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Le baron d'André à M. Guizot. 8 février

3. Note du premier secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères à M. le baron d'André, chargé d'affaires de France, Turin, 8 février 1848. Archives des Affaires étrangères de France, à sa date.

manifestations : nulle comme celle de ce jour, car un sentiment nouveau naissait dans le pays. « Il est fier de son émancipation », écrivait le ministre de France. Fierté légitime, car, sagement conseillé, le roi avait « octroyé » pour ne pas être soit « contraint », soit déchu comme l'avaient été Charles X ou Ferdinand de Naples, comme devaient l'être Louis-Philippe ou Frédéric-Guillaume IV. Sans révolution, le peuple piémontais « se trouvait élevé au rang des puissances les plus avancées de la civilisation », et cela par la seule pression de 1' « opinion publique », habilement guidée par les publicistes libéraux qui l'avaient tout ensemble contenue dans ses demandes et retenue dans ses excès. Ainsi, annoncé comme « un acte de la libre et entière volonté du Roi )),le statut était une conquête de la Nation.

Et tel était le sens de Tarticle très respectueux, très « loyaliste » que Gavour écrivait le lendemain dans le Risorgimento. Sans doute, le journal comportait en tête les armes de la maison royale avec cette triple acclamation : Viva lo Statuto, Viva iltalia, Viva Carlo Alberto; sans doute, encore, l'article de « la Direction », annonçait v l'acte glorieux et spontané » du souverain. Mais il ajoutait : « Les grands principes, qui coûtèrent à l'Angleterre des siècles de guerre civile ; que la France a achetés par de douloureuses révolutions; que l'Espagne n'a pu encore obtenir après vingt ans de désastres et de massacres, nous les avons obtenus libéralement, pacifiquement, de la sagesse de notre Roi, de notre Père, de notre Gharles-Albert. » Et l'article se terminait |)ar ces lignes prophétiques : « Gharles-Albert, en proclamant la liberté constitutionnelle, a fait faire un pas immense au grand dessein de la nalionahté italienne;... elle sera un jour représentée par les trois couleurs, emblème de l'unité italienne ;... jusqu'à ce jour notre seul symbole d'union sera la

cocarde d'azur, faite par Charles- Albert emblème de gloire et de liberté ' » .

Les festivités continuèrent tout le mois, malgré le roi qui eût désiré « que toute démonstration cessât, que le calme se rétablît et que chacun reprît ses occupations^ ». Elles furent closes le 21 février et par un défilé gigantesque, organisé par le marquis Robert d'Azeglio, bien entendu, avec délégations des cafetiers, des négociants en fromage, les vétérans défenseurs de la liberté entre les artistes dramatiques et les chapeliers, les journalistes conduits par Gavour, tout joyeux, la députalion des Vénitiens et des Lombards en grand deuil, et des orphéons, des fanfares, des bannières... La nouvelle de la Révolution de Paris survint pendant la fête.

Les réjouissances ne pouvaient dissimuler les difficultés, qui étaient grandes, à l'extérieur comme à l'intérieur. Comment le cabinet de Vienne prendrait-il le nouveau régime, surtout avec le caractère de renaissance nationale que lui donnait le peuple entier ? On avait bien soin de lui communiquer le projet de constitution, de prendre son avis^ ; mais depuis près de deux années, la politique du prince de Metternich était si hostile au Piémont, représentant du sentiment italien, que tout était à craindre. Sans doute, en Italie, l'Autriche ne trouverait point d'allié dans le grand-duc de Toscane, qui avait accepté le 12 février une constitution analogue au statut du Piémont, ni dans le pape tout acquis aux réformes, ni dans le roi de Naples, provisoirement du moins. Mais dans la lutte entre le grand empire et le petit royaume,

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