‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 2)Chapitre 45 sur 171 · Gazetla Piemontese du IG février 1835, p · texte numérisé non relu

Gazetla Piemontese du IG février 1835, p

Et comme il avait exprimé le regret que Cavour eût écrit son travail en langue française, le jeune auteur lui répondit modestement qu' « il ne croyait travailler que pour son père » et que « la langue italienne lui était restée jusqu'à présent tout à fait étrangère... il ne saurait s'en servir avec élégance » ni même « éviter de commettre des fautes nombreuses et grossières^ ».

L'influence des publicistes anglais s'exerce spécialement sur Cavour à propos des questions agricoles : ici, il est sur son terrain — si l'on peut dire ainsi ; tout jeune il a accompagné son père dans la visite des exploitations familiales ; au temps où le marquis était retenu à Turin par la Curie, il l'a suppléé; il prévoit et appelle le moment où lui-même prendra la direction des domaines. Ici tout l'intéresse : un modèle nouveau de charrue comme la loi sur les céréales en Angleterre, l'amélioration des races bovine ou chevaline de même que la transformation de la culture par les engrais et les machines agricoles. Et il se tourne vers l'Angleterre, pays des progrès industriels.

Non moindre est sur sa formation intellectuelle l'influence de Genève : il n'a jamais perdu le contact avec ses parents de Sellon et de La Rive, et leurs lettres inspirées d'un libéralisme raisonné et d'un noble idéalisme, ont été de tout temps pour lui comme un souffle pur et calmant. Dans ses heures mauvaises, c'est vers eux qu'il se tourne : « Je sens, écrit-il le 13 mai 1833 alors qu'on venait de découvrir un complot où certains de ses amis génois semblaient compro-

1. Cavour à Balbo, i'2 mars (1835). Letlre passée en veiUe chez Charavay. « J'ai eu tort, continue-t-il, je le sens, d'attendre si tard sans m'étre occupé de la première de toutes les études, celle de la langue de mon pays. Mais, lorsque j'aurais dii le l'aire après avoir abandonné la carrière militaire et la culture des sciences, je suis tombé dans un tel état de découragement intellectuel et moral que j'étais incapable de toute étude sérieuse. Je me llatte d'avoir surmonté cette crise... »

mis, que le séjour à Genève doit me faire un bien moral immense, car après avoir vécu trois ans au milieu des exagérations les plus violentes et les plus opposées, l'atmosphère de raison qu'on respire dans votre pays doit être tout à fait restaurante ^ » Et bientôt il part pour Genève, il y fait un séjour que prolonge probablement le désir de ses parents de le maintenir éloigné de Turin où perquisitions et arrestations se multipliaient-. Il se délecte aux discussions politiques parfois vives, toujours élevées, entre hommes de partis différents, mais qui connaissent bien les questions qu'ils débattent. Il court les comices agricoles, assiste aux prêches, visite les prisons, s'émeut à Coppet, devient lyrique au château de Chillon. « C'est le site le plus imposant que je connaisse, écrit-il. La vue qu'on découvre est sublime, mais d'une subbmité sévèrement mélancolique. Le grandiose des glaciers, la sévérité des rochers arides et dépouillés, la tranquillité imposante du lac, le riant des collines voluptueusement ombragées, forment un tout harmonique qui réveille dans l'âme les sentiments les plus tendres et les plus élevés, tout en leur donnant une certaine teinte de tristesse, pleine de charmes intérieurs qui s'évanouiraient si on était contraint à les partager avec des êlres indifférents"'. »

Et cet air de liberté qu'il respire en Suisse lui fait paraître d'autant plus pesant à son retour l'atmosphère de Turin, de toute ITtalie.

Qu'importe, c'est la Patrie : sans doute, il s'intéresse aux affaires françaises, anglaises, suisses, portugaises, voire espagnoles ou allemandes, mais pour l'Italie seule, il a passion, on dit exprès « l'Italie », car le Piémont n'est qu'au

i. Cavour à la comtesse de Sellon, 13 mai 1833. Letlere, I, p. 2S1.

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