Le détail dans Chiala, Lellere di Cavour, t. V, p. x\v
fastidieux de la cour princière ; était-ce chez lui un éclat du libéralisme qui s'affirmait de plus en plus dans son intelligence ? était-il sous cette poussée d'indiscipline qui marque souvent la sortie de l'école chez un jeune homme trop longtemps refréné dans son indépendance ^ ? L'une et Tautre explication se concilient si l'on réduit l'incident à sa juste portée. Tout fier de son nouvel uniforme de lieutenant du génie, il s'exclama auprès de quelques camarades qu'il était « très heureux de se déshabiller de sa livrée de page - ». Le propos fut exagéré, rapporté au prince de Carignan qui s'emporta assez maladroitement. « Le petit Cavour a fait le Jacobin, raconta-l-il à l'un de ses fidèles, je l'ai mis à la porte ; pleurs, lamentations de toute la famille ^ . » Charles-Albert fit pire : une lettre de Cavour concorde sur ce point avec les souvenirs d'un contemporain; le prince dénonça le jeune homme au roi; Charles-Félix, décolère, réclama d'abord la démission du nouveau lieutenant; mais le commandant général du génie, marquis de Boyl, intervint avec sagesse et fermeté en faveur de son jeune subordonné et calma le roi qui, de l'aveu de Cavour lui-même, « se montra très tolérant à son égard* ». Tout l'incident, qui avait fait quelque bruit à la petite cour de Turin, se borna donc à la sortie un peu tapageuse d'un page devenu officier. Et sa seule conséquence fut de marquer le jeune lieutenant d'une note de libéralisme ^
1. Resta noter que son brevet de nomination de lieutenant donne encore au Sig. Cav. di Cavour le titre de Paggio di S. A. U. il Principe di Carignano.
2. Ercole Ricotti. Ricovdi, publiés par le baron Manno (Turin, 1886).
3. Charles-Albert au comte Ch.-E. de Robilant, 31 décembre 1826. Letlere inédite di Carlo Alberto, Principe di Carignano al suo soudière Carlo di Robilant, p. 14. Cpr. Reiset, Souvenirs, I, p. 117.
4. Cavour au marquis Costa de Beauregard, octobre 1847, Chiala, Letlere, t. V, p. 385. Ricotti, loc cil.
5. Il est assez difficile de fixer la date de cet incident. II est postérieur
Cavour. — i. 4
Quelle influence exerça sur l'âme du jeune Camille ce double passage à rAcadémie militaire et à la cour du prince Charles-Albert ? 11 convient de le demander à lui-même.
De l'enseignement, c'est les mathématiques qu'il goûta le mieux, et il en contracta une certaine netteté d'esprit, une précision de raisonnement qu'il reporta tout entière à sa pratique des sciences exactes. Pendant de longues années après sa sortie de l'école, et par manière de distraction, il suivait quelque théorème ou cherchait la solution de quelque problème et il a souvent vanté à ses amis intimes l'excellence des habitudes que donnent à Fintelligence la rigueur du raisonnement et le besoin delà certitude. « Ma tête, disait-il, doit beaucoup aux mathématiques. Voilà qui forme la tête et qui apprend à penser '. »
De la littérature, des « humanités «, il reçut moins; les cours étaient faibles, tenaient peu de place dans un enseignement consacré aux sciences pures ou appliquées à lartillerie et au génie ; aussi se plaignait-il, lui-même, plus tard, de n'avoir point eu dans ses primes années la forte culture littéraire qui ouvre l'intelligence à toutes les curiosités et la prépare à toutes les études. « Dans ma jeunesse, écrivait-il en 1843, on ne m'a jamais appris à éciire ; de ma vie je n'ai eu de professeur de rhétorique, ni môme d'humanité. J'ai senti, mais trop tard, combien il était essentiel de faire de l'étude des lettres la base de toute éducation intellectuelle ; l'art de
au 16 septembre, puisqu'on l'a dit. à celle date Cavour était encore page du prince; la plupart des biographes le placent à la fin de septembre, remarquant qu'ti la fin de l'année, Camille était malade. Mais le pri«ce de (^arignan, qui demandait, le 9 novembre, très affectueusement, des nouvelles de Camille « aux souffrances duquel j'ai pris beaucoup de part » (Charles-.\.lbert au comte d'Auzers. 9 novembre 1826, Berti, Cavour avanti il i84S, p. 359), parle dans sa lettre du 31 décembre 18i6 de la fugue de Cavour comme d'un fait tout récent.