Berti. Cavour auanti il ISiS. p. 86 et siiiv
plus tard son collègue au Parlement subalpin. En mai, il était lui-même muté au fort de Lesseillon, près de Modane, qui n'offrait guère plus de réjouissances. Dans cette vie sévère, il travaillait et réfléchissait ; les livres, les lettres et les journaux qu'il recevait de son frère étaient ses seules distractions : il lisait avec le plus vif intérêt les trois volumes de Guizot sur ï Histoire de la civilisation en France^ qui venaient de paraître, et cette philosophie de l'histoire, sage, raisonnable, fondée sur les faits, lui plaisait infiniment, car elle répondait à ses propres sentiments, v Plus je lis cet auteur, écrivait-il, plus je l'admire. 11 introduit dans les sciences morales une méthode si rigoureuse qu'il les rapproche des sciences exactes. Sa manière de présenter l'histoire me paraît admirable. 11 ne déclame pas, mais toujours prouve. Un homme de bonne foi, après avoir lu son cours d'histoire moderne, ne peut point ne pas demeurer convaincu que la civihsation suit sa route, surmontant tout obstacle. » Tristement il se souvenait du sommeil lourd où vivait son pays, et comparait le morne ennui de la cour de Turin avec l'activité fébrile des hommes politiques à Paris, le régime étouffé du Piémont avec l'indépendance des partis en Angleterre.
Dans la solitude, il se repliait sur lui-même, et cet enfant de dix-neuf ans dressait le bilan de son âme. A l'Académie déjà, sa foi religieuse avait été atteinte, choquée par l'étroitesse des dogmes et la petitesse des cérémonies les plus grandes. Pendant son séjour à Vintimille, il s'était produit en lui un « grand changement », c'est son expression même : « J'ai lu des livres qui m'étaient dépeints comme impies et je- n'ai point pu ne pas m'apercevoir du fragile fondement de nos croyances religieuses'. » Dans cet effondrement de son catholicisme