‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 2)Chapitre 115 sur 171 · Cavour au marquis Costa de Beauregard, octobre · texte numérisé non relu

Cavour au marquis Costa de Beauregard, octobre

tais, le comte Alexandre de Casanova, le comte de Salmour, les frères San Marzano, Nigra, etc.. Lui-même donne pour raison officielle — ou pour prétexte — de son vovage les affaires de sa tante, la duchesse de Glermont-Tonnerre ; il est d'ailleurs son héritier présomptif, et son premier devoir, comme son naturel souci est de soigner l'héritage' ; mais lorsqu'il a vendu des coupes à Vauvillers, discuté à Paris avec des hommes d'affaires ou des acquéreurs de forêts, il s'estime quitte et trouve qu'il a suffisamment gagné les subsides que la bonne tante lui remet avec générosité ; puis il monte les hauteurs du quartier latin, qu'il avait fréquenté déjà en 1833.

Il avait préparé à l'avance la liste des cours auxquels il voulait assister, il l'avait rédigée avec goût et intelligence, il la suivit avec persévérance, et, à lire ses notes, on conçoit une fière idée de ce qu'était à cette époque l'Université de Paris : dans le Diario de Camille défdent tous les grands noms de la pensée française ^ Pour les sciences juridiques et économiques, c'est Royer Collard avec un cours de Droit des gens, Wolowski avec les « leçons extrêmement remarquables » sur le système douanier dans l'ancienne monarchie, Rossi en droit pénal « mauvaise prononciation, débit lourd et traînant, geste noble et expressif », Michel-Chevalier qui étudie les moyens de production, les voies de communication et les institutions de crédit : ce sont ici matières familières à Cavour, qu'il a étudiées dans les livres et dans la vie pratique ; il a serré de près, la plume à la main, les ouvrages du professeur, il va le voir, pour recevoir son inspiration personnelle, et disciple fervent devient ami fidèle.

En phiIosopl)ie, c'est toujours et avant tous Jouffroy, mort depuis quelques mois, qui l'attire et ne pouvant plus entendre

1. Marquise d'Azeglio née Alfieri. Souvenirs historiques, p. 5'.).

2. Cavour. Diario. Noie aulobio(j7'a fiche, IS-'r2'iS43, p. 267 et suiv.

cette parole grave et mélancolique, avec une pieuse reconnaissance il copie dans son Journal quelques phrases du noble penseur sur la destinée de la vie humaine. Il se rend à quelques-unes de ces réceptions du dimanche où Cousin, en un splendide monologue, expose ses idées sur l'organisation de l'enseignement public, les lois de la littérature, le développement de l'histoire européenne ; il le consulte « sur la conduite qui convient au parti libéral en Piémont ; au fond ses conseils sont sages et modérés » ; à la Faculté des Lettres, il suit les leçons de Jules Simon sur la philosophie grecque et note la classification des diverses écoles, si finement établie par le jeune et déjà illustre professeur ; à la Faculté de Théologie catholique, il reçoit forte impression du cours de l'abbé Cœur, professeur d'éloquence sacrée, sur la mission du xix° siècle. « Pour la première fois, écrit-il, j'ai entendu un prêtre, interprète officiel des doctrines de ses confrères, prêcher du haut de la chaire qu'il faut regarder en avant et non en arrière ; que s'il y a un juste, il y a pour le genre humain une réhabilitation qui se poursuit lentement, mais constamment à travers les siècles à l'aide de la lumière divine que le Christianisme a répandue sur le globe, lumière qui grandit au lieu de s'affaiblir à mesure qu'elle se reflète dans l'intelligence de plus en plus développée de l'humanité. Les doctrines de l'abbé Cœur ont pénétré dans mon intelligence et remué mon cœur... '■ ».

En littérature, il suit les cours de Philarète Chasles sur l'Allemagne au xvi" siècle et l'influence de l'imprimerie dans la renaissance de la pensée ; il trouve un vif intérêt aux leçons — pourtant austères — de M. Letrône sur la civilisation égyptienne et les origines de l'écriture hiéroglyphique.

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