Le comte Mortier à M. Guizot, 25 avril
intrigues dont oif voulait le rendre victime \ » Les Cavouriens l'emportèrent, Salmour fut élu président, mais la Société ne fut pas sauvée.
L'attention de la police avait été éveillée par les échos de ce combat électoral et de quelques discussions plus ardentes que ne le comportait Fart de semer et récolter. Dans une monarchie absolue, il ne faut pas éveiller l'attention de la police. Celle de Turin guettait l'Association agraire, prête à sévir à la première imprudence. Au début de 1846, au cours d'une assemblée périodique, on mit en discussion l'abolition de l'impôt sur le sel : le sujet paraissait anodin ; mais quelques orateurs se crurent permis d'émettre, non sans ménagements, des opinions personnelles sur les affaires commerciales et politiques du pays, et même, horribiie dictû^ à ne point .tout approuver. C'était épouvantable et « l'événement, mande gravement l'ambassadeur de France ', prit de grandes proportions )>. Pris de terreur, le président, comte de Salmour, donna sa démission. La police tenait son scandale et elle en profita pour modifier les statuts de l'Association : un brevet royal, en date du 17 mars 1846, enleva la nomination du président et des vice-présidents à l'Assemblée pour la remettre au roi, et, ceci est assez singulier, le choix du souverain pour la Présidence se porta sur le comte Avogrado de Colobiano, le candidat malheureux des démocrates au scrutin de l'année précédente. Les Cavouriens étaient battus, et par le gouvernement.
D'ailleurs, l'Association suivit docilement les indications du pouvoir; aux élections de la fin de 1846, Cavour, vivement combattu par Valerio et ses amis qui le taxaient « d'ultra-