Gavour il M»« de La Rive, 13 février 184S
4. D'après une dépêche de M. de Bacourt en date du 2) février 1848.
LE RÉVEIL DE L'ITALIE ooo
Ce nouveau régime, si menacé à l'extérieur, il fallait l'organiser à l'intérieur et passer en texte définitif |les engagements de la proclamation royale. On croyait qu'une commission de rédaction serait constituée dont Balbo et Cavour seraient les membres dirigeants : n'avaient-ils point pris une part décisive au mouvement libéral, le premier par ses livres et brochures, le second par sa campagne dans le Risorgitnento et son initiative au début de janvier ? Cavour pouvait croire à mieux et probablement le bruit avait-il couru qu'il allait participer au gouvernement, car il écrivait ironiquement le 11 février à Emile de La Rue : « Je vous remercie de ma nomination de ministre, à laquelle je ne m'attendais pas. En attendant que le Roi la ratifie, je pense à trouver un coin pour me faire élire ^ » 11 eut raison de ne point attacher d'importance à un simple racontar; il savait que le roi ne l'accepterait point comme ministre, — et il ne fut jamais collaborateur de Charles-Albert. Pour l'heure, il fit simplement partie de la Commission chargée de préparer la loi sur l'élection des députés : tout était à organiser, corps électoral, éligibilité, circonscriptions, et Cavour se mit au travail avec son ardeur coutumière, étudiant les législations étrangères, reprenant sa correspondance et ses souvenirs de voyage'. On avait proposé de faire des corps municipaux la cédule électorale, de constituer ainsi la Chambre en « grand Conseil des Communes du Pays », suivant l'expression de , Gambetta pour le Sénat de la République; Cavour écarte cette procédure, par ce double motif qu'elle aboutirait au mandat impératif, partout repoussé, et qu'elle transformerait
1. Cavour à Emile de La Riie, 11 février 1848. Bert. Nouvelles lettres, p. 187.
2. Cavour a utilisé ces travaux dans quatre articles du Risorgimento, des 12 et 19 février 1848, Sur la loi électorale, des 22 et 23 février. De la circonscription électorale.
les conseils municipaux en corps politiques. Il n'accepte donc que le vote individuel; mais quels citoyens y admettra-t-on, quel cens électoral fixera-t-on ? Gavour veut ce cens variable, « d'après l'importance du loyer des magasins et des usines... le loyer minimum doit varier d'après les villes... Xous voudrions faire descendre les droits électoraux jusqu'au boutiquier qui jouit d'une petite aisance, qui a tous les jours un bon pot-au-feu^ ». Enfin, entrant dans le feu d'une querelle, brûlante depuis un siècle, point éteinte partout, Cavour se prononce pour le scrutin d'arrondissement contre le scrutin de liste. Dans leurs grandes lignes, les idées de Cavour furent adoptées par la Commission et par la loi de mars 1848.
Ce régime nouveau, avec toutes ses incertitudes, tous ses aléas, exigeait une forte organisation des partis, et Cavour s'y activait pour le sien, car dès le statut promulgé, les élections auraient lieu, et il fallait s'y préparer de suite. « Pensons à l'avenir, écrivait-il à un correspondant de province. 11 est nécessaire, indispensable de constituer un parti libéral conservateur... Nous devons nous attendre à voir se constituer un parti extrême impatient. 11 est nécessaire de nous préparer à combattre pour donner un ferme, un efficace soutient » Malheureusement, à ce moment même, le groupe du Risorgimento se divisait et Balbo quittait le Comité de rédaction ; depuis quelque temps la divergence d'opinions' s'accentuait entre les deux hommes; Gavour, malgré sa circonspection, voulant aller de l'avant; Balbo, trouvant l'autre trop iiardi, presque radical et trop peu respectueux des droits de