‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 2)Chapitre 111 sur 171 · Cavour à M^^" Maurice de Sellon, d" mars lb4o · texte numérisé non relu

Cavour à M^^" Maurice de Sellon, d" mars lb4o

lion de fonder une Société agricole, ils ne parlaient que « du développement de l'agricullure et des arts et industries s'y rapportant ». Us donnaient d'ailleurs toute garantie de loyalisme et même de pure morale, nul ne devant entrer dans l'association « s'il n'appartenait à la religion chrétienne » ; dès que l'Association aurait deux cents membres, elle élirait son Président et son bureau, soumis d'ailleurs à l'acceptation du ministre et à la surveillance d'un commissaire royal. Le comte de la Marguerite, s'il avait été consulté, se fût méfié, la réunion de tous ces aristocrates indépendants ne lui aurait dit rien qui valût ; mais le ministre de l'Intérieur était le comte Gallina, point fanatique, ami personnel de plusieurs des postulants ; il consentit et le 25 août 1842 le roi Charles- Albert signa le brevet qui donnait vie à l'un des plus puissants organes du Risorgimento.

Les fondateurs avaient, en effet, pour dessein secret de consacrer tous leurs efforts, toute l'autorité de leur associalion, au développement du sentiment national et à la recherche d'institutions libérales ^ Il était à prévoir qu'en s'entretenant du blé ou du maïs, les cultivateurs seraient amenés à parier du régime financier et douanier ; qu'en étudiant la législation immobilière, ils prendraient exemple des pays les plus avancés, la France et l'Angleterre ; et qu'à se réunir ainsi pour exposer, discuter, réclamer, ils acquerraient vite le besoin d'avoir leurs représentants auprès du gouvernement. Ainsi advint-il.

Les débuts de la Société furent faciles et brillants : dès le mois de février elle comprenait six cents membres, dont le premier était S. M. Il Re ; le 17 février, elle élut pour Président, le marquis Alfieri, dont le nom seul donnait à

1. Chiala, dans rintroduction du tome V des LelLere, p. cxi.\ et suiv., donne une véritable histoire de l'association.

la Société sa couleur libérale ; le bureau était en majorité du même parti. Cavour, alors en long et lointain voyage d'études, ne fit point partie du premier conseil, mais à son retour il fut appelé au Comité de statistique agraire et dès lors devint un véritable pilier de commission.

Pendant plusieurs années, l'Association agraire développa son activité sans incidents ; elle tenait chaque année un congrès dans une ville du Piémont, Albe, Pignerole, Mortara, où grande était Taffluence et nombreux les orateurs, tous d'ailleurs éloquents ; elle favorisait les comices agricoles qui, dans un climat béni, réunissaient cultivateurs, bestiaux, curieux et fruits savoureux ; elle organisait à Turin, d'accord avec la Chambre d'agriculture et de commerce, une exposition nationale du plus haut intérêt ^ ; enfin elle pubhait un Bulletin destiné à répandre les meilleurs procédés de culture et aussi des idées très saines sur le destin de l'Italie. Et Cavour ne manquait point de se rendre à chaque congrès, d'envoyer aux comices ses meilleurs taureaux et moutons mérinos ; de rédiger pour le Bulletin les articles les plus sensés.

Avec les années, l'influence de l'Association ne cessa de s'accroître : cette action était grande sur la vie agricole, car par les expositions, les concours, les leçons d'agronomie scientifique et pratique, la Société poussait les cultivateurs à sortir de leurs ornières, et Cavour prêchait de parole comme d'exemple ; mais l'influence de la Société était plus importante encore sur la vie morale des populations agricoles ; comme ses fondateurs l'avaient prévu, ses membres et ses participants prenaient l'habitude de la discussion, de la libre initiative, et môme des Etats voisins les propriétaires

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