‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 2)Chapitre 43 sur 171 · Cavour au comte de Sellon, 10 mars 1«J · texte numérisé non relu

Cavour au comte de Sellon, 10 mars 1«J

teau'; pendant ces absences, les salons étaient fermés; et Cavour n'avait pour se distraire que l'étude, mère de consolation.

Le Diario de Cavour et sa correspondance révèlent ses lectures préférées et ses préoccupations intellectuelles, et permettent de dresser exactement le bilan de ses pensées à cette époque où, écarté de toutes fonctions publiques, il étudiait pour son propre plaisir et par besoin de culture intellectuelle. Son histoire, on l'ajustement remarqué^, est celle de tous les grands fondateurs de l'unité italienne, Rattazzi, Lanza, Massimo d'Azeglio, Quintino Sella, etc., qui ne se sont point inféodés à des emplois oiî le fonctionnaire prend des habitudes de discipline qui tuent parfois en lui l'esprit d'initiative; ils se sont formés par des études personnelles, préparant ainsi les réformes qu'ils devaient un jour introduire dans leur patrie. Comme eux, Cavour se tire de son propre fonds.

De philosophie pure, il ne s'occupe qu'occasionnellement, et comme accessoirement à d'autres lectures : sans doute il lit, le crayon à la main, les Mélanges Philosophiques de Jouffroy et y trouve « une logique si éclairée et si rigoureuse et une absence si complète d'esprit de système et de dogmatisme, que Jouffroy lui ferait presque prendre du goût pour la métaphysique ». Mais les passages du profond penseur qu'il copie et sur lesquels il disserte avec le plus d'intérêt, traitent de problèmes religieux, et spécialement de l'origine des religions. Il en était intimement préoccupé; il n'avait plus la foi catholique, qui est toute de soumission ; volontiers plai-

1. M. de Chasteau au comte de Rigny, 10 décembre 1834. Archives des Affaires étrangères, ni. Berti. Il conte di Cavour avanii il iS-'iS, p. 129.

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santal t-il les pratiques mesquines et les superstitions, legs de l'antiquité païenne. Mais il avait des aspirations religieuses, et il cherchait un idéal supérieur à l'humanité dans ce qu'on appellerait aujourd'hui la philosophie des religions. C'est ce qu'il définit en copiant, tout en l'interprétant, dans son Diario, un essai de mon grand-père, Jacques Matter, sur le Polythéisme romain de Benjamin Constant. « Ici sans doute, il y a une révélation ; mais cette révélation est universelle ; elle est permanente, elle a sa source dans le cœur humain. Que sont les dogmes ? La rédaction des notions conçues par riiomme sur la divinité. Quand ces notions s'épurent, les dogmes doivent changer. Que sont les rites et les pratiques ? Des conventions supposées nécessaires au commerce des êtres mortels avec la divinité. L'anthropomorphisme sert de base à cette idée. Ainsi tout symbole est bon pour un temps ; mais le sentiment religieux représenté par le symbole ou le signe est seul éternel, et tout ce qui est passager devient mauvais en voulant changer de nature, devenir permanent. Avec cette prétention à la perpétuité commence l'erreur d'une situation stationnaire, c'est-à-dire que là commence la lutte entre le progrès et l'immobilité, entre la vfe de la pensée et la mort du symbole \ »

Tolérant en matière religieuse par la tournure même de son âme, il l'est par ses relations de famille, pris entre ses proches italiens, qui sont cathoUques, et ses parents de Genève, qui sont protestants ; il ne pratique point, mais il conserve son culte en lui-même et ne se détache point de toute église ; au jour où son ami d'Haussonville paraît en danger, Cavour se charge « d'annoncer au malade la nécessité de l'intervention d'un prêtre » ; de même, en son dernier

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