W. de La Rive. Le comte de Cavour, p. 4ô
2. Le marquis de la Tour du Pin au comte de Viilèle. is juillet 1824. Archiven des Affaire)! élranf/ères. Correspondance IMémonl.
3. Le baron Schial'iino au ministre des Affaires élrangèies, 4 mars 1330.
la sécurité de la Méditerranée occidentale lui assurait des transactions tranquilles dans la partie orientale : et quoique rivaux les deux grands ports se réjouissaient dans la communauté de leurs intérêts.
Nulle société en Italie n'est plus agréable et intéressante que celle de ces banquiers, de ces armateurs dont les familles constituent depuis des siècles à Gênes une aristocratie de la fortune et de l'intelligence. Dans le centre de la ville, leurs palais, splendides et antiques, sont un double emblème de leur richesse et de leur ancienneté. Camille de Cavour, par sa naissance et ses relations, entrait d'emblée dans ce monde élégant et actif, auquel il trouvait plus d'agrément qu'aux courtisans endormis de Turin. Chez les Pallavicini, les Giustiniani, dans d'autres salons non moins illustres, il faisait sa véritable « entrée dans le monde », y brillait par sa vivacité, la grâce de son esprit, ses idées originales qui ne choquaient poin t, ici, des interlocuteurs ouverts à tout progrès. Chez MM. de la Rue, riches banquiers d'origine genevoise, il était reçu comme un enfant de la maison, et se liait avec Emile de la Rue d'une amitié à qui l'histoire doit une précieuse correspondance, interrompue le 28 mai 1861, dix jours avant la mort de Cavour ^ . Mais d'autres raisons lui firent trouver à Gênes un charme spécial : il y vit un ami, une femme, une révolution, tous trois selon son cœur.
Il avait retrouvé à Gênes le camarade bien-aimé de TAcadémie militaire, Michel SeverinCassio. Plus âgé que Camille de trois ans, entré bien avant lui à l'Académie, déjà parmi les « moyens » alors que lui-même était un « petit », les deux jeunes gens s'étaient plu par une certaine indépendance de caractère, l'horreur du cérémonial, une tendance à tourner la
1. 0. Bert. Nouveiles lettres inédites de Cavour, p. iv et suiv.
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discipline. Confidents de toutes leurs pensées et partageant les mêmes opinions, ces deux intimes tendaient, comme il est de coutume à leur âge, à outrer leurs idées en se les communiquant. Le marquis de Cavour, effaré parfois des paradoxes de son second fds, en reportait toute la responsabilité sur ce camarade plus âgé, et le tenait pour un suppôt de Satan : il exigea une rupture que Camille n'accepta qu'avec rancœur, et puis répudia. « J'avais un ami à l'Académie, écrivait-il plus lard à son frère, un ami chez lequel j'avais trouvé une âme ardente et élevée qui, accablé sous le poids de cuisants chagrins, provenant de sa famille, avait été conduit presque aux portes du tombeau, qui avait mis en moi toute sa confiance, qui m'aimait passionnément, et l'on m'a ordonné, au nom des sentiments, de l'abandonner pour ne pas me rendre suspect ^ » Parti comme officier en province, Camille avait renoué avec Cassio, en lui « demandant pardon » de son abandon temporaire, et il le retrouvait, comme lui, lieutenant du génie à Gènes et dans celte ville aux idées modernes, dans Folmosphère de liberté qui flottait en ce printemps de 1830, toujours ardent de progrès et de liberté.
Mieux qu'un ami, Cavour avait trouvé à Gênes une femme : il aimail.
Camille n'était point un puritain. Ses parents avaient toujours craint pour lui l'influence féminine, et le bon marquis écrivait dès 1827 : « Les femmes auront beaucoup d'empire sur lui — , même trop. Il ne fera pas l'enfanl, tout simplement". » Il est vraisemblable qu'il avait commis déjà quelques sottises, mais cette fois il s'agissait d'une autre passion, et d'une nature autrement élevée.