‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 2)Chapitre 161 sur 171 · Baron d'André à M. Guizot, 5 février · texte numérisé non relu

Baron d'André à M. Guizot, 5 février

Cette décision, on résolut de l'annoncer au peuple piémontais par une proclamation et un avant-projet de constitution . Le texte en avait été arrêté la veille par des Ambrois, Borelli et Gallina, qui prévoyaient l'inévitable conclusion du débat. La proclamation contenait les phrases obligatoires sur l'affection du Prince pour son peuple, la confiance du peuple en son Prince, les bienfaits que les réformes assureraient au pays. Ainsi, déclarait le roi, « nous avons résolu d'adopter un statut fondamental pour instaurer dans nos Etats un système complet de gouvernement représentatif ».

Le projet de constitution est plus intéressant, car, dans ses grandes lignes, il contient tout le Statuto^ qui régit actuellement l'Etat italien. Entête, cette affirmation, destinée à calmer les scrupules du roi, que « la religion catholique, apostolique est la seule religion de l'Etat. Les autres cultes existant actuellement sont tolérés conformément aux lois » . Dans l'ensemble, le régime adopté n'est autre que celui de la Charte française de 1830 : le pouvoir exécutif appartient au roi seul ; le pouvoir judiciaire émane du roi ; le pouvoir législatif est exercé collectivement par le roi et les deux Chambres ; pas d'allusion aux ministres, à leur action et leur responsabilité; on fait belle la part du souverain, pour ménager les susceptibilités de Charles-Albert ; des deux Chambres, l'une est composée de membres nommés à vie par le roi ; la seconde sera élue sur la base d'un cens à déterminer. La presse est libre, non moins que l'individu. Enfin, et ceci pour répondre aux suppliques de Gênes et de Turin, une milice communale sera organisée.

Pendant les longues heures de ces délibérations la vie de la cité était comme suspendue, en attente de la décision. Une foule nombreuse stationnait devant le Palais Royal. Les deux syndics de Turin se rendirent au château, peut-être à l'inci-

talion de Gavour et de ses amis \ ils virent le roi, ils lui parlèrent à nouveau du désir national ; Charles- Albert leur répondit froidement qu'il ne déciderait rien tant qu'il verrait les grilles de son ciîâteau encombrées par la foule ; la place fut rapidement évacuée. Le soir, rien n'était connu.

La matinée du 8 février se passa dans l'anxiété ; vers midi un groupe de journalistes libéraux se rendit aux nouvelles chez le garde des sceaux ; à leurs questions, Avet répondit « d'un air à la fois discret et joyeux » qu'ils pouvaient avoir confiance dans la bonté du roi, qu'ils allaient en avoir la preuve". Une heure après, le ministre des Affaires étrangères recevait les envoyés étrangers et leur annonçait que « le roi avait signé une proclamation donnant les bases d'une constitution qui serait le plus monarchique possible et qui, par conséquent, ressemblerait beaucoup à la Constitution française ». Ces paroles dites, M. de Saint-Marsan remettait aux ministres des différentes puissances une note insistant sur deux points : (( L'octroi du statut qui forme l'objet principal de la proclamation est le résultat de la libre et entière volonté du Roi... Le respect des traités formera à l'avenir, ainsi qu'il Fa fait par le passé, la base de sa politique ^ » En même temps on placardait sur les murs de Turin la proclamation avec le projet de statut.

Alors la joie éclata, délirante. Depuis trois mois, depuis la publication des Lettres patentes, le 31 octobre, Turin, toutes les villes du Piémont avaient connu bien des fêtes et des

1. Costa de Beauregard. Dernières années de Charles- Albert, p. 98 et suiv.

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