‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 2)Chapitre 149 sur 171 · Le baron d'André à M. Guizot, 4 et 8 novembre · texte numérisé non relu

Le baron d'André à M. Guizot, 4 et 8 novembre

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fini par s'aguerrir el elle vient de se montrer en plein jour avec une vigueur qui désormais doit imposer les plus grands ménagements pour elle et lui assurer une action considérable sur la marche du gouvernement... Le jour oîi elle manifesterait avec une semblable vigueur non plus sa satisfaction, mais son mécontentement, le gouvernement se trouverait en présence de troubles fort sérieux. C'est là une grave modification de la monarchie sarde où jusqu'ici la volonté du Roi avait été omnipotente et faisait varier la politique du pays suivant qu'il lui convenait. »

Le gouvernement le comprit ainsi, qui prit ombrage des manifestations et résolut d'y mettre un terme. Le 13 novembre, le roi écrivit aux gouverneurs des provinces une lettre, publiée à la Gazzetta Piemontese du 15, pour les charger de remercier les populations des marques d'attachement qu'elles venaient de donner à leur souverain et pour les engager à rentrer dans leurs habitudes. L'intention était sensée, la forme était maladroite : « On a fait écrire à notre bon roi, mandait Gavour, une lettre bien peu judicieuse \ » Et l'efTet fut déplorable ; à Gênes les manifestations ne cessèrent point, mais elles dévièrent ; on acclama Gioberti et les Réformes, on conspua les Jésuites ou le gouverneur de la ville ; de Charles-Albert, mot; sauf un jour où il traversait une place pour aller à la messe chez les Jésuites, la foule se précipita à sa rencontre en criant : « N'y allez pas, Sire, n'y allez pas ". » Dans certaines villes de province, les démonstrations prenaient un môme caractère d'opposition politique : à Mortara des réunions publiques se tenaient au thé;\tre en faveur des réformes ; des officiers y assistaient, plutôt en curieux qu'en manifestants, « ni perturbateui's, ni factieux », tous furent mis

i. Gavour ix Giacomo Giovanetti, novembre 1849.

2. Costa de Beauregard. Dernières années de Ckar les- Albert, p. 63.

aux arrêts forcés \ A Turin, constatait Cavour avec satisfaction, « l'esprit, en général, est excellent..., les modérés ont le dessus ».

Le roi était attristé de ce revirement populaire ; il n'avait point compris la formation d'une opinion et d'une volonté publiques, vivant isolé, mal renseigné par ses conseillers, et il ne saisissait point que les réformes du 30 octobre développaient dans le peuple le sentiment de sa force. Charles- Albert était, comme on l'a écrit avec une involontaire ironie, « écœuré de popularité », et ceci était bien dans son caractère, qui le portait d'un extrême à l'autre, en un perpétuel balancement d'opinion. De là, la manière dont il rentra dans sa capitale ; on avait préparé pour ce retour une fête plus belle que les précédentes ; un comité, présidé par le marquis Robert d'Azeglio, avait organisé les délégations et les arcs de triomphe, les hymnes et les chorales ; le 5 décembre, chacun était à sa place, c'était « magnifique - m..., et le carrosse royal arriva à grande allure, toutes glaces levées, le monarque invisible; à peine parut-il un instant au balcon. La déception fut vive, et non dissimulée. On excusa le roi par le mauvais état de sa santé, qui n'était que trop réel. Mais am fond tous devinaient chez le monarque une crainte à s'engager, un désir de se reprendre, une incapacité « à comprendre où l'emmènent les promesses qu'il a faites le 30 octobre ^ ».

Cependant ces promesses produisaient leurs conséquences nécessaires; un nouveau ministre prenait le portefeuille de l'Intérieur, comte Borelli, peu connu, âgé, très prudent et réservé ; Alfieri, le libéral directeur de l'Enseignement, rece-

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