‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 2)Chapitre 16 sur 171 · W. (lo la Rive, Cavour, pp. 43 et i · texte numérisé non relu

W. (lo la Rive, Cavour, pp. 43 et i

parler et de bien écrire exige une finesse, une souplesse dans certains organes, qu'on ne contracte qu'autant qu'on les exerce dans sa jeunesse. »

A cette lacune dans son éducation, il suppléa par de nombreuses lectures : histoire, politique, roman, il dévorait tout dans ses premières années de curiosité intellectuelle; plus tard, et peut-être sous Tinfluence de son oncle M, de Sellon, il apprit à lire, le crayon à la main, à tête reposée et à choix réfléchi. Très jeune, il aimait l'histoire dans ses relations avec la politique, et l'on retrouve, dans ses lettres et papiers de jeunesse, des appréciations personnelles qui dénotent, avec une évidente indépendance, un certain sens des grands mouvements nationaux. L'indépendance ! c'est surtout le trait qui domine dans cet enfant de seize ans ; en lui, rien de l'écolier appliqué, du fort en thème, qui suit fidèlement les admirations et les mépris de son maître ; mais un besoin inné de penser personnellement, de se « faire soi-même », comme on dira plus tard de l'Italie, fai^a da se. Tenter d'agir sur lui d'autorité, c'est' le rebuter : à l'Académie, il se refuse à demander pardon après une faute et pour en éviter le châtiment. « Quant aux excuses qu'on voulait que je fisse, écrit-il deux ans plus tard, elles me répugnaient hautement, soit parce qu'elles me dégradaient à mes propres 3^eux, et à ceux de qui elles s'adressaient, soit parce qu'elles ne prouvaient autre chose qu'une basse peur des punitions'. » A la cour de Charles- Albert, il est rebelle au rôle de page, parce que sous le vêtement doré il sent le joug imposé par un prince. En famille, il vit entouré de toutes les opinions, le libérahsme très mitigé de son père, le royalisme aristocratique de son oncle le duc de Clermont-Tonnerre, l'autoritarisme napoléonien qui se

1. Cavour à son frère, 30 novembre 1828, édition italienne de W. de La Rive, Il conte di Cavour (Turin, 1911), p, 3oo.

muait en royalisme ultra de son oncle d'Auzers, les opinions libérales et humanitaires de ses parents de Genève ; et, spontanément, par la force même de sa nature et de son tempérament, il se porte au parti où sa pensée sera maîtresse d'elle-même. « Toutes les considérations personnelles, des avantages probables sous le rapport politique et pécuniaire, m'appelaient sous les bannières de Tabsolutisme, continue-t-il dans sa lettre du 30 novembre 1828. Mais un sentiment inné de dignité morale, que j'ai toujours conservé avec soin, m'a repoussé d'un chemin où il fallait pour première condition renoncer à sa propre conviction, ne plus voir, ne plus croire que par les yeux et les lumières des autres, » A seize ans, l'esprit de liberté l'empoigna et jamais plus ne l'abandonna.

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