‹ Cavour et l'église libre dans l'état libreChapitre 10 sur 28 · LX VII I · texte numérisé non relu

LX VII I

dans ce scepticisme superficiel et vulgaire qui est, au fond , la négation de la religion, admettent, plus ou moins explicitement, que c’est là une question vitale pour le pays. Mais, tout en admettant l’importance de la question, ils pensent que la solution en est réservée à l’avenir, que c’est le temps qui seul peut faire sentir à la nation le besoin d’uno transformation religieuse, et qu’en attendant il faut l’y préparer , et l’y préparor par l’instruction et la science. Au premier coup d’œil, cette façon d’envisager le problème parait la plus raisonnable, et même la seule raisonnable, puisqu’elle paraît concilier le présent et l’avenir, les patients et les impatients, et, qui plus est, la religion et la science. Mais en est-il réellement ainsi, lorsqu’on y regarde de près? Pour moi, je ne le crois pas. Je crois même que cette solution, par là qu’elle a un semblant de vérité, est celle qui dans le fait s’éloigne le plus de la solution véritable.

D’abord, la solution d’uno question qu’on reconnaît comme vitale est par cela même urgente, très-urgente, ce qu’il y a de plus urgent, puisque c’est par elle que vit, grandit et se fortifie le reste. Renvoyer à l’avenir ce qui est vital c’est précisément s’ interdire l’avenir, cet avenir de prospérité, de puissance et do grandeur qu’on rêve pour son pays. C’est le pécheur qui renvoyant au lendemain sa conversion meurt dans l’impénitence finale.

Les partisans de la solution dont il s’agit diront

probablement que je force et dénature leur pensée ; que leur pensée est bien que la question religieuse est une question vitale, mais nullement qu’elle est la plus vitale et la plus urgente, et que ce qu’ il y a de plus vital et de plus urgent pour la nation c’est F instruction et la science.

C’est ainsi, en effet, que j’ai compris leur pensée, et si je l’ai forcée c'est pour donner plus do relief à la pensée opposée qui est la mienne.

Vous dites que ce qu’il y a de plus urgent c’est F instruction et la science, et moi je soutiens que ce qu’il y a de plus urgent c’est la rénovation de l’esprit religieux, que sans cette rénovation vous aurez bien une certaine instruction et une certaine science (une certaine instruction et une certaine science on F a toujours et partout) mais que vous n’aurez pas cette instruction et cette science que vous avez en vue, et sur lesquelles devrait, suivant vous, venir se greffer et s’épanouir la nouvelle conscience religieuse de la nation.

Le problème est, sans doute, difficile et complexe, je le sais, mais ce qui surtout le complique c’ost la façon dont on entend généralement, de nos jours, la religion, la science et leur rapport. L’opinion, en effet, qui domine aujourd’hui c’est que la religion n’a rien à voir dans le domaine de la science, que l’éducation intellectuelle et scientifique d'un peuple peut se faire sans la religion, et on va même jusqu’à considérer la

religion comme une institution qui par sa nature ne peut qn’opposer des entraves à cotte éducation. C'est en partant de cette conception de la religion que les partisans de l’opinion en question arrivent à la conclusion qu’ il faut commencer par F instruction et la science, et que la régénération religieuse viendra après comme un corollaire naturel et nécessaire. Car, disent-ils, une religion il faut l’avoir. Nous avons le catholicisme qui, tel qu’il est, nous le reconnaissons, ne s’harmonise plus avec les besoins, les aspirations de l’esprit moderne. Mais il est la religion des masses, la religion de la nation. Or, comment éveiller dans la nation le sentiment et le besoin d’une religion plus haute, plus spirituelle? Le seul moyen c’est la diffusion de l' instruction ot de la science.

Notons, d’abord, que ce raisonnement a contre lui contre l’histoire entière, l’histoire de toutes la nations. Dans l’Inde, en Grèce, à Rome, partout, la religion a précédé la science, et celle-ci est sortie de la religion, s’est développée sur un terrain préparé par elle. Et il en est de môme du christianisme et

do la civilisation des nations chrétiennes. Cette civi-

lisation est, elle aussi, sortie du christianisme. On dira que dans le christianisme, qu’on le considère dans son idée ou dans son histoire, est entrée comme condition, et non-seulement comme condition, mais comme élément intégrant, la civilisation des temps précédents. Sans doute, elle y est entrée, et.

suivant les paroles de l’Évangile, le christianisme n’a paru que lorsque les temps étaient accomplis. Mais cette civilisation le christianisme se l’est appropriée, il l’a transformée en l'absorbant dans son esprit, et a commencé par là, non comme science, mais comme religion, une nouvelle civilisation (1). Et autre n’est

(l)Th. Keim a récemment publié le livre de Celse « la vraie Parole, ou le m'ai Verbe » qu’il a reconstruit avec les fragments que nous en a conservés Origène dans son Apologie du Christianisme contre Celse. Comme le fait observer Keim, ce livre contient la critique la plus ancienne que le monde antique ait dirigée contre le christianisme; c’est dans l’ordre de la pensée le premier conflit qui s’est engagé entre le christianisme et l’ancienne civilisation. Après les travaux de l'exégèse moderne on peut dire qu’au point de vue philosophique cette critique n’a pas un bien grand intérêt. Mais il y a un trait qui mérite surtout d’être noté. C’est la conclusion du livre. Celse, après avoir attaqué la nouvelle religion au nom et comme représentant de l’ancienne civilisation, finit cependant par reconnaître que le christianisme a introduit dans le monde une conception plus haute et plus vraie de la divinité, et conclut en proposant une sorte de compromis où l’on admettrait le christianisme, mais ù condition que celui-ci ne prendrait pas une attitude hostile vis-à-vis de l’ancienne civilisation. Et le compromis devait se faire, et il s'est fait, comme il se fait partout dans les choses. Seulement, il ne s'est pas fait comme l’entendait Celse, c'est-à-dire hors du conflit. En effet , Celse en admettant que le christianisme contenait une nouvelle et plus

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pas non plus l’ordre de développement que nous rencontrons dans la Réforme. Ici aussi nous rencontrons l’esprit religieux comme point de départ et, en quelque sorte, comme substrat, et la science qui s’élève sur ce fondement. Luther réforme la religion et fonde l’école sur la religion réformée. S’il n’avait pas réformé la religion, ils auraient eu beau, lui, ses collaborateurs, et ses successeurs, fonder des écoles, accompagnées de l’instruction obligatoire et d'autres mesures semblables, ces institutions seraient restées lettre morte, par là même que le souille du nouvel esprit religieux ne serait pas venu les vivifier (1). On a dit et l’on répète que c’est à la

haute notion de la divinité, admettait implicitement, à son insu, que le christianisme portait aussi dans son sein une nouvelle et plus haute civilisation. De là la nécessité du conflit, et l’absorption dans ce conflit de l’ancienne civilisation dans le christianisme. Le christianisme ne l’emporte pas sur l’ancienne civilisation parcequ'il l'exclut (en l'excluant , la pensée et la civilisation chrétiennes ne seraient qu'une pensée et une civilisation abstraites) mais parcequ'il la renferme, et qu'en la renfermant la surpasse. L’établissement et le développement du christianisme constituent précisément ce conflit où et par lequel le christianisme s’est élevé au-dessus de l’ancienne civilisation en la façonnant et en la transformant au-dedans de lui-même et suivant son esprit.

(1) Ces considérations s'appliquent également à l’Angleterre. Tout le mouvement littéraire et scientifique • en Angleterre date de la Réforme,

science que l’Allemagne doit ces derniers triomphes. Moltke, dans un discours prononcé récemment à la Chambre des Seigneurs, et qui est problablement dans les souvenirs du lecteur, a corrigé ce qu’il y a d’exclusif dans cette opinion. « L’école, a-t-il dit, a bien contribué à nos succès. Mais l’école ne suffit pas quand il s’agit d'affronter la mort et de faire le sacrifice de sa vie. C’est surtout au caractère du peuple allemand qu’on doit attribuer ces succès (1) ». Qu'il me soit permis de compléter Ou d'interpréter la pensée du grand homme de guerre. Le caractère d’une nation est, sans doute, chose complexe. Mais ce qui le distingue et le forme, et ce qui a surtout formé celui du peuple allemand c’est la religion et la science. L’esprit guerrier lui-même se développe et se consolide sous l’action de ces deux puissances.

L'opinion en question a doue contre elle l’histoire. Mais, si elle a contre elle l’histoire, c’est qu’elle a contre elle la vérité et la raison. Et, d’abord, séparer la religion et la science, considérer la religion comme une étrangère, une intruse dans le domaine du savoir, et comme n’exerçant, et n’ayant pas le droit d’exercer une action sur la vie intellectuelle des peuples, c’est là, il faut le dire, une des notions les plus erronées qu’on puisse se faire de la religion et de la science elle-mê-

(1) Je n'ai pas sous les yeux les paroles textuelles du Maréchal, mais j’en reproduis, je crois, fidèlement le sens.

me. C’est la même pensée analytique abstraite qui brise ici le rapport de la religion et de la science, comme elle brise ailleurs le rapport de l'Église et de l’État, et comme elle pourra briser, suivant ses vues subjectives et arbitraires, tout rapport entre les différentes sphères de l’esprit, faisant ainsi de l’esprit une pièce de marqueterie, un composé d’accidents. Et c’est précisément après avoir ainsi séparé la religion et la science qu’on se représente une nation comme pouvant se régénérer intellectuellement et spirituellement en dehors de l’action, et môme contre l'action de la religion, et qu’en même temps, pour ne pas encourir le reproche d’exclure absolument la religion du mouvement de la vie nationale, on se ménage cette porte de derrière par laquelle on renvoie à l’avenir, c’est-à-dire, aux calendes grecques la fégénération religieuse.

Non, dites avec Strauss que la religion est un accident, ou une superfétation dans la vie des nations, et qu’il faut s’en débarrasser au plus vite, dites cela, et l’on vous comprendra, mais si vous admettez, comme vous devez bien l’admettre, la nécessité de la religion, vous devez admettre aussi que ce qu’il y a de plus urgent dans la rénovation de la vie des peuples c’est la rénovation de leur esprit religieux. Tant que cet esprit n’est pas renouvelé, rien n’est renouvelé. Il pourra bien y avoir une rénovation extérieure, formelle et, pour ainsi dire, mécanique, mais il n'y aura pas une rénovation intérieure, substantielle et spirituelle. On aura,

pour me servir do l'expression énergique de l’Évangile, un sépulcre blanchi. Et il en sÉ'a de même du savoir. On aura un savoir superficiel, artificiel, vide et académique, on n’aura pas un savoir sérieux, et un savoir auquel la nation s’intéresse sérieusement parcequ’elle s’y retrouve elle-même, et qu’elle s’y retrouve elle-même parcequ’il est le produit, et la plus haute expression, la fleur de son esprit. Se flatter de rajeunir la religion avec un tel savoir, c’est se flatter de rajeunir un vieillard avec le sang d’un vieillard ; ce qui revient à dire que dans un pays qui se berce ou que l’on berce dans l’attente do retremper sa conscience religieuse par un tel savoir, on finira par n'avoir ni religion ni savoir véritables.

C’est que la religion est la religion, qu’elle possède une nature, une action et une efficace que rien ne saurait remplacer dans la vie des nations. La philosophie elle-même, je l’ai dit, et le répète, ne saurait la remplacer, pas plus que le cerveau ne saurait remplacer le cœur, bien que le cœur et le cerveau soient intimement unis et également nécessaires. L’objet de la religion est si profond que quand on l’examine attentivement on trouve fort difficile de le distinguer de celui de la philosophie, puisque son objet est, comme celui de la philosophie, Dieu, l’absolu, l’absolue vérité. Seulement, dans la religion, cet objet existe, se manifeste et opère sous forme de représentation

absolue (1). Dieu, l'être absolu descend, se représente comme tel dans *îa conscience des nations (2), s’em- 1 pare, de cette conscience et la remplit de lui-même, et cette conscience, à son tour, se sentant intimement unie à l’ètre absolu, sent aussi se mouvoir en elle cette énergie que l’être absolu en se communiquant sous cette forme, et seulement sous celte forme, peut faire jaillir. C’est ainsi que Dieu est le Dieu vivant, le Dieu des nations, l'être absolu qui n’est pas enveloppé en lui-même, dans son existence abstraite et solitaire, mais qui est présent dans le monde, dans l’esprit et dans l’histoire. La religion est la sphère où s’accomplit cette manifestation spèciale de l'être absolu. Et c’est ce qui fait aussi la puissance spéciale de la religion. 4e dis manifestation et puissance spéciales; car dans la religion l’être absolu existe sous la double forme d’être sensible et d’être suprasensible, d’être représentable et d 'être placé au-dessus do toute représentation, et que nulle représentation ne saurait exprimer; ce qui constitue précisément la représentation absolue , et, parlant, la sphère propre du mystc-

(1) Voy. sur ce point plus loin §§ XX et XXI.

(2) Je dis conscience des nations, car la religion est une institution essentiellement nationale et pour les nations. Une religion individuelle est tout aussi absurde, plus absurde même, qu'un Etat individuel.

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re, de la foi et de l’espérance (1). Iæ religion a ainsi le privilège de pénétrer dans les aines par les voies

(1) C’est cette nature intermédiarie et mixte de la religion qui en rend difficile la connaissance. Comme en elle la représentation et l'absolu sont intimement unis , que cette union ou unité constitue sa nature , et que c'est cette unité qu'il faut saisir et développer, (ce que la [pensée spéculative et systématique peut seule accomplir) la pensée réfléchie, ou la réflexion, suivant qu'elle s'attache exclusivement à l'un ou à l’autre de ces«deux éléments, ou nie la religion, ou la confond avec la philosophie, ou si elle l'admet, elle l'admet avec cette réserve, savoir, que la religion n'est bonne que pour le peuple. En effet, lorsque la réflexion s'attache dans la religion exclusivement à l’absolu, et qu’elle ne tient pas compte de l'élément représentatif, sensible , naturel, elle en conclut que la religion ne diffère pas de la philosophie, et qu'elle n’a pas de raison d'être à côté de la philosophie. Par contre, lorsqu'elle s’attache à l’élément représentatif et aux différentes formes de la représentation, l'image, le symbole, le mythe, le verbe sensible, elle en conclut que la religion n'a pas de fondement rationnel, et qu'elle ne repose que sur un mythe, une fable. Enfin, en voyant, d'un côté, comment la légende et le mythe se rencontrent dans toutes les religions, mais, de l'autre, que tous les peuples ont une religion, et aussi l’action que la religion exerce sur les âmes, elle s’arrête à une espèce de compromis, en disant qu’il faut à la société une religion, mais que la religion n’est bonne que pour le peuple. C'est aussi à ce compromis que s'arrête volontiers l'homme politique. Et il s'y arrête pareequ'il est élastique et commode , et qu’ il se prête aux

les plus diverses, par l’image, le symbole, le mythe, le sentiment, et %ussi et surtout par la pensée en tant

nécessités de sa position et aux habitudes de son esprit. Ce compromis a, en effet, l'avantage de paraître satisfaire tout le monde, les adversaires aussi bien que les amis de la religion, l’homme irréligieux aussi bien que l’homme religieux. Et, de plus, si la religion n'est bonne que pour le peuple , on peut s'en servir comme d'un instrumenlum regni pour discipliner et contenir le peuple, et même pour lui en faire accroire, s’il en est besoin. «-Mais, d'abord, qu'est-ce que le peuple? C’est, dira-t-on, la multitude. Très-bien. Mais qu’estce que la multitude ? Et où commence et où finit la multitude? Faudra-t-il entendre par multitude la classe ouvrière, la classe qui vit par le travail manuel ? Mais il est absurde de limiter la religion à la classe ouvrière, ou, pour mieux dire, à une classe quelconque. Car il n’y a pas la moindre raison qui autorise à admettre que la religion est bonne pour la classe ouvrière, et qu’elle ne l'est pas pour celle des propriétaires, par exemple; ou qu’elle l’est pour la classe des propriétaires, et qu'elle ne l’est pas pour la classe ouvrière. A cela on pourra répondre que par multitude on n’entend ni la classe ouvrière, ni une classe quelconque, mais tout le monde, excepté les savants — Mais que faut-il entendre par savant? Le savoir est chose complexe, et il a des formes et des degrés différents. Faudra-t-il dire que dès qu’on sait , quelque soit d'ailleurs le savoir, il est permis de ne pas avoir de religion, d’être irréligieux, et non-seulement qu’il est permis, mais que c'est un devoir d’être irréligieux, puisque la religion n'est faite que pour l'ignorant? Non, dira-t-on ; ce n'est pas là non plus ce qu'on doit entendre par savant, mais sous cette dénomina-

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que foi ; ce qui fait qu’elle opère dans le monde de la nature et dans le monde de l’esprit, et qu’elle ré-

tion on doit seulement comprendre le naturaliste, le physicien, 1' homme politique et le philosophe. Ce qui veut dire que la science proprement dite, la science physique, la science politique, et la philosophie, par cela même qu’elle est la science, doit considérer la religion comme une tromperie et une illusion, comme une institution qui non-seulement n'est pas bonne pour elle, mais qui est le contraire de ce qu’elle est pour ceux qui ne savent pas, c’est-à-dire mauvaise — Mais si la science se trompe, et si elle se trompe parcequ’elle est impuissante à entendre la religion, que faudra-t-il penser de la science? 11 faudra dire qu’elle n’est pas la science, précisément parcequ’elle se trompe, et qu’elle se trompe surtout sur un objet aussi élevé et aussi essentiel que la religion. Et il est évident qu’elle se tromperait si elle prenait vis-à-vis de la religion l’attitude que lui marquent ceux «

dont nous examinons l’opinion. La science, en effet, devrait se dire: la religion est bonne pour tous, excepté pour moimême, par la raison que je suis la science. Or, cette position que prendrait la science vis-a-vis de la religion serait la position la plus antiscientifique qu'on puisse concevoir. En effet, pourquoi la religion serait-elle bonne pour le peuple, la multitude, la grande majorité de la nation? Évidemment parcequ’elle contient la vérité, de quelque façon, d’ailleurs, qu’elle la contienne ; car si elle ne contenait pas la vérité, la science, et la science surtout dont l’objet est la vérité, devrait aussi enseigner non qu’elle est bonne, mais qu’elle est mauvaise, et qu’elle est mauvaise pour le peuple autant et plus encore que pour elle-même. Et 1* homme politique devrait agir suivant

généré l’homme extérieur et l’homme intérieur tout ensemble. En d’autres termes, la religion, par lk qu’elle

cet enseignement de la science, puisque sa fonction spéciale consiste à gouverner le peuple suivant la raison, et à le rendre meilleur, et que, quand même sa sagesse politique ne lui ferait voir dans le peuple qu'un instrument, si l’instrument est mauvais et mal façonné, il sera mal servi dans l’emploi qu'il en devra faire. C'est que la religion est ou mauvaise pour tous, ou bonne pour tous, pour le savant tout aussi bien que pour le peuple Mais elle est bonne pour tous, et elle est bonne pour tous, parcequ'elle est nécessaire. Car ce qui est nécessaire est bon pour tous, et profite à tous, même à leur insu et malgré eux. Le savantpeut, sans doute, rejeter la religion, et à cet égard il ne diffère pas de l'ignorant qui peut la rejeter comme lui. Mai? la religion n’en est pas moins nécessaire, et n'en exerce pas moins son action rationnelle et bienfaisante sur la société, et partant sur lui aussi qui en est membre. Reconnaître et entendre cette nécessité, et la nature de cette nécessité, c'est là le véritable objet de la science, et plus spécialement de la philosophie. Et une philosophie qui n'entend pas la religion ne s'entend pas elle-même, puisqu'elle n’entend pas son objet, l'absolue vérité, dont la religion constitue une des sphères les plus essentielles. Ce qu’il faut donc dire c’est que la religion est faite non pour le peuple, mais pour les peuples, puisqu’un peuple ne saurait exister sans elle, et qu'étant faite pour les peuples elle a aussi la vertu de populariser sérieusement et efficacement toutes choses, l’instruction, les lettres, le science et la philosophie elle-même. Kt c'est pour cette raison même qu'une nation ne saurait se régénérer sans régénérer d'abord sa vie religieuse.

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