Cavour à. E. de La Rue, 22 octobre
8. Correspondance Italy, I, i'iZ; Rivistaslorica del Risorgimenlo, 1,^65; Bolton King, 11,202.
d'octobre, les bases de l'union douanière semblaient posées ^ Mais ces négociations n'étaient connues que dans un cercle très restreint ; elles ne pouvaient donc exercer d'influence sur le grand public. Dans le sud de l'Italie de nouveaux incidents se produisaient, l'octroi d'une Consulte par Pie IX, la dure répression de la révolte de Sicile, qui surexcitaient en Piémont les esprits déjà nerveux. « L'opinion publique s'impatiente et devient chaque jour plus exigeante, écrivait à ce moment Cavour. L'excitation est immense et les movens de compression ne pourraient avoir qu'un succès momentané. La maladie qui travaille le pays est grave, par la violence on viendrait à bout de l'état aigu, mais ce serait pour tomber dans un état chronique auquel la moindre secousse extérieure ou commotion intérieure pourrait devenir fatale ■. » Et de fait, les manifestations avaient recommencé à Turin, avec cris de vive Pie IX sans allusion à Charles-Albert, peu graves en elles-mêmes, mais « dont la répétition faisait la gravité ». On ne pouvait s'y méprendre, « il se formait en Piémont, sinon une opposition violente et décidément hostile au pouvoir, tout au moins un parti qui blâmait ouvertement le gouvernement et se séparait assez nettement de lui : avocats, médecins, jeunesse des écoles, nombreux partisans dans la fraction considérable du clergé où les idées de Gioberti s'étaient popularisées et qui détestait les Jésuites' ». Or on préparait un prochain voyage du roi à Gênes. Qu'adviendrait-il dans celte ville au tempérament chaud, à l'expression vive?
Charles-Albert se sentait à une heure décisive de sa carrière royale. Résistât-il, il risquait d'être entraîné, voire balayé par la colère populaire. Cédât-il, prit-il la direction du mou-