Cavour à Rocco Golli, 11 mars 1843, 3 août
OU fermiers venaient prendre un sain enseignement de vie publique. Ainsi dans tout le nord de l'Italie, les hommes éclairés cherchaient à se réunir, à se connaître et à mettre en commun inspirations et idées \ Dans les congrès, la discussion, toute pratique d'abord, terre à terre, dirait-on volontiers, s'élargissait et il était difficile qu'elle n'abordât point le terrain politique *'.
La politique faillit tout gâter : une scission se produisit, dans le sein de l'Association, entre ses membres dirigeants, tout au moins, par contradiction de deux esprits, deux tendances différentes ; les aristocrates modérés, riches propriétaires la plupart, qui l'avaient fondée, voulaient la maintenir dans une voie prudente, de sage évolution ; les petits propriétaires, plus turbulents, réclamaient à grands cris une action plus prompte et forte ; et comme les aristocrates étaient sous l'inspiration de Gavour, les démocrates sous la conduite de Valerio, esprit ardent voire agité — « Caïus Gracchus », disaient de lui ses adversaires, — on catalogua les belligérants en Cavouriens et Valériens. En mars 1845, le président de l'Association, Altieri, ne put conserver ses fonctions, étant appelé à la Direction de l'Enseignement, et l'Assemblée générale fut convoquée pour le remplacer ; la lutte fut vive entre les deux partis, chacun présentant un candidat, les aristocrates le comte de Salmour, les démocrates le comte Avogrado di Colobiano ; Cavour se lança avec ardeur dans le combat « non seulement, écrivait-il, parce , que Salmour est mon ami d'enfance, mais encore parce que je suis fermement convaincu que son élection assure le salut de la Société, et je ressens une forte indignation contre les
1. Gualterio, Gli ultimi rivolgimenti italiani, t. III, p. 199 et suiv. ; Costa de Beauregard. Les dernières années du roi Charles- Albert, p. 536.