Cavour à Emile de La Rue, 21 et 18 novembre
Les souscriptions vinrent, nombreuses et riches, mais trop lentes au gré du bouillant Camille. A la fin de novembre, le groupe que présidait Balbo décida de commencer immédiatement la publication d'une feuille hebdomadaire aux risques et périls des membres fondateurs, et de continuer à rechercher des souscriptions pour le journal quotidien qui verrait le jour quand on aurait réuni les cinq cents actions. Ces hommes de foi n'eurent pas longtemps, d'ailleurs, à attendre ; à la midécembre on avait souscrit aux cinq cents actions, et « avec cent mille lires nous pouvons vivre quatre années ^ » (temps heureux !) ; peu après l'Assemblée générale autorisa une augmentation de capital. Ainsi était résolu le problème financier.
Restait à constituer le journal même ; un tel organisme comporte au moins trois éléments, une direction politique, un secrétariat, le corps des rédacteurs. Balbo prenait la première en fait, sinon en nom ; Cavour s'emparait joyeusement du second et les rédacteurs, on les cherchait.
Le désabusé de Léri avait mis de côté son manteau do scepticisme qui lui allait mal; revenu à Turin, il courait à droite et à gauche, organisait les délégations des commerçants et de la Chambre de commerce qui devaient aller à Gênes remercier le Roi de son projet d'union douanière; le monarque, rentré dans ses doutes, annonçait qu'il ne voulait plus recevoir de députation. « J'en suis tout capot, écrivait Cavour, le pouvoir a fait un faux pas. Patience ! 11 faut se résigner, car ce ne sera ni le seul, ni le dernier-, » Et il se rabattait sur la création de la Gazette, étonné lui-môme de tout ce qu'elle comporte de détails et de soins. « L'organisation d'un journal
1. De tous ces détails les lettres de Cavour sont pleines et elles démontrent à quel point il était l'organisateur véritable du journal.