‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 2)Chapitre 25 sur 171 · Cavour à M. de Sellon, 30 jan\icr · texte numérisé non relu

Cavour à M. de Sellon, 30 jan\icr

GAYOUR OFFICIER 73

on discutait encore*. Dans ce milieu noble et charmant, la gaîté n'était point étouffée par les plus hautes spéculations, la philosophie souriait, l'économie poUtique était bercée par les valses de Mozart : Cavour s'y retrouvait comme un exilé rentrant dans sa patrie.

A la fin d'octobre, il partit non pour Lesseillon, mais pour Turin oii il était affecté à la Direction du Génie. A son départ de Genève, le bon oncle l'avait muni pour viatique du gros volume de Bentham, Traité de législation civile et pénale, traduction Dumont. Camille le lut consciencieusement, et envoya, en retour, à son oncle, une copieuse dissertation ; le « principe de l'utilité » ne l'enthousiasmait point, il était encore sous l'influence de l'atmosphère d'idéalisme qu'il avait respiré à pleins poumons pendant son séjour à Genève ; il objecte à la théorie de Bentham le droit des sentiments naturels, tout en s'opposant fort « au sj^stème de la loi naturelle », et tout cela est un peu confus, mais sans amertume ; il avait emporté du Bocage et de La Fenêtre une provision d'optimisme'.

En mars 1830, il était envoyé à la Direction du Génie à Gênes.

Les premiers mois que Cavour passa à Gênes marquèrent profondément dans le cours de sa jeunesse, elles furent comme une étape radieuse dans une existence trop souvent portée à se forger ses propres tourments. Un de ses parents en a parfaitement donné quelques raisons. « Comment cette Gênes magnifique, cette brillante cité si méridionale, opulente, hospi-

i. W. de La Rive. Le comte de Cavour, p. 34. 2. Cavour au comte de Sellon, 28 novembre 18-*9.

talière, inondée de soleil, toute de lumière, de vie et d'action, remuant affaires et idées, n'eût-elle pas séduit, enchanté un jeune homme plein de sève et de feu, ardent, altéré d'action et de liberté, et qui n'avait encore guère connu que le ciel inclément et l'atmosphère oppressive de Turin \ »

Gênes, rattachée depuis 1814 au royaume de Sardaigne, mais avec un régime qui lui conservait une certaine indépendance, avait pris avec le retour de la paix et la reprise de la navigation privée un développement sans cesse grandissant sous l'habile direction d'un gouverneur avisé, le marquis d'Yennes. « Gènes portera très loin et très haut ses destinées commerciales, l'esprit d'entreprise anime et agite son peuple,», mandait l'ambassadeur de France à Turin ^. En ce début de 1830, Texpédition préparée par la France vers les rives d'Algérie donnait quelque inquiétude aux armateurs génois, jaloux de conserver leur égalité avec leurs concurrents de Marseille. « On ne parie ici que de cette expédition », écrivait notre consul général % et comme on prévoyait qu'Alger serait placée sous la domination française, on proposait de mettre Tunis sous la tutelle « d'une puissance inférieure, pour ne point éveiller de jalousie ;.. . et on donnait à entendre qu'on ne serait pas fâché d'être choisi pour remphr cet objet ». Deux mois plus tard, alors que Texpédilion française s'affirmait comme prochaine, un incident opportun éclatait à Tunis et exigeait une « foite démonstration » de la flotte sarde. D'ailleurs on se réjouissait du coup qu'allait porter le geste de la France aux pirateries barbaresques ; avec sa merveilleuse fmesse, le commerçant génois comprenait que

Page 1