Charles-Albert de Carignan à Sonnaz, 24 février
2. Costa de Beauregard. La jeunesse du roi Charles- Albert, p. 242.
L'accueil du roi fut « très médiocre » \ quelques sèches paroles. Vainement le roi de France daigna-t-il, en personne, donner au jeune prince un témoignage de satisfaction. « Je lui dois cette justice, écrivait-il, qu'il s'est montré disposé à tout faire pour mériter la bienveillance de Votre Majesté et rentrer dans ses bonnes grâces-. » Les bonnes grâces tardaient. Officiellement, le prince de Carignan avait repris son rang à la cour, en réalité le roi le tenait pour suspect.
11 fallait constituer une maison du prince, aussi le 9 juillet 1824, le jeune Camille Cavour, cadet au corps du génie depuis le 27 avril, était-il appelé aux nobles fonctions de page de S. A. R. le prince Charles-Albert de Savoie Carignan. L'ancienneté de sa famille, le caractère du marquis son père, de brillantes alliances semblaient garantir avec sécurité la docilité de l'enfant et la pureté de ses opinions ; la réalité fut différente.
Il est assez difficile de préciser quel fut dans son jeune âge, le caractère d'un enfant devenu grand homme, car des traits définitifs sont rapportés, exagérés, voire inventés, comme autant de présages infaillibles et annoncent dans le gamin d'Ajaccio un génial capitaine, dans le turbulent de Schônhausen un forgeron des peuples, et dans le cadet indiscipliné de l'Académie turinoise un libéral invétéré. Mais, sans rien exagérer, on doit relever, avec certitude, que ses fonctions de page déplurent vivement au jeune Camille ; non que le prince de Carignan n'eût montré à son égard quelque bienveillance, aux débuts tout au moins de leurs relations. « Nommé page tout jeune, écrivait plus tard Cavour, je fus l'objet de
1. Le marquis de la Tour du Pin au vicomte de Chateaubriand, 12 février 1824. Archives des Affaires étrangères. Correspondance Turin, t. CCXCI.