‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 2)Chapitre 21 sur 171 · Berti. Cavour avanli il -tS-iS, p. 47 et suiv · texte numérisé non relu

Berti. Cavour avanli il -tS-iS, p. 47 et suiv

"2. Le baron de la Tour du Pin au ministre des Affaires étrangères, 18 et 30 décembre 1826. Archives des Affaires étrangères. Correspondance Piémont, n°« 225 et suiv.

o. Le baron Schiaffino, consul général de France à Gènes au ministre

vemement piémontais résolut de mettre à ce goulot un bouchon. Vintimille en fut choisi pour emplacement.

Vintimille serre ses ruelles, ses villas et ses jardins entre les rochers, la mer et un torrent, site enchanteur, fait pour la contemplation et la poésie : Cavour n'était ni un contemplatif ni un poète ; il s'y ennuya consciencieusement pendant quatre mois. Il commençait déjà à se rebuter de sa carrière d'officier, plus convaincu delà « servitude » que de la « grandeur » militaire. « Les plans queje lève me seraient infiniment utiles si je comptais passer ma vie dans le génie, écrivait-il de Vintimille à son oncle de Sellon le 16 décembre 1828 ; mais comme j'espère qu'il en sera tout autrement, je ne vois pas à quoi me servira tout ce que je suis sensé apprendre dans mon métier. » La ville même, alors une bourgade isolée de tout centre animé, — « le plus pauvre pays de l'Europe », écrivait-il encore, — offrait peu de distractions; il aurait pu rencontrer dans les villas du voisinage quelques familles de l'aristocratie piémontaise, mais elles étaient absentes. Il aimait, déjà, à causer politique, être au courant des nouvelles, il priait son frère de les lui envoyer, mais de Turin encore lui venaient de nouvelles tristesses, nées de ses profondes divergences avec les opinions sages, traditionnelles, conservatrices de sa famille. Dans une lettre d'une mélancolie intense, qu'il écrivait le 30 novembre 1828 à Gustave de Cavour ■ « plus qu'un frère pour lui, un ami pour lequel il n'a rien de caché », il épanchait toute son amertume contre les siens qui « l'accusaient d'étouffer les sentiments de la nature par morgue philosophique », et voulaient « courber le ressort de son âme » . On devine par cette

de.s Affaires étrangères, iG juin, ô et 1- juillet 1830. Archives des Affaires é/ranrjères, ibid.

2. Appendice dans l'édition italienne de W. de La Uive, Il conte di Cavour, p. 3j3 et suiv.

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lettre que de graves dissentiments, des scènes pénibles avaient déjà éclaté entre le fils jaloux de son indépendance et le père fier de son autorité, qui, « dans un accès de colère, l'avait menacé de le faire mourir de faim en Amérique » et lui a reproché de « le faire périr de chagrin ». On a voulu le séparer d'un ami', l'humilier jusqu'à demander pardon de ses idées hardies, et le jeune homme se révolte. « Mes opinions, écrit-il, ont été cause des reproches les plus sanglants, on m'a appelé dégénéré de mes aïeux, traître à mon pays, à ma caste. Le ciel m'est pourtant témoin que je finirais plutôt mes jours dans un cachot, que de faire une seule bassesse, indigne de mon nom, et de la dignité d'un homme libre, bien supérieure à toutes les autres... Est-ce ma faute si je vois d'une manière différente de la leur ? Je ne suis pas maître de ma conviction et il m'est aussi impossible d'admettre la plupart de leurs doctrines, que de croire que deux et deux font cinq. Si je suis donc dans l'erreur, on doit plutôt me plaindre que me blâmer. » Et il terminait par un douloureux parallèle entre le sort des deux frères, l'aîné, Gustave, qui « sait à quoi s'en tenir sur son avenir et peut se livrer en paix à une douce indolence », le cadet, lui-même qui « ne sait ce qu'il deviendra » et que « le moindre faux-pas peut entraîner pour toute la vie ».

Ainsi ruminait-il ces choses pénibles, « dans ce vilain pays, travaillant à une besogne excessivement ennuyeuse et n'ayant d'autre délassement que d'aller jouer au jeu spirituel et instructif du loto" ». Vainement l'ami de sa jeunesse, Pierre di Santa-Rosa lui écrivait d'affectueuses lettres destinées à le réconforter, à le réconcilier avec la vie. Temporairement pessimiste, Camille ne voulait point être consolé. Il y avait bien là une large exagération déjeune homme, car il avait rencontré

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