Le baron d'André à M. Guizot, i3 août 184G
en Italie, sous le nom de Parti patriote modéré, ont donné pour mot d'ordre à leurs adhérents d'éviter toute manifestation violente et toute expression de sentiments propres à entraîner quelque mouvement révolutionnaire. C'est aux movens pacifiques, disent-ils, qu'ils veulent seulement avoir recours ; ils espèrent par leurs publications, par les propos qu'ils tiennent, par l'impulsion qu'ils impriment autour d'eux, développer de plus en plus le sentiment national. En même temps, par Féloignement qu'ils manifestent pour les réformes brusques et pour tout projet de changements qui n'émanerait pas de la sagesse des gouvernements, ils s'efforcent de faire tomber les prétentions que les Princes italiens et leurs conseillers peuvent nourrir contre çux et de repousser toute solidarité avec les partisans des idées démocratiques de la Jeune Italie et les membres des sociétés secrètes ' . » Par cette action sage et continue, en insistant aussi sur la nécessité de réformes économiques, développement des lignes de chemins de fer, abaissement des taxes douanières, renouvellement de l'industrie, le parti développait sans cesse son influence en atteignant les classes les plus modestes de la société, les petits bourgeois, les cultivateurs. Il formait ainsi une opinion publique, moins bruyante mais plus sincère et plus profonde qu'à Rome, et profitait de chaque occasion pour léclairer et l'échauffer.
L'élection de Pie IX avait d'abord passé à peu près inaperçue en Piémont, où le cardinal Mastaï était inconnu de tous. Mais les premières mesures du nouveau pape, l'amnistie, le plan de voies ferrées, suscitèrent à Turin et à Gênes, une vive curiosité, puis un sincère entliousiasme. « L'éloge de Pie IX est dans toutes les bouches », écrivait l'envoyé de