Cavour à Auguste de la Rive. 24 aoùl
Jusqu'en 1848, il ne quittera plus le Piémont que pour de courts séjours dans sa famille de Genève : il y a assisté, au mois de novembre 1841, en curieux intéressé, à la révolution locale qui a fait de la ville conservatrice un foyer de radicalisme et fut un des prodromes du mouvement qui va transformer la Suisse ^ ; lui-même suit avec attention les événements qui aboutiront à l'explosion de 1847, assez embarrassé pour donner son opinion en toute franchise, car ses amis, ses parents sont conservateurs ou libéraux, et comme tels expulsés du pouvoir, mais ses opinions et ses préférences personnelles vont vers les radicaux, dont il désapprouve d'ailleurs la brutalité de procédé, si bien « qu'il serait obligé de dire des choses dures- » aux uns comme aux autres, et, par affection familiale autant que par sagesse politique, imite de Conrart le silence prudent.
Les années qui suivirent furent de rude labeur et de féconds résultats. On a déjà vu l'activité de Cavour par la plume dans quelques beaux articles, par la parole dans l'Association agraire. Mais publications et organisations n'absorbaient point son existence ; il consacrait la majeure partie de sa vie à l'agrioulture et aux affaires.
11 prolongeait avec joie ses séjours à Léri, surtout après son retour de Paris et d'Angleterre en 1843. Rien ne lui plaisait, à cette époque, comme l'existence large et laborieuse du grand propriétaire sur ses terres ^ : vaquer aux soins agricoles
1. La question a été longuement traitée par Ruffini. La (Uovinezza di Cavour, t. II, p. 268 à 365.