‹ Cavour et l'église libre dans l'état libreChapitre 5 sur 28 · XL · texte numérisé non relu

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cardinal Cajètan. Il y eut un moment où Luther aurait tout accordé, il aurait accordé même les indul-

qu’il n'y eût point de foi dans le monde. La foi devient ainsi un pur accident. Qu'on étende cette conception de la foi aux choses en général, et l'on verra qu’elle n’est qu’une application, ou qu’un cas particulier de la doctrine du chaos. La doctrine de la grâce est une doctrine rationnelle , mais non dans le sens où on l’entend généralement. Tout vient de Dieu, la foi comme toute autre chose. Moi, mes pensées, mes voûtions, en tant qu'elles sont des pensées et des voûtions purement individuelles, n'ont pas de valeur; ce sont des accidents, des ombres fugitives et sans réalité. Elles n'ont une valeur qu’autant qu’elles sont conformes â la pensée et à la volonté divines. En ce sens on peut dire aussi que l’homme séparé de Dieu n’est que néant. Mais, si tout vient de Dieu, rien ne vient de Dieu suivant le caprice et l'accident. Car Dieu n’est Dieu que parcequ’il est la raison immuable et éternelle. Tout donc vient de Dieu suivant la raison, c'est-à-dire suivant l'idée, et suivant l'idée en tant que système. C’est là le point décisif, et qu’il faut saisir dans cette question , comme dans toute question en général. 11 y a dans l'ordre systématique des êtres, et, pour parler d'une façon plus déterminée, dans le système de l’esprit, la religion, et dans la religion, comme principe essentiel et spécifique, la foi. Maintenant comment se fait-il que tous n'aient point la foi , qu’il n’y ait même qu’un petit nombre qui l’ait ? À cette question il faut répondre par une autre question. Comment se fait-il que tous ne peuvent être magistrats, poètes, généraux, artisans, hommes politiques etc. ? Ou bien, comment se fait-

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gences, mais, comme nous venons de le voir, sur le point de la foi il fut inébranlable. Et de son côté c’est

il que dans l'organisme animal il y ait les bras, les jambes, le cœur, le cerveau etc. et que toutes les parties de cet organisme ne puissent être cerveau ou cœur etc. C'est la nécessité du système. Dans le système de l'esprit la religion est nécessaire, mais il n'en suit pas qu’elle puisse être le pertage de tous, que tous soient religieux, et moins encore que tous aient la foi. Le plus grand nombre peut avoir une certaine religion, une religion traditionnelle et extérieure, mais il n’y en a qu'un petit nombre qui ait la foi. Ce qui n'atteint en aucune façon la nécessité et l’action de la religion dans la vie de l'esprit, car ce n’est pas le nombre qui fait cette nécessité et cette action. Tout au contraire . plus haute est la sphère de l'esprit , et plus petit doit être le nombre des individus qui peuvent s’y élever et s’y mouvoir. Et c’est une des erreurs les plus graves et les plus fâcheuses que de placer dans le nombre la mesure, et le critérium de la vérité. Le nombre n’a jamais rien fondé, ni les religions, ni les Etats, ni la science; et il ne les a pas fondés, parcequ’il ne peut point les fonder. Le nombre c'est l’indétermination et la désorganisation , ce n'est pas l’énergie concentrée, déterminée et organisatrice. Et relativement à la foi, le nombre est indifférent pour elle, comme il est indifférent pour le génie et la science. L’essentiel c’est que la foi soit dans la société. Le nombre suit la foi, et en subit l’action à son iusu, et même malgré lui. Car cette action c’est l’action divine, c’est Dieu, tel que Dieu se manifeste et existe dans la foi.

sur ce point qu’insista surtout le Légat, k Que tu veuilles ou non, disait-il à Luther , il faut que tu te rétractes, ou je te coudamne pour ce seul article ». Et , en effet, l'Église catholique parle bien de la foi (et comment pourrait-elle n’en pas parler?) mais, dans le fait, ce qui domine chez elle c’est la doctrine des œuvres, et la foi se trouve rejetée au second plan, et en quelque sorte annulée. Quand on entoure, en effet, la foi d’un apparat d'institutions, de prescriptions et de moyens plus ou moins extérieurs, matériels et artificiels, tels que le culte des images, les indulgences, l’intercession des saints et de la Vierge, la confession , la messe et ses applications etc., la foi, et, avec la foi, la vie spirituelle finissent pas s’éteindre, et ce qui en reste c’est le mot qui ne va pas plus loin que les lèvres qui le prononcent. Si les indulgences peuvent faire mon salut, je n’ai qu’à me procurer les indulgences, et je pourrai me passer ainsi de ce qu’il y a de plus difficile à avoir, j’entends la foi. On dira peutêtre que les indulgences supposent la foi, et qu’elles ne sont efficaces que là où il y a la foi. Mais, d’abord, ce n’est pas là la doctrine de l’Eglise catholique, suivant cette doctrine les indulgences possédant une efficacité propre, indépendemment de la foi, et par la seule raison qu’elles sont fondées sur les mérites surèrogatoires de J. Christ (I). Mais supposons que la

il) Selon la constitution Unigenitus de Clément VI.— Aus-

foi soit la condition de l'efficacité des indulgences. En ce cas, celles-ci n'ont plus de raison d’être, puisque l’on possède ce qui est essentiel, et ce qui seul suffit pour son salut, c’est-à-dire la foi: Par conséquent, les indulgences ne sont, considérées en elles-mêmes, qu’une institution arbitraire, qu’un fait purement matériel , qu’une œuvre opposée à la foi , antispirituelle. Et il en est de même des autres institutions que nous venons de nommer. Si, par exemple, j’ai recours à l’intercession des saints, c’est que je n’ai pas la foi , et si je puis atteindre mon but par ce moyen, je pourrai ici aussi me passer de la foi.

Ainsi donc, replacer l’Allemagne et les nations chrétiennes en général sur le terrain de la foi, c’est là l’œuvre spéciale de la réforme luthérienne. Peu importe d’ailleurs la façon dont Luther a lui-même entendu la foi. L’essentiel c’est le principe. Un principe, une doctrine a une valeur propre intrinsèque et objective, et par suite une valeur indépendante de la façon subjective et limitée de celui qui en est le représentant et l’organe (1). Or la foi non-seulement est le

si Tetzel était-il conséquent lorsqu’il disait « Les indulgences effacent tous les péchés, ceux du monde et ceux de l’autre monde ». « Mes amis, disait-il encore, tous vos péchés vous sont pardonnes, tout cela est effacé sitôt que votre argent sonne au fond de ma caisse ».

(1) Au sujet de la foi luthérienne il faut remarquer que

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