‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 2)Chapitre 126 sur 171 · Suprn, p · texte numérisé non relu

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concevoir avec ardeur, exécuter avec sagesse, ce sera toute sa politique des grandes années.

Une telle gestion assurait au propriétaire de Léri les plus beaux bénéfices ; à lire ses comptes annuels, sa correspondance avec ses hommes d'affaires, on constate l'aisance remplacer la gêne d'antan et faire place à la fortune ; le riz — et c'était la grosse production de Léri, — déborde au moulin et dans les sacs d'expédition ; les troupeaux s'accroissent ; les machines agricoles se multiplient, de nouvelles terres ont été achetées et le riche campagnard peut consacrer des capitaux importants aux industries annexées à l'agriculture.

D'ailleurs de nouvelles sources contribuent au flot de sa fortune, car l'activité naturelle de Cavour, son imagination créatrice l'ont entraîné de la culture à l'industrie, des usines aux affaires financières.

Il avait eu, à cet égard, de piètres débuts ; on sait déjà la triste histoire de la Compagnie Savoyarde et sa déconfiture ; Camille traînait là un poids mort et qui exigea trop souvent de nouveaux sacrifices ; sa correspondance avec ses associés ne tarit pas en imprécations contre ces maudites affaires, « ce calice qu'il faudra boire jusqu'à la lie ». Et, lorsqu'il avait voulu se livrer à des spéculations de Bourse, il avait couru en 1840 une aventure qui avait failli tourner au tragique. Mais, mûr de ces expériences, bien conseillé par son banquier de Gènes, Emile de la Rue, par quelques amis de Genèv^e et de Turin, il se lance dans des affaires qui lui donnent d'heureux résultats : il ne le fait plus qu'à bon escient, profitant de ses relations dans le monde officiel pour s'entourer, avant d'agir, de tous avis et renseignements ; car s'il n'est point destiné à prendre part au gouvernement, il y a des amis et sans cesse va les entretenir des grandes affaires qui doivent déve-

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lopjper l'aclivité du Piémont et par conséquent son influence en Italie' : c'est sa grande pensée.

Les voies de communication le préoccupent d'abord, plus que toutes autres affaires. Non sans prévoyance, il a compris l'intérêt de la canalisation du Rhône (et peut-être espérait-il y trouver le salut de la Compagnie Savoyarde) ; profitant d'un séjour à Paris, en 1843, il intrigue auprès des représentants de la région et « tâche d'exciter leur zèle en faveur de la canalisation de ce fleuve » ; il croit déjà que le ministre est acquis au projet d'un canal de Genève au Rhône (le ministre se préparait alors une renommée moins glorieuse, c'était M. Teste) ; et Gavour s'indigne contre l'opposition des ingénieurs des Ponts et Chaussées, s'enthousiasme sur des caries et des plans, « si la paix est maintenue, dans dix ans la France sera couverte de routes, de railivaijs, de canaux qui doubleront sa richesse actuelle et rendront léger le fardeau des dettes qu'elle sera obligée de contracter pour achever les grands travaux entrepris par son gouvernement" ». 11 tient donc « comme assurée » la canalisation du Rhône, du lac Léman à la mer. Et il ajoute : « Ce n'est plus qu'une question de temps ». Dans ces derniers mots, il est un peu d'ironie.

Plus prompts seront les travaux des voies ferrées auxquels il va s'intéresser avec ardeur. On a déjà dit les difficultés soulevées par la création des chemins de fer et l'article que Cavour écrivit en leur honneur \ Mais il ne se contentait pas de prêcher dans les Revues ; il prenait une part directe et personnelle à la construction des voies, poussé par Emile de

1. Cavour au marquis L. Costa de Bcauregard, 1844. 11 août t84.ï, 26 août 1846.

2. Cavour au marquis L. Costa de Bèauregard, 13 février 1843, de Paris.

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