‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 2)Chapitre 156 sur 171 · Brofferio. Storia del Piemonle, fasc V, p · texte numérisé non relu

Brofferio. Storia del Piemonle, fasc V, p

Cavouh. — I. . • 22

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Dans rintelligence si vive et variée de Cavour, s'était révélé un joarnaliste dé race. Pendant deux années, il multiplie dans le Risorgimento les articles politiques, économiques, financiers. Sa prose manque de nerf, et l'on a remarqué qu' « il n'avait pas le style d'un journaliste « : en effet, rien ici du mordant de Garrel, de l'entrain de Marrast ; mais de la gravité, des sujets étudiés, le respect des lecteurs ; Cavour prend au sérieux sa tâche, comme un bon professeur sa leçon ; s'il écrit, c'est pour instruire un public tenu jusqu'alors dans l'ignorance, pour le former à la doctrine que lui-même croit la meilleure pour l'avenir de l'Italie. Dans chaque article, apprendre quelque chose à ses lecteurs, — voilà la manière de Cavour journaliste. Aussi ses nombreux articles fourmillent-ils de renseignements pratiques comme de notions théoriques, utiles à lui-même en même temps qu'aux autres : car il s'instruit en enseignant, c'est de la bonne pédagogie. A traiter ou faire traiter par ses collaborateurs toutes questions de politique, il les pénètre jusqu'à leur tréfonds, si bien qu'arrivé au pouvoir il passera de l'un à l'autre ministère, en tiendra plusieurs en même temps, avec une égale souplesse. Il a reconnu les avantages de cette école du journalisme, lorsqu'il disait plus tard que « ce qui l'avait le mieux préparé au maniement des affaires et de la politique, c'était, après les mathématiques, d'avoir été journaliste ^ ».

A la fin de 18i7 et au début de janvier 1848, les incidents s'étaient multipliés en Italie. A Rome, le pape, continuant ses réformes généreuses, instaurait en grande pompe une Con-

\. Massari. Il coule di Cavour, p. 28.

suite, représentant la classe moyenne des Etats de FEglise et appelée à donner son avis sur toutes questions législatives et financières qu'on voudrait bien lui soumettre ; il appelait un militaire au ministère de la Guerre — qui n'avait jamais eu pour chef qu'un prêtre ; il continuait ses négociations sur l'union douanière. En Sicile, l'insurrection écrasée en septembre, était à nouveau préparée et fort méthodiquement ; un jeune avocat, Grispi, organisait son extension à Naples ; le 12 janvier, la révolution éclatait à Palerme, et se développait dans toute la Sicile avec une force irrésistible. En Toscane, dans ce pays ordinairement si calme, des troubles se produisaient partout : légers et bénins à Florence, ainsi que le comportait l'aimable caractère de ses habitants, âpres et passionnés à Livourne où s'esquissait même un mouvement séparatiste, La mort de l'archiduchesse Marie- Louise, la veuve très consolée, ouvrait une succession ^réglée à l'avance par de bons traités — naturellement contestés, et les habitants, que l'on n'avait point consultés, donnaient des avis non sollicités. A Milan, les patriotes, pour narguer le fisc autrichien, refusaient de fumer ; alors on distribua des cigares aux soldats qui en soufflèrent la fumée dans les rues au nez des bourgeois ; de là colères, coups, et 1' « émeute du tabac». De-cide-là, àCôme, Laveno en Lombardie, à Cortone, Pistoia en Toscane, ajlternatiyement la population rossait le guet et était rossée par lui. Et partout, et toujours ce double cri : « Liberté politique. — Hors l'Italie les Autrichiens. »

En Piémont \ l'évolution engagée par les Lettres patentes du 3i octobre se continuait sans que rien pût l'arrêter ; les ultras rugissaient vainement, les lois promises étaient l'une après l'autre promulguées avec une probe franchise et

1. D'après les dépêches de l'ambassade de France, 8 et 25 décembre 1847, 4 janvier 1848, etc.

un constant esprit de suite, plusieurs chefs du parti rétrograde avaient dû quitter des postes importants pour être remplacés par des hommes de mérite appartenant au groupe adverse. Le clergé était divisé, les bas prêtres gagnés à l'esprit nouveau, les prélats mécontents et inquiets et l'évêque de Pignerol, à qui Ton refusait la censure religieuse sur la presse, donnait en termes insolents une démission qui fut acceptée à son grand étonnement. Les progressistes triomphaient, bien décidés d'ailleurs à ne point s'arrêter sur un si beau chemin et comme ils entendaient que nul ne l'ignorât, ils l'annonçaient tous les samedis dans des banquets fraternels, en mangeant du veau et buvant de l'asti. Le marquis d'Azeglio qui organisait ces petites fêtes, était un excellent homme, jouant au « roi des Halles », bon esprit d'ailleurs car « il avait entrepris à lui seul l'émancipation des israëlites et des protestants », mais un peu verbeux, et aimant en outre l'éloquence d'autrui, de telle manière qu'au banquet du commerce on prononça vingt-deux discours : et il en fut de même aux diverses réuniens des ébénistes, des serruriers, des tailleurs, des matelassiers, etc. « On voit bien là, remarquait plaisamment la marquise, ce que c'est que de rendre la parole aux muets V » « Où va-t-on » ? gémissaient les révoqués du parti clérical. C'était très visible : vers l'octroi d'une constitution.

Dans le courant du mois de décembre, les libéraux de toutes nuances avaient compris qu'ils pouvaient profiler des circonstances, de cette « allure générale des choses » qui fait l'histoire % pour obtenir non des bribes de réforme, arrachées l'une après l'autre aux hésitations de Charles-Albert, mais

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