‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 2)Chapitre 146 sur 171 · Cavour à de La Riie, 9 octobre · texte numérisé non relu

Cavour à de La Riie, 9 octobre

répugnaient extrêmement au roi. « Je suis né dans la révolution, continuait Charles-Albert, j'en ai parcouru les phases, et je sais ce que c'est que la popularité. Aujourd'hui : Viva ! demain : Mort ». Et pour finir, il se disait assoiffé de « tranquillité^ ». Villamarina ne s'y trompa point, c'était sa démission forcée ; il répondit en ce sens, congédia ses audiences, rassembla ses papiers, fît ses adieux à ses collaborateurs, et se retira dans son privé (9 octobre).

Charles- Albert était assez intelligent pour comprendre que dans l'état de Topinion publique, la retraite forcée du ministre de la Guerre ne passerait point sans tumulte ; car, au pouvoir depuis longtemps, aimé de l'armée, très populaire dans le pubhc qui lui attribuait tout ce qui s'était fait dans le sens des idées libérales, « Villamarina ne pouvait être frappé seul sans qu'il en résultât un vif mécontentement. Laisser M. de la Marguerite lui survivre dans le cabmet, c'eût été donner victoire complète au parti jésuitique et rétroo-rade " ». Le ministre des Affaires étrano^ères fut donc avisé qu'il était autorisé à prendre un repos bien mérité par ses longs services et sur-le-champ remplacé. Ainsi Samson dans sa chute entraînait le philistin '. Déjà on annonçait de nouvelles démissions ; il n'en fut rien, au contraire : M. Desambrois, qui n'était que Secrétaire d'Etat, reçut le titre de ministre de l'Intérieur. Les successeurs des deux grands déchus furent des hommes neutres et inconnus, à la Guerre le général de Broglie, qui commandait la brigade de Savoie, aux Affaires étrangères le comte de Saint-Marsan, ministre de Sardaigne à Naples ; l'un et l'autre habitaient loin de Turin, n'avaient point été mêlés aux incidents de l'été ; et

1. Blanchi. Hcriilie Lellere di Carlo-Alberlo, p. 52 etsuiv. i. Le baron d'André à M. Guizot, 11 octobre 1847. 3. Le marquis d'Azegiio à son fils, 11 octobre 1847.

ce « véritable coup d'Etat » se terminait par ceci, que le roi n'avait plus auprès de lui que « des conseillers soumis ^ ».

Cet événement ne se passa point sans vifs commentaires ; Topinion publique ne craignait plus de s'affirmer, et elle était inquiète. Quel était le sens, et quelle la portée du congé des deux chefs des réactionnaires et des libéraux ? le roi allait-il diriger en personne le gouvernement et dans quel esprit? « Quelle couleur prendra M. de Saint-Marsan » - ? Ces questions étaient posées « avec impatience », les réponses données par chacun dans le sens où le portait sa propre opinion. EtCavour, tout détaché qu'il fût de la politique, n'était pas le moins curieux de l'avenir.

Ace moment, se précisait un projet dont l'initiative revenait au pape, mais qui répondait bien aux pensées de Charles- Albert. Pie IX et ses conseillers libéraux avaient estimé que pour unir les peuples italiens, rien ne serait plus efficace que de lier leurs intérêts économiques par une Ligue douanière, analogue à celle que la Prusse avait si heureusement réalisée en Allemagne par le ZoUverein. La secousse produite par l'occupation de Ferrare ne pouvait qu'être favorable à cette union : ainsi les États pontificaux, la Toscane, Lucques (nouvelle manière), le Piémont formeraient une vaste agglomération, unie par de mêmes lois économiques. Un subtil prélat, M^'"^ Corboli, fut chargé de se rendre à Florence et Turin pour sonder monarques et ministres. Charles -Albert hésita-t-il, comme on l'a dit, exigeant pour assurer la préséance poUtique du Piémont des conditions auxquelles ne pouvaient souscrire ni Rome, ni Florence." ? En tout cas, à la fin

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