‹ Cavour et l'église libre dans l'état libreChapitre 9 sur 28 · LX VI · texte numérisé non relu

LX VI

en même temps au-dessus de l’histoire, et ne se confond pas avec elle.

Si maintenant de l’Allemagne je me tourne vers l’Italie, je me demande d'abord: où est la Réforme en Italie? A cette question on répond, nous l’avons vu, que la Réforme a été bonne autrefois, mais qu’elle a fait son temps, qu’elle est chose vieillie et dépassée, et que, d’ailleurs, l'Italie n’a qu'en faire, que chaque nation a son génie, et que le génie de la nation italienne est tout autre que celui des nations anglaise et allemande, et qu’autre aussi est son rôle dans l’histoire.

Or c'est là, j’ai à peine besoin de le faire observer, un de ces arguments qui expliquent et justifient tout, c’est-à-dire qui n’expliquent et ne justifient rien , et qui, je le crains, est puisé dans l’arsenal de la fainéantise et de l’impuissance. La Réforme a fait son temps! Elle est dépassée! Mais pour qui a-t-elle fait son temps? Et par qui est-elle dépassée? Que les Allemands nous disent: nous avons fait la Réforme, et c'est à elle, nous en convenons, que nous devons surtout ce que nous sommes. Mais elle ne nous suffit plus, il nous faut aller en avant, il nous faut développer et rajeunir l’esprit de la Réforme elle-même; que les Allemands tienneut ce langage on le conçoit , car ce sont eux qui ont fait la Réforme. Mais vous qui, religieusement parlant , n’avez rien réformé, de quel droit venez-vous dire que la Réforme est dépassée? Si elle est dépassée, ce n’est certes pas par vous. Votre argument est l’argument

LXVJI

de celui qui voyant les gens courir so dirait: à quoi bon courir puisque ces gens là seront à leur tour dépassés. Eh ! oui. Ils seront dépassés, mais par de meilleurs coureurs, et non par un spectateur impuissant ou sceptique.

Mais l’Italie court , dit-on. Seulement elle court à sa façon, suivant son gèrde, et là où son génie l’appelle. L’Italie court suivant son génie! Mais c’est là précisément la question. Nous, individus et nations, nous courons tous suivant notre génie. La Chiné , l’Espagne, l'Amérique courent chacune, comme l'Italie, suivant leur génie , et l’on pourrait dire de l’insensé qu’il court aussi suivant son génie. C’est donc là un argument qui n’en est pas un. Quolle est, en effet, la question dont il s’agit ici ? C’est de savoir si une nation peut sérieusement se régénérer sans régénérer sa conscience religieuse. Or, ma thèse est qu’elle ne peut pas se régénérer. Tant qu’on n’aura pas démontré la thèse contraire , l’argument fondé sur le génie de l’Italie n’a pas de sens, ou, s’il en a un, il en a un, à mon avis, fâcheux, très-fâcheux: c'est que la régénération religieuse de l’Italie il faut la reléguer dans le royaume des rêves et des chimères, et que sous ce rapport on peut appliquer à l’Italie le sil quali s est, aut non ail.

Il y a cependant, je dois le dire, on Italie des esprits réfléchis qui comprennent l’importance de la question religieuse, et qui, loin do se renfermer à cet égard

Page 1