‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 2)Chapitre 116 sur 171 · Cavourà Santa-Rosa, 1843, de Paris · texte numérisé non relu

Cavourà Santa-Rosa, 1843, de Paris

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Le savant Ozanam Fennuie, et il se rattrape avec Sainte- Beuve, qu'il rencontre dans divers salons, et dont le séduit la conversation vive, brillante, nourrie de faits et d'idées. Au Collège de France régnait alors le superbe trio Michelet, Quinet, Mickiewicz : la jeunesse se pressait dans les vieilles salles, trop étroites pour contenir les auditeurs enthousiastes ; après une vaine tentative où il ne peut passer la porte, il parvient à entendre Michelet à deux ou trois reprises ; le grand historien développe un sujet où il excelle, les idées du xvi" siècle, mais, mal préparé à celte éloquence splendide et décousue, Cavour en est déçu, « leçon sans suite ni liaison dans les idées », et cela n'est pas pour étonner, car l'esprit sage et ordonné de Camille n'était point fait pour cet enseignement de passion et de poésie. Il comprend mieux les cours de Quinet, et est frappé spécialement d'une leçon sur les Niebelungen où le séduisent la science et la pénétration du professeur ; enfin il participe avec de belles auditrices au cours de Mickiewicz sur Byron.

Ainsi heure après heure, Cavour s'est pénétré de ce qu'il y avait alors de plus noble, de plus élevé dans la culture française ; son indépendance, son éclectisme ne l'ont point attaché à tel système ou à telle doctrine ; il a cherché mieux, et trouvé la Pensée.

Ces philosophes et ces littérateurs, il les suit jusque dans leur asile le plus pur, à l'Institut : séances intimes à l'Académie des Sciences Morales et Politiques ou à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, parfois d'une austérité excessive pour un non initié, « M. Burnouf me met en fuite » ; séances solennelles à l'Académie française, vrais régals de lettrés, le discours du chancelier Pasquier « bien écrit, bien pensé, mais qui fatigue par trop de longueurs et de diffusions » et la réponse de M. Mignet « étincelante d'esprit, d'à-propos, de

mots heureux », la réception de M. Patin par le baron de Barante.

Cet esprit fin, élégant, mesuré, Cavour va le retrouver dans les salons mondains et politiques, avec la conversation brillante, rapide, passant avec souplesse des sujets les plus graves aux plus profanes, que le jeune Piémontais fera revivre dans sa pensée avec délices pendant les soirées solitaires de Léri. Son Diario est comme un a Tout-Paris » du meilleur monde : vers la fin de l'après-midi, il se rendra en visite chez les belles lettrées du faubourg Saint-Germain, la duchesse de Rohan, la comtesse d'Haussonville, la baronne de Barante et cette bonne langue de M""^ de Boigne, bien ingrate envers le jeune étranger, car s'il en parle souvent dans ses notes elle n'écrit même point son nom dans ses mémoires ; puis il dînera chez une de ses élégantes compatriotes, M""^ de Brignole, M"" de La Cisterna, la princesse Belgiojoso, la duchesse de Galliera, M™^ de Circourt, Italienne d'aftection, ou chez quelque riche Genevoise, M"*® Odier, M^^Eynard, et là il assistera à une joute d'esprit entre « toutes belles » décolletées à la duchesse et seigneurs en frac à col de velours et cravate blanche à cinq tours ; et il se rendra enfin à quelque soirée chez M""^ de Girardin, M. Bixio, M"® de Castellane où il s'entretiendra avec les grands hommes de la politique ou des lettres, pour passer du comte Mole à Alexandre Dumas, qui lui contera l'histoire de ses duels, de Victor Considérant à M. Duvergier de Hauranne qui le mettra au courant de tous les secrets parlementaires. Et la vénération de Camille va toujours au duc de Broglie, si droit, si pondéré, et parfois si profond, « l'homme d'État le plus honnête qui ait jamais existé^ ».

1. Cavour à M"» de Circourt, 1843, de Paris, à Auguste de La Rive, 3 novembre 1843, etc....

Ces divers salons, c'est le Paradis du jeune Piémontais. « Il n'y a rien de comparable au monde..., écrit-il. C'est le seul endroit où les hommes d'Etat, les savants, les littérateurs et les gens de bonne société se rencontrent habituellement pour échanger leurs idées, leurs impressions, leurs opinions ^ » Et il y remarque le goût des esprits vers les hautes spéculations de la philosophie et de la science. « Il y a un retour très marqué vers les idées religieuses et catholiques. » L'observation était juste, c'était le début du mouvement dont Montalembert devait être le splendide représentant.

Tant qu'il le peut, Cavour fréquente les deux Assemblées parlementaires. 11 assiste à la séance royale du 9 janvier 1843 où Louis-Philippe lit avec une émotion profonde le premier discours du trône auquel n'assiste pas le brillant duc d'Orléans, mort tragiquement six mois auparavant. Il retourne souvent à la Chambre des députés, pour la discussion sur le droit de visite, intéressé par les débats vifs, voire passionnés, un peu froissé par la virulence des invectives et des interruptions. 11 préfère le milieu plus calme de la Chambre des Pairs, et va y assister à la discussion de la réponse au discours du trône ; les orateurs y sont diserts, raisonnables, modérés dans leur contradiction, Guizot les domine de son « admirable « éloquence, et tout va son train, noble et régulier. Les impressions intimes de Cavour sont-elles épanchées dans des lettres actuellement perdues? les a-t-il conservées pour lui-môme ? Ou encore sa pénétration habituelle est- elle en défaut ? Il ne paraît point avoir compris la situation politique du jour : la disparition du duc d'Orléans écartant du pouvoir toute influence hbérale ; le cabinet dominé parla formule « et surtout pas de difficultés » ; les défaillances dans leur vie pri-

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