CHAPITRE VI
I I. Préparatifs de voyage. Projets avec Santa-Rosa. — Le départ.
— Genève : les cours universitaires; les questions religieuses.
— Préparation d'un voyage sérieux.
§ II. A Paris. Première impression ; vieilles relations. — La politique : la crise ministérielle en permanence ; le cabinet de Broglie du 12 mars ; impressions de Cavour ; grande séance à la Chambre des députés ; le ])esoin d'ordre ; apathie générale ; fréquentations politiques de Camille. — La Chambre des pairs et le « procès monstre». — AlaSorbonne etau Collège de France : les cours de Jouffroy. — Visite de Paris. — Les salons. — Pourquoi il ne se fixe pas en France. — Son départ.
§ III. En Angleterre. La politique anglaise. — Brockedon et le plan de voyage en Angleterre. — Les communes : wighs et tories ; sir Robert Peel ; les réformes ; lettre à M. de Barante.
— Le commerce et l'industrie en Angleterre : visite d'établissements, chemins de fer. — L'agriculture. — Les inconvénients du machinisme ;lebill des pauvres et son application ; établissements pénitentiaires et d'aliénés. — Visite de Londres : tribunaux, banquets et salons. — Tocqueville. — Voyage dans les comtés. — Mylord Camille.
§ IV. En Belgique. Colonies pénitentiaires et phalanstères. —
Visite à Gioberti. — Le chemin du retour. Les résultats du voyage.
Depuis longtemps, Cavour avait le projet de faire un grand voyage d'agrément et d'études avec Pierre de Santa-Rosa ; son ami l'en avait pressé à plusieurs reprises : en 1833, il
voulait Fentraîner dans les villes historiques de l'Italie centrale et méridionale ; Camille n'avait point refusé tout d'abord, puis, retardé par quelque intrigue ou quelque visite aux domaines familiaux, avait laissé partir son ami, qui l'en avait agréablement puni en lui envoyant, comme pour lui inspirer un plus cuisant regret des splendeurs négligées, de Florence, de Rome, de Naples, les lettres les plus intéressantes et les plus pittoresques \ Dès 1834, l'insatiable voyageur parlait de repartir pour la France et l'Angleterre : Gavour en était fort tenté, mais de nouvelles difficultés se soulevaient, le consentement du père, dispensateur des fonds largement nécessaires, était lent à venir ; probablement la pensée de donner à son jeune étourdi un sage compagnon décida-t-elle le vieux marquis, car Pietro di Santa-Rosa était intelligent, actif, partageant sa vie entre ses travaux agricoles dans son domaine des Mollie près de Savigliano, diverses œuvres de bienfaisance, ses études littéraires, toutes consacrqes à la renaissauice de la patrie, et des voyages préparés et réalisés avec goût ; — au demeurant « un bien bon garçon qui avait un cœur honnête, une âme droite et un esprit distingué" ». En décembre 1834, tout était décidé. Le projet des deux amis comportait un séjour de deux mois à Paris, autant en Angleterre, retour par Bruxelles, le Rhin et la Suisse. Et comme Gavour devait aller à Genève, pour y soigner et distraire sa tante, M'"- de Glermont-Tonnerre, gravement malade '', ils s'y donnèrent rendez-vous, pour en partir au début de février 1835 ; Gamille se rendit en Suisse dès la fin de décembre.
Il y passa six semaines; nul séjourne lui convenait mieux. Il aimait la vie de liberté politique et intellectuelle qui était