‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 2)Chapitre 34 sur 171 · Infra, p · texte numérisé non relu

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italienne et qui sont le meilleur résultat — sinon le seul, — de l'initiative personnelle de Charles-Albert.

Ces préparatifs, le remplacement de plusieurs ministres, la création d'un Conseil d'État avaient suscité chez les libéraux une attention pleine d'espérance ; elle ne dura guère, car ces « innovations » avaient en même temps éveillé chez les autres une méfiance qui se manifesta par un redoublement d'inertie. « Maintenant il faut aller doucement, disait dès le 28 mai à l'ambassadeur français le premier ministre, comte de Latour, on doit des ménagements à l'opinion royaliste, la seule vraiment fidèle ; elle commence à s'inquiéter. D'ailleurs le peuple piémontais est froid et raisonnable, il nest pas pressé... Plus tard, on verra ce qu'il y a à faire. » Au Conseil d'État on accumulait les hommes médiocres, en écartant tous ceux qui auraient apporté des lumières, du mouvement, et de l'indépendance ^ Les nouveaux ministres prenaient l'altitude des anciens, qui était toute de somnolence. Et les commissions de réformes législatives, absorbées dans leurs travaux préparatoires, n'apparaissaient plus à l'opinion publique que comme des réunions de juristes ratiocineurs, épluchant des textes, sans résultat.

Cette morne allure de la monarchie sarde contrastait avec l'activité fiévreuse que déployait le parti révolutionnaire.

Partout une jeunesse ardente s'agitait, et les persécutions ne faisaient que l'exciter davantage : à Modène, en février 1831, elle chassait le duc, mais cinq mille Autrichiens rétablissaient son pouvoir, sept cents personnes étaient en jugement : « Ce qui s'y passe est atroce », écrivait le représentant de la France à Parme, comte de Saint-Priest'. Les Romagnes étaient en feu,

\. M. de Barante au conilo SébasUani, 29 octobre 1831.

2. Le comte de Saint-Priest au baron de Barante, 4 juin 1831.

Bologne, Ancône occupées par des bataillons d'insurgés, enthousiastes mais sans discipline ; les troupes autrichiennes pénétraient dans les États du Pape, tantôt victorieuses, tantôt vaincues ; et puis on passait un « convenio ». Milan s'agitait sourdement, les sociétés secrètes tramaient dans l'ombre et les « carbonari » recrutaient dans tous les milieux des adhérents passionnés. Un grand cri s'élevait dans toute l'Italie, de colère et de défi. Et toutes ces ambitions, ces haines et ces espérances s'incarnaient dans un jeune homme en exil : Mazzini.

Alors âgé de vingt-trois ans, Joseph Mazzini avait déjà un passé, littéraire et politique; à Gênes, sa patrie, il avait brillamment débuté dans la critique; la révolution de 1830 l'avait jeté dans la polémique ; il avait déjà joui des plaisirs austères du carcere duro, arrêté pour crime à'opinione carbonara^ei, après six mois de détention, il avait été expulsé du royaume ; réfugié à Marseille, il envoyait à ses amis connus et inconnus d'Italie des écrits incendiaires, trouvait le carbonarisme trop circonspect, et rêvait mieux, une Société aussi ardente que secrète, prête à tout, à sa volonté ; ainsi naissait sous son souffle brûlant la Jeune Italie. Peu après l'avènement de Charles-Albert il avait adressé au nouveau souverain par lettre publique un appel si véhément que l'on s'est demandé quel en était le degré de sincérité et s'il ne comptait point sur son insuccès pour enlever aux Italiens la confiance qu'ils pouvaient avoir dans la personne royale ^ Non ; il était sincère, mais très surexcité ; c'était un apôtre à nerfs vibrants. Dans son épître-, il invectivait le roi de forte manière, lui rappelant sans ambages que le prince de Carignan avait été

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