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Massimo d'Azeglio à Cavour. 13 décembre

lités en s'écriant : « Massimo d'Azeglio est avec nous\ » Il avait raison par avance ; M. d'Azeglio donna a son « très cher comte Camille » les plus précieux encouragements, séduit par l'allure du journal et du journaliste. Et de fait, ce diable de petit homme avait tant d'entrain et de bonne humeur que rien ne lui résistait ; partout il poussait les autres et se poussait au premier rang ; dès le second numéro de la gazette, Cavour y apparaissait comme directeur et rédacteur en chef.

Maintenant, il s'agit de composer le premier numéro. Quel titre adopter, qui indique à prime lecture le but même du journal ? que veut le groupe ? éveiller toutes les activités pour la renaissance du Piémont et de l'Italie, contribuer à la liberté politique dans le royaume et à son indépendance envers tout étranger, réaliser ainsi avec Balbo les Espérances d'Italie, faire de la Patrie, — de la grande Patrie, — la première des nations, // primato ; bref « coopérer au grand œuvre de résurrection (Risorgimento) commencé par le gouvernement » — et le mot s'impose : le journal s'appellera le Risorgimento. Balbo rédige le programme, chacun écrit son article, Cavour porte le tout à l'imprimerie, surveille, revoit, corrige, dans la délicieuse émotion des « bonnes feuilles ».

Et le 15 décembre 1847, paraît le premier numéro du « Risorgimento, journal quotidien, politique, économique, scientifique, littéraire ». Un « programme » de César Balbo, des articles d'actualité rédigés par Balbo, Cavour, Castelli, Santa-P»o.sa, enfin un plan d'action signé par « la Direction », tel est l'ensemble ; il est hors de pair. Le programme de Balbo et l'article de Cavour méritent d'être spécialement signalés".

{. Cavour ù Emile de La Riie, 27 décembre 1847.

2. Le journal ne semhlait point destiné par avance à la gloire, aussi les premiers numéros en sont-ils devenus fort rares ; les Bibliothèques publiques n"en possèdent généralement que des exemplaires isolés, beureusemeiit la Bibliothèque de l'Université de Turin en a une collection com-

« A nombreuses reprises pendant les longs siècles de nos misères, on rêva de la résurrection de l'Italie. Le moindre rayon semblait une grande lumière à travers les ténèbres », ainsi commençait l'article-programme et il constatait les déceptions accumulées. Mais voici que, depuis peu, « on espère, on crie : « Risorgimento d'italia ». Et à grands traits Balba retrace l'histoire des derniers événements : « V « acte d'indépendance » de Charles-Albert en mai 1846, l'avènement de Pie IX, les réformes du grand-duc de Toscane et du roi de Piémont, le projet de ligue douanière : ainsi ont fait les monarques. « Et les peuples ?. . . Le peuple italien s'est levé comme un seul homme, non pour une révolution, mais pour les réformes ; non pour combattre, mais pour s'unir à ses princes. » Gomment le Pùsorgimento se développera-t-il ? sur ces cinq principes : 1" Indépendance ; — 2" Union entre les princes et les peuples ; — 3 " Progrès dans la voie des réformes ; — i° Ligue des princes entre eux ; — 5" Modération forte et ordonnée. « Maintenir et développer, c'est le devoir de tous. Et à maintenir et développer pour leur part, les soussignés, unis à quelques amis, ont fondé le présent journal : voilà tout leur programme. »

Rien de révolutionnaire, on le voit, rien qui pût effaroucher les princes ; et l'avenir, — dont les rédacteurs du journal « furent une grande part », — dépassa singulièrement les lignes de leur programme. Mais dans ce premier numéro du premier journal du nouveau régime, une ligne de conduite, une « politique » est tracée, si modérée que chaque monarque peut la prendre à son compte : et c'est bien poui'quoi la direction l'a rédigé ainsi.

L'article de Gavour. écrit un peu à la hâte, exposait CI/i~

plète et nous remercions M. Per, consul de France, des recherches qu'il a bien voulu y faire pour nous.

fluence des Réformes sur les conditions économiques de ritalie et développait des idées chères à Tami de Cobden, nées de ses voyages en Angleterre. La nouvelle vie publique qui va en s'étendant vite dans toutes les parties de l'Italie, y était-il dit en substance, ne peut qu'exercer une influence considérable sur ses conditions matérielles. La renaissance politique d'une nation ne se sépare jamais de sa renaissance économique. Un peuple qui progresse dans les voies de la civilisation, doit nécessairement progresser en richesse, en puissance matérielle. « Faisons que tous nos concitoyens riches et pauvres, les pauvres plus que les riches, profitent de la civilisation en progrès, de la richesse en accroissement, et nous aurons résolu, pacifiquement, chrétiennement, le grand problème social que d'autres prétendent résoudre par des révolutions terribles et des ruines effroyables. » C'était honnête, point transcendant, un peu d'eau bénite de cours d'économie politique.

Les exemplaires de ce premier numéro furent, par les soins de Cavour, répandus en grand nombre, sa composition même constituant la meilleure réclame. Ces débuts, sans être bruyants, eurent un certain retentissement, car ils révélaient une force, un groupe avec un programme précis. Rendant compte des trois nouveau.x journaux en formation, le chargé d'affaires français écrivait. « Le Risorgimento^ plus modéré que les deux autres, demande de nouvelles concessions et toujours l'indépendance italienne \ »

On attendait le second numéro, qui est la pierre d'achoppement de toute publication nouvelle. Il parut le 21 décembre. Tout l'article de tête, — ce que Cavour aj)pclait par souvenir de voyage le Premier Paris, — était tenu par une supplique

\. Le baron d'André à M. Guizot, 2a décembre 18*7.

des (( Italiens de l'Union » au roi des Deux-Siciles. Seul des grands monarques italiens, — Fempereur d'Autriche ne pouvait compter pour tel, — le souverain de Naples n'avait rien accordé à son peuple, et, une révolution ayant éclaté en Sicile, il la réprimait durement.

Les journalistes du parti réformiste pensèrent qu'il céderait peut-être à leurs supplications. « Non sujets de Votre Majesté, écrivaient-ils, mais • Italiens des autres provinces (c'est le mot textuel, l'Italie dans leur pensée ne devait plus être découpée qu'en provinces), et très intéressés par là au bien de vos peuples, de votre couronne, et de votre et notre pairie cotnmune (la pensée est identique, sous une autre forme) nous nous approchons de votre trône, ô Sire, pour vous supplier de vouloir bien accéder à la politique de Pie IX, de Léopold et de Charles-Albert, à la politique italienne, à la poUlique de la Providence, du pardon, de la civilisation et de la charité chrétienne. » Dans un style lyrique, voire ampoulé, on montrait au monarque retardataire le mouvement qui secouait l'Italie et « triompherait de tous les obstacles, de toutes les puissances humaines » . Et l'article terminait par des supplications au roi des Deux-Siciles de répondre au.x vœux de ses peuples et de la civilisation. C'était touchant, naïf, assez enfantin, le roi Ferdinand n'étant point homme à se laisser toucher par les prières d'une vingtaine de grimauds de lettres que volontiers il eût enfermé dans sa bonne citadelle de Gaëte. Et tous avaient signé, des plus modérés, avec Cavour et Balbo, aux plus avancés avec Brofferio.

Le reste du journal comprenait des nouvelles de l'Italie, notamment sur la mort de Marie-Louise « événement qui est un grand pas dans le Risorgimento », aucune allusion à l'existence de Napoléon ; des articles d'actualité de Sauli,

Rela, Briano ; et spécialement Quelques paroles sur iunion adressées aux jeunes citoyens par Carlo Alfieri. Le tout était de bon aloi, mais un peu terne, et, il faut le reconnaître, inférieur au premier numéro. Pourtant ces lignes si calmes soulevèrent de vives colères, à droite parce qu'on reprochait à ces aristocrates de pousser la monarchie dans un chemin périlleux ^ ; à gauche, parce que la politique si prudente et réservée du Risorgimento risquait d'encourager le gouvernement à une excessive lenteur ; à Gênes, le parti réformiste en était ému, et, par manière de plaisanterie solennelle, on brûlait le journal chez le marquis Doria. « J'en suis enchanté, écrivait Gavour, cela a fait parler de lui, c'était l'essentiel ". »

Gependant toutes les actions de la Société étaient souscrites, les fonds versés, et il était indispensable de publier le journal chaque matin si l'on voulait lui donner le plein de son influence. Les circonstances n'étaient guère favorables, Balbo était malade, d'ailleurs elfrayé des opinions nettes et franches de ses collaborateurs, habitué aux phrases enveloppées de la brochure sous un régime autoritaire plutôt qu'aux articles hardis d'un journal en temps de liberté ; « s'exagérant, a-t-on écrit, les devoirs de la modération », il était en désaccord avec Gavour, lui toujours prêt à réclamer de nouvelles réformes. La concurrence des deux autres journaux, le Messager et la Concordia était vive. L'administration du Risorgimento était défectueuse, les exemplaires arrivaient en retard aux abonnés. « Excusez-m'en, écrivait Gavour à l'un d'eux, en considérant que nous sommes tous gens nouveaux à la besogne que nous avons peut-être entre-

1. Vives discussions entre Gavour et son frère Gustave qui « trouvait sa couleur trop anticléricale ». Gavour à M"« de La Rive, 13 février lSi8.

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