II AVANT-PROPOS
lentes. Mais c'est surtout dans ses lettres, ses notes intimes, ses articles, ses discours, dans les souvenirs de ses amis que j'ai d'abord cherché Cavour. Je l'ai suivi dans les diverses étapes de sa vie : à la casa Cavour de Turin, où il a réalisé le vœu du poète : « Naître, vivre et mourir dans la même maison » ; dans son domaine de Léri où, jeune, il a cherché un remède à ses propres défauts, dans sa maturité conquis le plein de son intelligence, aux heures de fatigue et de déception trouvé un refuge calmant ; dans ce château de Santena, terre de sa famille depuis sept siècles, témoin des jeux de son enfance et champ de son suprême repos. Et partout je l'ai trouvé le même, car cette vie si ballottée et faite en apparence de contradictions, est en réalité d'une harmonieuse unité.
Mais il n'était point possible de séparer Cavour de son temps et de son œuvre : nul moins que lui ne s'est isolé dans une tour d'ivoire. Dès sa prime jeunesse, il a été passionné de la vie publique, et si les circonstances l'en ont longtemps écarté, il la suivait, la longeait avec une vive curiosité, le regret de n'y point participer, la secrète espérance d'y entrer un jour. 1848 lui prépare l'occasion, 1830 la lui donne et désormais l'histoire de Cavour est celle de l'unité italienne. Sans doute, il n'a fait que profiter du grand mouvement national, qu'il n'était au pouvoir d'aucun homme de susciter ni d'arrêter; mais il a réussi à en prendre, plusieurs années durant, la direction, à lui imprimer quelques-unes de ses propres idées de tolérance, de liberté, et avec tant de force qu'elles ont donné à la nouvelle monarchie un caractère qu'elle n'a point perdu. Là fut son génie.
Le Risorginiento a été l'objet de belles études, dont je me suis naturellement inspiré. Mais j'y ai apporté, pour ses débuts au moins, un ensemble de documents inédits et d'un vif intérêt.
AVANT-PROPOS ni
La monarchie française entretenait à Turin une ambassade plus importante que ne comportait cette petite capitale, mais qu'expliquaient les liens de famille unissant les maisons de Bourbon et de Savoie; jolie résidence, point de difficultés politiques, relations agréables, tout en faisait le poste rêvé de la diplomatie ; de notables ambassadeurs y ont passé, La Tour du Pin, de Barante, Salvandy, tous gens de grand savoir et de grande expérience, et leur correspondance est pour le curieux une mine précieuse ; en majeure partie, elle n'avait point encore été exploitée ; j'y ai puisé largement pour ce premier volume. Et Gavour a fréquenté si régulièrement notre ambassade, ses pensées personnelles avaient une si proche parenté avec les opinions des sages représentants de la France, que la correspondance des uns et, aire toute la jeunesse de l'autre.
Avec ces vieux papiers, comment faire revivre une existence d'une telle intensité. Camille débordait de vie : en famille, aux champs, dans les salons, à son journal, au Parlement, dans son cabinet ministériel, — toujours, partout, — son intelligence était en perpétuelle production ; dès son enfance, sa curiosité était sans cesse en éveil; lancé dans les affaires, il en entreprenait de tous genres et de tous côtés ; dès son entrée dans la vie poUtique, il n'eut d'autre souci et d'autre joie que de produire : chaque jour, un acte. Et chaque acte, pris pour répondre à une nécessité du moment, vise au fond un but lointain, toujours le même, l'unité nationale. Bien avant la Révolution de 1848, Gavour a pour idéal la renaissance de sa patrie, il entend par là de sa grande Patrie, l'Italie entière. Avec un robuste bon sens, un optimisme inébranlable, il avance vers ce but malgré tous les obstacles, en homme qui cherche à profiter des événements et non à les brusquer. Car, dans des temps troublés, il possède l'art