Cavour à M"" de La Rive, 13 février
3. Cavour à "William de La Rive, 7 mars 1847, au marquis Costa de Beauregard, octobre 1847.
du moment, entreprendre avec son ami Alfieri un voyage d'étude — una peregrinazione agricola — dans les riches domaines de la Lomelline ^ où landes et marais sont devenus terres fertiles, recevoir en séjour quelques parents de Genève qui ont conté « cette grande hospitalité, vie de ferme et non point de château ; départs à Taube, retours tardifs, journées courtes, dîners abondants préparés par la vieille gouvernante qui apportait elle-même les grands plats de gibier et le risotto fumant sur une longue table de chêne où courait après le dessert un jo3^eux lansquenet' » : là était son plaisir.
Là aussi sa consolation à bien des tristesses et des déceptions : l'amie de la vingtième année, la mélancolique Anna Giustianini, avait disparu, en 1841, et celles qui lui avaient succédé, étaient les unes oubliées, les autres oublieuses. Les essais de Cavour en pohtique, au sein de l'Association agraire, n'avaient réussi qu'à demi, sans résultat tangible pour lui, et ses adversaires l'avaient évincé. Ses articles, publiés la plupart à l'étranger et en langue française, n'avaient en Italie qu'un succès d'estime, sans éclat ; qu'était-il à côté d'un Gioberti, d'un Balbo, d'un Azeglio. Toute part au gouvernement lui était refusée.
Léri, c'était pour lui le refuge de l'indépendance. « Les travaux agricoles, écrivait-il à cette époque, sont les seuls auxquels on puisse s'adonner en toute sûreté dans ce pays où l'on jouit dans toute sa plénitude de cette liberté intellectuelle dont le clergé voudrait doter la France. Lorsqu'on veut vivre en paix en Piémont, il faut s'occuper de champs et de prés^ »
A Léri, au moins, il avait pleinement réussi et chaque année
1. Cavour a Giovaneiti, 4 octobre 1»44, à Naville de Chùlcauvicux, 2 novembre 1844.