LE A
Après avoir donné les détails de la cérémonie, et même ce que Dablon rapporte de l'étrange discours du P. d'Allouez, M. Parkman s'écrie : « Que reste-t-il maintenant de cette souveraineté si pompeusement proclamée ? Le langage de la France sur les lèvres de quelques bateliers et vagabonds de race mêlée ; — cela et rien plus.» Nous le Savons, hélas! inais nous savons aussi que le Canada serait peut-être encore français si Louis XV avait pu lui faire le sacrifice d’une année de la pension de M"° de Pompadour (1); que les Canadiens étaient français de cœur et d'origine, et que c'est à l'extrémité méridionale de l'Amérique du Nord, à d’autres Français, qu'ils demandèrent un asile quand le gouvernement métropolitain les livra aux Anglais ; que la race anglo-saxonne n'a point fait oublier aux Indiens les joyeux et vaillants guerriers du pays des Gaules, non plus que les Robes-Noires (2) et les Pieds-Nuds de Saint-Françcois (3).
Aussitôt le départ de Saint-Lusson, les sauvages arrachèrent les armes du roi, dans la pensée qu'elles avaient une influence secrète et malfaisante.
Quand l'expédition revint à Québec, en 1072, Talon ignorait encore les dernières découvertes de Cavelier de la Salle. Il résolut de mettre à profit la position acquise par les jésuites pour reconnaître enfin cette mystérieuse rivière du Mississipi. Son choix tomba sur Louis Jolliet et Jacques Marquette, les deux hommes le plus capables, après La Salle, de remplir cette difficile mission. Rappelé en France sur ces entrefaites, il ne put que recommander Jolliet au nouveau gouverneur général, le comte de Frontenac.
Frontenac approuva les plans et le choix de Talon, et, « le jour de l’Immaculée Conception de la Sainte Vierge » le P. Mar-
(1) Trois à quatre millions. (Duruy, Hist, de Fr, t. 11, p. 456.) (2) Les Jésuites.
(3) Les Récollets,
quette vit, avec une joie extrême, Jolliet le venir prendre à la mission de Sant-Ignace, à Michillimackinac, pour réaliser le projet qu'il rêvait toujours, mais sans espoir, depuis longtemps, d'explorer le Mississipi.
M. Parkman a fait un émouvant récit de l'expédition, ce qu'il pouvait d’ailleurs mieux que personne. Non-seulement :l connaissait son sujet dans ses moindres détails, mais il a revu les lieux parcourus par les explorateurs.
Il passe avec eux le détroit de Michillimackinac et longe la rive septentrionale du lac Michigan. Il croit reconnaître les endroits où, le soir, ils tiraient les canots sur le sable pour préparer leurs repas au bord de la forêt. Sur l'emplacement des anciens villages de la nation du Feu, il lui semble entendre comme un lointain écho des interminables discours des Indiens sur les dangers d’une excursion dans la vallée du Mississipi. I les suit à la pointe de Green Bay, puis sur la Fox River, et peutêtre croit-il reconnaître la trace de leurs pas, le long des rapides, où ils faisaient le portage des canots.
Il traverse le lac Winebago et entend, comme ils l’entendirent, au matin, le chant des multitudes d'oiseaux que nourrissent les plaines immenses de la Folle-Avoine. Plus loin, ilcherche la place où Marquette vit avec tant de plaisir cette grande croix au pied de laquelle les sauvages faisaient, en chantant, des offrandes au Grand Manitou des Français. Louis Jolliet, Jacques Marquette et leurs compagnons revivent dans son imagination de savant et de pèlerin. Ils sont devant lui, autour de la croix ; ilentend Jolliet dire aux chefs et anciens des Mascoutens, des Miamis et des Kichapoos : « Je suis envoyé par le gouverneur du Canada pour découvrir de nouvelles terres; mon compagnon est envoyé par Dieu pour enseigner la foi aux habitants. Je vous prie de me donner des guides pour aller au Wisconsin. »
Il assiste par la pensée à leur embarquement sur cette rivière
re
que Jean Nicolet seul avait encore descendue ; comme les Indiens pressés sur la rive, il est émerveillé de leur audace et fait des vœux pour le succès de leur entreprise. Il continue de les suivre pas à pas sur le Wisconsin, sur le Mississipi ; il les accompagne dans chaque village, dans chaque cabane et les ramène enfin, par la rivière des Illinois, à leurs points de départ respectifs. Puis, en quelques coups de pinceau savamment appliqués, il peint le reste de l'existence aventureuse et pleine de périls des deux intrépides voyageurs.
Nous n’avons pas admis, comme M. Parkman, l'exactitude de certaines parties du récit de Jacques Marquette. Nous pénsons néanmoins avoir démontré (r) que les Récollets n'étaient pas plus fondés à nier son voyage avec Jolliet que les Jésuites ne le sont à contester les résultats de ceux faits par La Salle de 1669 à 1672.
« De l’humble Marquette, qui demandait à Dieu de mourir pour son Ordre et sa foi, nous passons à la mâle figure de Cavelier de la Salle. » Quelle différence entre les deux découvreurs! L'un, avec ses mains jointes et ses yeux levés au ciel, semble une évocation de quelque légende du moyen-age ; l’autre, qui avait le pied ferme, l'œil vif, l'air dominateur. personnifie le génie du monde moderne avec son audace et ses légitimes impatiences.
Sa nature méditative, de fortes études, un ardent amour de la gloire soutenu par un grand courage personnel lui avaient fait concevoir, comme nous l'avons dit, le projet d'ouvrir un chemin aux Indes Orientales à travers le continent américain. Ses dernières découvertes lui ayant appris que le Mississipi coulait au golfe du Mexique, il avait modifié son plan et décidé qu’il commencerait par descendre ce fleuve jusqu’à son embouchure pour limiter les progrès des Anglais et des Espa-
(1) Découvertes et établissements de Cavelier de la Salle, pp. 63-67. — Reyue de la Normandie, avril, 1870. ;
gnols et nous mettre en état, par la construction d'un fort, de profiter de la première guerre pour enlever à ces derniers leurs possessions de la Floride et de la Nouvelle-Biscaye. C'était le projet de Talon qu'il avait deviné et que sa connaissance du terrain, son expérience des voyages lui permettait de préciser.
Mais pour le mettre à exécution, il fallait deux choses: l'appui des autorités canadiennes et de l'argent.
Il se rendit auprès de Frontenac et luicommuniqua ses plans.
Ces deux hommes devaient s'entendre. Ils étaient également capables, résolus, entreprenants. Orgueilleux ? le jeune bourgeois ne l'était pas moins que le noble ; mais ce qui, chez ce dernier, était irascibilité, se traduisait chez l’autre en prudente réserve et hautaine froideur. Si leurs tempéraments difréraient, le fond de leurs caractères était le même.
La Salle voulait reculer les bornes de la Nouvelle-France, agrandir le cercle de nos relations commerciales, multiplier les chances de fortune qu’avaient les Canadiens. Frontenac ne voulait pas autre chose, et dans l'intérêt de sa gloire et dans l'intérêt du trafic qu'il allait faire plus ou moins ouvertement. Il faut bien le confesser: tandis que Mademoiselle de La Vallière et Madame de Montespan, qui se disputaient à cette époque le cœur et les nuits de Louis XIV, touchaient des millions, Louis de Buade, comte de Palluau et de Frontenac, gouverneur général du Canada, jouissait d’un traitement de 3,000 francs (1. Avec cela il était ruiné, avait des habitudes de dépense, et son éminente position le forçait à un grand train de maison. Il y avait donc pour lui nécessité d’enfreindre les ordonnances royales sur la traite, et La Salle était l'homme du monde avec lequel il lui était le plus facile de s'entendre.
Il l'assura de sa puissante protection. Pour de l'argent, La
(1) Selon La Potherie, qui était habituellement bien informé, le gouverneur général avait 12,000 fr., plus 3,000 fr. comme gouverneur particulier et 3,000 fr. pour frêt des provisions qu'il faisait venir de France. (T. 1, p. 244.)
Jui
ur
Salle n’en manqua pas, le jour où l'on vit la fortune lui adresser ses plus gracieux sourires.
IT
A ce point de son récit, M. Parkman nous reporte en arrière, au moment où le comte de Frontenac prit possession de son gouvernement.
Cet officier s'aperçut bien vite que le Canada ne vivait que du trafic des pelleteries. On ne tarda pas à lui faire remarquer que beaucoup d'individus, connus sous le nom de Coureurs de bois, passaient leur existence chez les Indiens, trafiquaient pour leur compte, sans autorisation, et finissaient par devenir aussi sauvages que leurs hôtes. Il fit rendre contre eux des lois d'une sévérité excessive (1), que M. Parkman semble approuver dans une certaine mesure. Elles eurent cet étrange résultat que les officiers, chargés d'en assurer l'exécution, mirent à imiter les coureurs de bois le même zèle qu'à les poursuivre.
Nous ne partageons pas sur les coureurs de bois l'avis de M. Parkman (2). Il est évident que les lois civiles et religieuses leur étaient fort légères, et que le dur lawless que leur applique l'éminent écrivain n'est pas tout à fait immérité.
Mais nous pensons qu'il faut, pour leur rendre justice, se placer au point de vue de l'influence française, c’est-à-dire négliger les écarts personnels pour s'attacher au résultat final. La question ainsi posée, nous ne pouvons que répéter ce que nous
- avons déjà dit ailleurs : « Que faisaient les Coureurs de bois ?
« Ils vagabondaient, chassaient, achetaient, vendaient, faisaient « la cour aux Indiennes, qui les adoraient pour le soin qu'ils pre- « naient de leur plaire. Chasseurs intrépides, vaillants et joyeux
(1) V. Découvertes et établissements de Cavelier de la Saile, p. 76, n. 1. (2) Nous partageons encore hien moins l'opinion de Charlevoix et celle de la Cour de France. ;
sd
« compagnons, ils captivaient les sauvages et parfois deve- « naïent leurs chefs. Souvent ils épousaient des filles du Grand- « Esprit. Toujours et partout ils faisaient chérir le nom dela « France. » (1).
Les fréquentes amnisties qui leur furent accordées prouvent que les pénalités prononcées contre eux produisaient peu d'effet.
Pour ces natures énergiques, avides d'aventures, impatientes des étroites lisières que prétendait leur imposer l'administration civile et religieuse du Canada, la vie libre des forêts avait un charme irrésistible. Nous voyons des hommes, comme le baron de Lahontan, chercher dans les wigwams des sauvages l’oubli des tracasseries qu'ils subissaient à Québec.
Frontenac apprit par La Salle et les missionnaires jésuites (2) qu’un danger, autrement grave que la présence des Coureurs de bois, menaçait la colonie. Les Anglais et les Hollandais intriguaient chez les Iroquois et sur les grands lacs pour nous faire déclarer la guerre. Leur but était de détacher ces peuples de notre alliance pour attirer dansla Nouvelle-Angleterre et à New- York tout le trafic qu'ils faisaient avec nous. C'était la ruine du Canada.
Dans le même temps, des plaintes nombreuses lui parvinrent contre le gouverneur particulier de Montréal, Nicolas Perrot, qu'il ne faut pas confondre'avec l'explorateur du même nom dont nous avons parlé. De ce que Perrot avait épousé une nièce de Talon, il se croyait tout permis et se permettait tout. Nommé et payé par les prêtres de Saint-Sulpice, propriétaires de l’île de Montréal, il avait eu assez d'influence pour se faire commissionner par le roi. Dès lors, il ne connut plus aucun frein et se moqua de ce que pouvaient penser et dire ses anciens patrons. Il eut ostensiblement, dans l’île qui porteson nom (3), un comptoir
(1) Découvertes et établissements de Cavelier de La Salle, p. 75.
(2) Lettre du P. Nouvel au comte de Frontenac, du 29 mai 1673. (Mission du Canada. Paris. Douniol, 1861, t. 1, app. Il, 1.)
(3) Elle est située dans le Saint-Laurent, à l’ouest de l’île de Montréal, entre le lac des Deux-Montagnes, au nord, et celui de Saint-Louis, au sud.
du
tre
pour arrêter tous les sauvages qui descendaient au m:rché de Montréal. Non content de ce monstrueux abusde pouvoir, il envoya dans les bois, pour faire la traite à son profit, jusqu'aux
soldats de la garnison qu’il faisait ensuite figurer sur les rôles comme déserteurs (1).
Frontenac résolut aussitôt de soustraire nos alliés à l'influence anglaise et de punir Perrot.
Il jugeait, avec raison, que le fort projeté par Courcelles (2) suffirait pour assurer ‘notre prépondérance sur le lac Ontario. Mais ce projet devait être vivement combattu par les négociants canadiens, par les Iroquois et les Jésuites.
Les premiers, qui souffraient beaucoup des concussions de Perrot et connaissaient les errements de l'administration coloniale, ne voyaient, dans la construction de ce fort, qu’un moyen d'enlever, au profit de Frontenac et de ses associés, avec le trafic que faisait le gouverneur de Montréal, le reste des pelleteries qui parvenaient à franchir l’île Perrot et une bonne partie de
(1) Tous les officiers, tant civils que militaires, l’imitaient. C'était la faute du gouvernement qui les payait mal ou pas du tout. — « Duchesneau, intendant, qui dénonça Frontenac à Seignelay, par lettre du 13 octobre 1681, avait des intérêts dans une compagnie rivale de celle du gouverneur. » {Note de M. Parkman.) — Du temps de Bougainville, les officiers détachés à Détroit faisaient publiquement la traite. {Mémoire sur l'état de la Nouvelle-France à l'époque de la guerre de sept ans. — Relations et mémoires inédits, p. 46. P. Margry. Paris. Challamel, 1867.)— « Gouverneur, intendant, magistrats, religieux, font le commerce et découragent les commerçants par une concurrence léonine, les jésuites font jusqu’à la contrebande. » (H. Martin, Histoire de France, t. xv, p. 460.) — Tonty déclare, dans une pétition au comte de Pontchartrain, ministre de la marine, qu'il a été sept ans sans toucher sa solde de capitaine d'infanterie. (Voir cette pétition dans les Découvertes et établissements de Cavelier de La Salle, app. V.)
(2) A la suite d’une longue guerre que les Iroquois avaient eue avec leurs voisins, Courcelles avait décidé, pour les contenir, de bâtir un fort à Cataracoui. Son rappel, qu’il avait demandé pour cause de santé, ne lui permit pas de donner suite à son projet, mais il le recommanda chaleureusement au comte de Frontenac. Il se croyait intéressé à cette construction, parce qu'il avait, par son adresse, gagné le consentement des Iroquois. (Charlevoix, Hist. et descript. gén. de la Nouv.-France,t. u, pp. 244-45).
Re Ÿ1
celles qui descendaient à Québec par l'Ottawa. Le remède leur parut pire que le mal. Quant aux bruits de guerre misen = vant, ils ne les voulaient pas croire, se pensant encore couverts par la dernière campagne de Courcelles. Ils protestèrent donc avec la plus grande énergie, et se préparèrent à porter leurs plaintes en France. Frontenac, pour mettre la Cour en présence d’un fait accompli, fit écrire immédiatement aux villes de Québec, Trois- Rivières et Montréal de se tenir prêtes à lui fournir, à leurs frais, aussitôt la fonte des neiges, les hommes et les canots dont il avait besoin. Ilinvita, en même temps, tous les officiers établis sur les rives du fleuve à se joindre à lui, et peu refusèrent, parce qu'ils ambitionnaient autant ses bonnes grâces qu'ils redoutaient l'effet de son mécontentement.
Le 3 juin 1673, il partit de Québec avec sa garde, son étatmajor, une partie de la garnison du fort Saint-Louis, un certain nombre de gentilshommes volontaires, et remonta le Saint-Laurent. La navigation fut extrêmement difficile à cause des rapides et du mauvais temps, mais il finit, à force d’opiniâtreté, par surmonter tous les obstacles. | |
Les Iroquois comprenaient trop bien leurs intérêts pour ne pas s'opposer à la construction d’un fort qui leur lierait les mains. C'était, en effet, un œil inquisiteur, soupconneux, servi par une redoutable épée, placé au cœur de leur pays, pour limiter la liberté de leur trafic et entraver les évolutions qu'ils faisaient entre les Français et les Anglais pour conserver leur indépendance.
La force ne pouvait faire à Frontenac qu’une position précaire et devait avoir pour résultat certain d’indisposer la cour contre lui et de le forcer à détruire son œuvre. La politique, au contraire, en fortifiant la paix existante, lui permettait d’opposer aux inquiétudes du commerce les grands avantages que le Canada ne pouvait manquer de retirer de la position nouvellement conquise. Il résolut donc de ne s'appuyer que sur la politique.
ds Ale
I écrivit à La Salle et aux missionnaires jésuites d'engager
F les chefs et anciens des cinq nations iroquoises à le venir voir à
» la baie de Quinté. La Salle lui ayant fait comprendre que la por sition la plus avantageuse pour la construction d’un fort était, € non la baie de Quinté, mais Cataracoui, situé à l'endroit où le ; Saint-Laurent s'échappe du lac Ontario, il donna l'ordre de 1 fixer Cataracoui pour lieu de rendez-vous. Nous voyons par pluÿ sieurs lettres de missionnaires jésuites, que nous avons sous les d yeux, que La Salle se donna beaucoup de mouvement pour que L la réunion fût aussi nombreuse que possible, $ i Frontenac, tout en imitant, comme on le voit, son prédéjé cesseur, eut pour tactique de frapper l'imagination des saul vages.
Pour pénétrer dans le lac, il forma sa flotille en ordre de ba-
é taille. Quatre divisions de canots composaient la première de ligne. Suivaïent deux petits navires armés de canons. Venait à ensuite le gouverneur général entouré de son état-major, de sa ij garde et des gentilshommes volontaires; à sa droite étaient les à canots de Trois-Rivières, # sa gauche, ceux des Indiens qui
avaient pris part à l'expéditio. Deux autres divisions fermaient $ la marche, qui se faisait lentement, en mesure, pour paraître ke imposante.
F4 Dans les entrevues solennelles, la troupe, en armes, formait là une double haie au bout de laquelle se trouvait Frontenac, tou- Ê jours entouré de son état-major, de sa garde et des gentilshomi mes volontaires. Les Iroquois n'étaient pas intimidés, mais
éblouis; quand, après avoir tranquillement fumé le calumet, à ils arrivaient en sa présence, ils ne s'étonnaient pas d’être appe- E lés par lui « mes enfants, » terme de supériorité qu'aucun gou- Lo verneur général n'avait encore osé se permettre. Son extrême 3) distinction, son langage à la fois bienveillant et ferme les sédui- ; sait, leur Ôtait toute idée de résistance.
Chaque jour il recevait à sa table les chefs et les personnes
LA
influentes, leur faisait des cadeaux, leur promettait sa pratection, leur vantait ce qu'il avait fait pour le seul plaisir de voir «ses enfants », et ce qu’il pourrait faire dans le cas où, infidèles à son alliance, il aurait à les punir. il leur prouvait que c'était par tendresse paternelle qu'il construisait un magasin où ils trouveraient, à l'avenir, sans longs et dangereux voyage., tout ce dont ils auraient besoin {:). Il leur recommandait vivement de ne se confier « qu'aux hommes de grand caractère comme le sieur de La Salle ».
Toutes les tribus défilèrent à Cataracoui; toutes furent enchantées du comte de Frontenac et rentrèrent dans leurs villages déterminées à rester en paix avec lui (2).
Quand il reprit le chemin de Québec, le fort était construit et la paix assurée pour longtemps. Ce magnifique résulta! avait coûté dix mille francs, dont il avait fait l'avasice. Comme il le disait au ministre, dans une lettre du 13 novembre 1673, analysée par M. Parkman, un vaisseau, que l’on construisait, suflirait désormais pour commander sur le lac Ontario, maintenir les Iroquois dans notre alliance et empêcher le commerce des Anglais. Il ajoutait ensuite avec assurance : un second fort sur le Niagara et un second vaisseau sur le lac Erié suffiront pour nous assurer la domination sur les lacs supérieurs. « Ce plan, dit M. Parkman, s'enchaînait essentiellement avec le projet de La Salle, et nous verrons bientôt celui-ciencommencer l'exécution. »
Tandis que La Salle restait à parachever les travaux de Cataracoui, la Cour, sollicitée par de puissantes influences, ne savait quelle détermination prendre. Frontenac écrivit à Colbert, en 1674, que de nouvelies intrigues se formaient contre nous, et
(1) C’est exactement, d’après Charlevoix, ce qu'aurait fait le général de Courcelles. (Histoire et description générale de la Nouvelle-France, t.u, pp. 244-45).
(2) V. la lettre écrite de Tethiroguen, le 9 septembre 1673, par le P. Lamberville, S.-J. au comte de Frontenac. (Mission du Canada. Paris, Douniol, 1861. App. Il. vw).