joly suivrait avec la Belle.
Le 12 décembre, il entra dans le golfe du Mexique. Le 6 janvier, il passa, sans les reconnaître, devant les embouchures du Mississipi. Beaujeu lui ayant beaucoup exagéré les effets du GulfStream , il se croyait encore dans la baie d'Apalache. Quand il s'aperçut de son erreur, il était à cinquante lieues de sa destination, et Beaujeu, qui savait certainement à quoi s'en tenir, refusa méchamment de le conduire en arrière. Il fut ainsi dans l'obligation de prendre terre sur les rives de la baie de Saint- Louis ( Matagorda Bay ' , autrefois Saint Bernard, la Bahia del Espiritu Santo des relations espagnoles.
Après avoir visité , sondé et balisé l'entrée de la baie, après s'être assuré que les navires X Aimable et la Belle pouvaient y trouver un abri et que la barre ne présentait aucun danger sérieux, il donna l'ordre au chevalier d'Aigron , le 20 février, de passer avec Y Aimable , quand la haute mer lui serait signalée.
D'Aigron profita d'une absence de Cavelier de La Salle pour s'échouer volontairement sur un banc de sable ( 1 . Le navire fut mis en pièces, et la cargaison, éparpillée par le flot, fut presque entièrement perdue.
C'était encore un malheur irréparable.
Beaujeu prit à son bord le chevalier d'Aigron, quand son devoir était de l'abandonner à la justice de La Salle.
(1) Il y a unanimité pour considérer ce naufrage comme une odieuse trahison du sieur d'Aigron. Joutel. Journal historique . pp. 76-81.— Hennepin, loc. cit., pp. 1 9, 20. — Douar, loc. cit. — Proccs-verbau.v du sieur de La Salle sur le naufrage de la f.ûte /'Aimable, à l'embouchure du fieuve Colbert. <Arch. du Min. de la .Marine.) — Charlevoix, Hist. et Descript. gén. de la Nouvelle-France t. III, p. 10.
Enfin, par une nouvelle trahison, Beaujeu partit le [4 mars et reconnut, pour son propre compte, les embouchures du Mississipi, dont il fit faire la carte par Minet, ingénieur, qu'il ramenait en France, malgré La Salle. 11 avait refusé de livrer à celui-ci les armes, munitions et marchandises déposées à bord du Joly, sous prétexte qu'il aurait dérangé l'arrimage de son navire. Il abandonnait ainsi La Salle sans ressources, à cinquante lieues de sa destination, avec huit canons sans boulets, avec un personnel déjà fortement éprouvé , tout-à-fait démoralisé , entouré d'ennemis nombreux et implacables.
Quel fut le mobile du capitaine de Beaujeu? Eut-il assez peu de force de caractère pour sacrifier à ses rancunes son honneur et deux cents hommes ? A-t-il voulu servir les PP. jésuites, dont il était l'ami, au moins par sa femme ?
Par le rapprochement de certaines pièces et de certains faits , M. Parkman arrive à cette conclusion, qui semble parfaitement exacte, que Beaujeu devait être l'instrument des Jésuites (1) .
Dans tous les cas, sa conduite causa la perte de La Salle, et peut-être , par contre-coup , celle de notre colonie de l'Amérique du Nord.
La Salle, loin de perdre courage, se prépara à lutter virilement contre la fortune.
Il construisit un fortin au bord de la mer pour abriter provisoirement sa troupe et ce qu'il avait pu sauver du naufrage de X Aimable. Il partit ensuite avec cinquante hommes pour explorer la Rivière aux Bœufs , qu il prenait alors pour le bras occidental du Mississipi.
Tandis que le Rouennais Joutel, gouverneur du tort, bataillait chaque jour avec les sauvages et faisait vivre sa troupe dans
(1) Sa trahison ressort non-seulement des faits, mais encore de la correspondance qu'il a échangée avec La Salle dans le golfe du Mexique. M. Parkman, qui parle toujours sans passion, ne peut s'empêcher, comme M. Margry, d'accoler à son nom le qualificatif de traître. (V. p. 38ç), note 2.)
l'abondance, La Salle fondait, sur la Rivière aux Bœufs i), un nouveau fort qu'il baptisait de son nom favori de Saint-Louis.
Les sauvages, le découragement, surtout la maladie rapportée du Petit-Goave , réduisaient considérablement sa troupe. A force de persévérance et d'énergie , il termina cependant sa construction, mais après avoir appelé près de lui Joutel et les hommes laissés sous ses ordres. Il lit ensuite , avec vingt-quatre personnes , une excursion dans les environs , tant pour former ses compagnons à la fatigue , que pour étudier le pays et faire alliance avec quelques tribus indiennes.
A peine revenu , il partit pour une seconde excursion. Il descendit d'abord à la baie, visita la Belle, explora les côtes, puis s'enfonça dans les terres. De quel côté? Les récits de Joutel 2 , de l'abbé Cavelier 3 , d'Anastase Douav 4 , — contradictoires, nébuleux, discrets, - — ne permettent pas de le dire avec certitude. Nous supposons, pour les motifs que nous avons exposés dans les Découvertes et Etablissements de Cavelier de La Salle, pp. 297~3o5, qu'il fit route à l'ouest , vers les fameuses mines de Sainte-Barbe.
Ce long voyage dura jusqu'à la fin de février 1686, et ne semble pas avoir eu de résultats appréciables.
Dans Fintervalle, la Belle fut brisée par la tempête. C'était le plus grand malheur qui pût frapper La Salle. Il lui était désormais impossible de chercher par mer les embouchures du Mississipi. Sachant alors que la Rivière aux Bœufs n'était pas une branche de ce fleuve, il entrevit, sans aucun doute, dans une traversée par terre, des fatigues peut-être au-dessus des forces de ses compagnons, des dangers sans nombre, un succès incertain.
(1) Maintenant Lavaca. Joutel Tappellait Rivière aux Bœufs.
(2) Journal historique , pp. 1 2 3 - 1 2 5 .
(3) Relation du Voyage entrepris par feu M. Robert Cavelier, sieur de La Salle, pp. 16-29.
(4) Ch. Le Clerc, Premier établissement de la Foy dans la Nouvelle France , ch. xxiv
Il prit immédiatement son parti. Les événements le pressaient. Sa troupe continuait à diminuer rapidement. Chaque jour de retard lui enlevait une chance de salut. Il prépara une nouvelle expédition et partit avec vingt hommes, le 22 avril 1686. Les contrées qu'il traversa rirent l'admiration du P. Douay, l'historien de cette tentative. Diverses tribus , les unes errantes, les autres sédentaires , se rencontrèrent sur sa route , et toutes le reçurent avec bienveillance. Il était aux Assonis, sur la Rivière Rouge , plein d'espoir, quand, une fois encore , il tomba subitement et dangereusement malade , ainsi que son neveu Moranget. Ce qui arriva pendant cette maladie , d'environ quarante jours, se devine aisément. Plusieurs de ses hommes désertèrent, séduits par les mœurs douces et voluptueuses des habitants ; les autres se découragèrent, ce qui l'obligea de retourner sur ses pas. Le 17 octobre, il rentrait au fort Saint-Louis, avec huit hommes sur les vingt qu'il avait en partant.
Sa position devenant de plus en plus critique, il résolut de faire un suprême effort. Il lui fallait , sous peine de voir tous ses hommes tomber un à un autour de lui , arriver promptement aux Illinois. Il ne s'agissait plus, pour le moment, de conquérir la Nouvelle-Biscaye , mais de sauver les faibles débris de sa colonie. Il organisa donc une dernière colonne expéditionnaire, et, comme toujours, se mit à sa tète. Elle se composait de seize hommes (1), parmi lesquels se trouvaient son frère, ses deux neveux, Joutel et Douay.
Le 12 janvier 1687, elle se mit en route. Les adieux de ceux qui restaient à ceux qui partaient furent touchants. Tous avaient les larmes aux yeux, comme s'ils avaient pressenti qu'ils ne devaient plus se revoir.
Le 19 janvier, la petite troupe se trouvait aux Cenis, sur un affluent de la Trinité, encore bien loin de la « fatale rivière 3 »
(1) Leurs noms, que nous avons pu retrouver, sont rappelés dans les Découvertes et Etablissements de Cavelier de La Salle, p. 319.
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quand La Salie fut assassiné, au coin d'un bois, par Duhaut, l'un de ses officiers.
Ainsi finit ce héros, Tune des plus pures gloires de notre histoire nationale, Tun des plus grands hommes de la Normandie , si fertile en grands hommes.
Quelques écrivains imputent à ses défauts les malheurs dont il fut constamment la victime. Ce qu'une étude approfondie des faits nous a montré de clair,, de précis, c'est que des coteries mercantiles et religieuses, jalouses des succès qu'il obtint par des travaux prodigieux , par un génie supérieur, par un courage que nul n'a surpassé, Font poursuivi de leur haine mesquine jusqu'à la mort; nous dirons plus, pour être tout-à-fait vrai : jusqu'au-delà de la mort, car elles ont tout fait pour étouffer sa mémoire.
Nous terminerons ici notre récit.
Nous pensons avoir atteint le triple but que nous nous proposions, et qui était : de faire connaître le magnifique, savant et consciencieux ouvrage de M. Francis Parkman, de remettre une fois encore en lumière le grand nom de Robert Cavelier de La Salle , enfin de compléter notre propre travail par une analyse des documents dont M. Parkman nous a révélé l'existence.
Il nous reste à faire un Confiteor.
Nous avons dit, dans notre premier article : « Quant au nom « de La Salle, il (M. Parkman) le fait venir d'une propriété que « les Cavelier auraient eue aux environs de Rouen. Nous avons « consulté à cet égard M. de Beaurepaire , dont chacun apprécie « le savoir et l'extrême affabilité. Il ne connaît dans la Seine-In- « férieure ni fief ni manoir du nom de La Salle. »
Tout en nous remerciant en termes fort gracieux de l'ensemble de notre critique, M. Parkman nous a prié de profiter de ce que
nous étions sur place pour rechercher quelle était la propriété dont La Salle avait tiré son nom.
M. l'abbé Somménil, auteur d'ouvrages très appréciés sur la Normandie, a eu la bonté de nous faire savoir qu'il connaissait plusieurs fiefs du nom de La Salle et de nous donner des indications précises pour guider nos recherches.
M. Pierre Margry, qui possède dans ses moindres détails l'histoire de notre héros, nous a fait entendre que nous étions à côté de la vérité. Par discrétion, nous n'avons pas voulu lui demander un renseignement dont il tient peut-être à conserver la primeur, n'ayant dû l'obtenir qu'au prix de beaucoup de démarches.
Mettant à profit les renseignements que nous donnait obligeamment le savant éditeur du Chronicon Valassense, nous avons immédiatement entrepris de nouvelles recherches à la Bibliothèque, aux Archives du département et aux Archives du Palais-de-Justice. Malgré le bienveillantconcoursdeM.Frère, de M. de Beaurepaire, de M. Gosselin, toutes les espérances que nous avons pu concevoir se sont successivement évanouies. Le seul résultat certain de notre long travail, c'est que nous avions mal compris les paroles de M. de Beaurepaire ; qu'il y a dans les environs de Rouen, plusieurs fiefs et vavassoreries du nom de La Salle; que notre critique n'était pas fondée; que M. Parkman était dans le vrai. M. Parkman nous a d'ailleurs écrit qu'il tenait ce renseignement de M. Margry, ce qui, pour nous, tranche la question.