‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 2)Chapitre 107 sur 171 · Gavour à Auguste de La Rive, 24 novembre · texte numérisé non relu

Gavour à Auguste de La Rive, 24 novembre

merce, dit-il, est la plus rationnelle qui soit, puisque seule elle permet le ravitaillement de toutes les classes sociales, de même qu'elle excite la culture et l'industrie à réaliser d'incessants progrès. Le protectionnisme outré, tel que le mettent en pratique les lois anglaises sur les céréales, est d'un empirisme exécrable, car il fait la vie chère et engendre la routine. Si la Grande-Bretagne ouvre ses frontières aux céréales d'outremer, elle amènera ses fermiers à une culture plus intensive, par l'application des sciences de la chimie et de la physiologie végétale à l'agriculture ; elle trouvera dans le développement de son industrie et de ses usines la compensation des pertes éprouvées par Farrivée du blé étranger. Les expédients employés par sir Robert Peel pour atténuer les fâcheuses conséquences de la législation sur les céréales ne sont que des mo3'ens sans portée et Cavour prévoit une « large réforme » des tarifs, s'étendant dans un prompt avenir à l'importation des céréales et entraînant la chute de « toutes les barrières protectrices qui ont si longtemps entouré l'industrie agricole et manufacturière de la Grande-Bretagne ». Ainsi l'Angleterre aura donné l'exemple d'une nation accordant ses lois commerciales avec les principes de la science ; cet exemple exercera partout une influence salutaire et les préceptes de la science « finiront par triompher sur le continent des préjugés et des fausses doctrines économiques, dont l'empire peut paraître indestructible ».

Avec une merveilleuse précision, Cavour avait prédit des événements imprévus, inévitables et prochains : un an après, au début de 1846, sir Robert Peel se convertissait brusquement au libre échange, et, malgré l'opposition de son propre parti, faisait voter l'abolition des lois sur les céréales ; il tombait au jour même de son succès, mais il avait arraché au Parlement une réforme féconde et bienfaisante. « Le devoir de sir

Robert Peel, écrivait plus tard Cavour, était de sacrifier sa consùtency, son pouvoir comme chef de parti au salut de la patrie. Oui, la réforme de Peel a été le salut de l'Angleterre... Elle doit des statues à Peel. Un jour, il les aura \ »

Au moment où les idées de sir Robert Peel triomphent, où le ministre vainqueur succombe, Cavour désire exposer une fois encore aux lecteurs italiens les principes de liberté commerciale, de libre échange, qu'il tient pour la vérité scientifique, le salut pratique. 11 veut que ces vérités profitent à la nouvelle Italie telle que ses amis et lui-même, les modérés, l'espèrent et la préparent : le 31 mars 1847, il publie un important article dans VAntologia italiana, revue fondée depuis peu par Predari avec la collaboration du comte Balbo, l'auteur des Speranze cVltalia, et dans l'esprit de ce livre. Sous ce titre « De l'influence que la nouvelle politique commerciale anglaise doit exercer sur le monde économique et sur l'Italie en particulier », Cavour établit quels avantages l'Angleterre a tirés de la modification douanière, quelle influence celle-ci exercera sur l'action économique du rovaume à l'étranger, par conséquent de quelle portée universelle a été la réforme de 184(3. Et s'attachant spécialement au sort de son pays, il conclut : « Je crois avoir démontré que de telles réformes ont une action morale et une action matérielle. La liberté commerciale est un point vers lequel gravitent tous les peuples civilisés. Le mouvement qui y pousse la société italienne peut être plus ou moins lent ; mais elle l'atteindra sans faute tôt ou tard. Il convient donc d'examiner de suite quelles modifications dans les conditions économiques de notre patrie le triomphe des pures doctrines doit apporter. Une telle étude n'est pas prématurée. » I^ostra patria, ici comme dans la

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