‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 2)Chapitre 117 sur 171 · Cavour à Santa-Rosa · texte numérisé non relu

Cavour à Santa-Rosa

vée de quelques hommes au pouvoir, soupçonnées dès cette époque, créant une atmosphère de méfiance; et le fossé se creusant entre la nation et le gouvernement, entre le suffrage restreint des censitaires et les « nouvelles couches » écartées du scrutin. 11 est vrai, quel contemporain a vu ces choses?

Dès qu'il a une soirée disponible, Cavour la passe au spectacle : ici encore il est éclectique, et d'un même cœur il rit au Palais-Royal ou aux Variétés, s'amuse aux « Pilules du Diable » et s'émeut au Gymnase, mais il préfère les théâtres de bonne compagnie, qui sont comme les succursales de ses salons bien-aimés, les Italiens, les Français surtout où ^jme Rachel « est sublime » dans le rôle d'Andromaque et « fait pleurer » dans le rôle de Phèdre.

Quelques heures au musée du Louvre ou dans les galeries particulières, des visites dans des établissements de charité, au Muséum, à FHôtel de Ville, au château de Versailles, quelques parties au Jockey-Club (où il s'était fait inscrire à nouveau), au bal des Artistes, au bal de l'Opéra, et vite passaient les journées et les mois. Avant de rentrer à Turin, Cavour tenait à voyager en Angleterre ; ainsi s'arracha-t-il à la fin d'avril aux délices de la capitale, dont il avait connu pendant un semestre les plaisirs les plus raffinés de la pensée et de la parole, et l'on comprend son exclamation au moment de son départ : « Paris est évidemment la capitale intellectuelle du monde. »

Lorsqu'en compagnie de son cousin, Auguste de La Rive, il arriva en Angleterre, il se proposait un double objet : reprendre à Londres ses relations politiques, étudier la grande culture dans les comtés. Pendant les journées de Londres, il semble avoir été, toutefois, plus préoccupé d'industrie que de politique ; il n'y avait point les mêmes relations qu'à Paris dans le monde officiel, point de parent ou d'ami intime dans

l'aristocratie très fermée aux étrangers non « présentés » ; s'il passa, comme en 1835, dans quelques salons de la gentry voire même du peerage, il n'y était point à son aise et disparut promptement, avec un soupir pour constater que « l'Angleterre est un pays d'immenses ressources... mais ce que Ton y chercherait vainement c'est le charme de certains salons parisiens S). 11 séjourna davantage dans les cercles politiques, et là il constata que la question avant tout discutée, et avec quelle passion, c'était le^problème commercial : l'Angleterre resterait-elle protectionniste ou passerait-elle au libre échange ", et tous les débats, toutes les combinaisons politiques revenaient à ce dilemme. Avec perspicacité, Cavour constatait, dès ce printemps de 1843, que la liberté du commerce faisait chaque jour des progrès « dans le monde intellectuel ; il n'y avait plus un homme un peu fort qui ne fût, au fond, powr l'abolition des tarifs protecteurs ». Et il annonçait une rupture dans le parti tory, sir Robert Peel s'unissant avec les wighs modérés pour débarrasser le pays du régime protectionniste : ce qui était bien exact.

La politique le menait ainsi aux atîaires ; il s'y intéressa avec passion. Son compagnon, Auguste de La Rive, était lié d'amitié avec le consul de Suisse à Londres, M. J.-L. Prévost ; ce genevois n'était pas un diplomate de carrière, mais un homme d'affaires, connaissant les principaux négociants et industriels de la cité et du port, esprit cultivé d'ailleurs, et le meilleur guide dans le monde anglais. Avec lui les deux cousins visitèrent ateliers, comptoirs, manufactures, chemins de fer, et Cavour reprit ses interrogatoires de 1835; clicz lui, a écrit le fils de son compagnon^, le désir de voir était

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