Cavour à Adèle de Sellon, 15 février 1829. RuOini, p
quelques amis et reçu des livres où il se plongeait avec délice et qu'il lisait la plume à la main. Cette habitude excellente, qu'il devait continuer une grande partie de sa vie, il la tenait évidemment de son oncle, le comte de Sellon : le digne homme émettait presque chaque année une brochure, où sous le titre de « Réflexions », de « Considérations », il communiquait au public le fruit de ses lectures et les pensées de ses auteurs préférés. Cavour faisait pareille collection, mais pour lui seul : c'est de cette époque, semble-t-il\ que date un carnet, d'abord consacré à des problèmes de mathématiques, ensuite appelé à récolter les formules des plus notoires publicistes du temps : Guizot, Benjamin Constant, les Dupin, Charles Comte, Chateaubriand, M"^" de Staël, Lamartine, parmi les Français, et Hallam, Hume, Byron, Adam Smith, Mac Culloch, chez les Anglais. Au contact de ces grands esprits, il reprenait sa sérénité, et on peut constater, d'après ses lectures préférées, que le jeune révolté (tel que le considérait sa réactionnaire famille) n'était dès lors qu'un libéral prudent.
Enfin arriva le jour tant désiré qui devait marquer la fin de son « exil », — mais non de la manière qu'il espérait : il comptait aller à Gènes, puis à Turin, et c'est en pleine montagne que l'envoyaient les hasards de la carrière, — si les « hasards » n'étaient point amenés par un gouvernement peu désireux d'appeler dans une grande ville un aussi a mauvais esprit ». Le 25 février 1829, un ordre de service l'envoyait au fort dExilles, un nom prédestiné.
Modeste village sur la route qui mène d'Italie en France par le col de Fréjus, Exilles possède une vieille forteresse que le gouvernement piémontais voulait rajeunir : pendant trois mois, Cavour y travailla sous la direction du capitaine SauU,