Le mot est d'Albert Sorel à son cours
une transformation de tout le droit public du Piémont, une novation de la royauté absolue en monarchie parlementaire. Gavour, un des premiers, entrevit ce but immédiat. « Nous marchons vers une Constitution », écrivait-il le 8 décembre, et déplorant la maladie du roi, il ajoutait peu de jours après : « Sa mort serait fatale au pays. Son successeur, quoiqu' animé des meilleurs sentiments, ne sera pas en état de diriger l'œuvre difficile de l'arrangement progressif de l'Etat ; en vue d'une catastrophe ne croyez-vous pas opportun de pourvoir le pays d'institutions politiques indépendantes de la volonté du souverain \ »
Mais quelles institutions ? ici les libéraux se divisaient : les uns avec Balbo ne voulaient de représentation populaire que sous le contrôle de la monarchie et d'une Chambre des Pairs, héréditaire, forte, inébranlable appui du souverain ; les autres, les avancés, n'admettaient que des institutions démocratiques, une seule Chambre, issue du peuple, dominant le roi par le vote annuel du budget, et en face d'elle, tout au plus un Conseil d'Etat pour rédiger les textes. Il est curieux de voir que le circonspect Cavour, qui écrivait : « l'essentiel c'est de marcher avec ordre et prudence », s'était, après de longues réflexions et probablement sous l'influence de ses amis suisses, de ses longues séances au Palais-Bourbon, au Luxembourg et à Westminster, rallié à l'opinion la plus hardie. « Nous ne pouvons pas avoir de pairie héréditaire, mandait-il à son correspondant de Genève ; un Sénat ne ferait qu'affaiblir la Chambre des députés. Reste le Conseil d'Etat, comme vous le proposez -. »
Pour amener le roi à cette noble fin, le parti progressiste
1. Gavour à Auguste de La Rive, 8 décembre 1847 ; à Giovanetti, 17 décembre.