Cavour. Diario, éd. Berti, p. 134, 156, janvier
point de hardiesse, aimant la controverse, la provoquant parfois ; — la phrénologie dont M. Dumontier essayait de découvrir les lois ; — la physique, très habilement enseignée par M. Auguste de La Rive, et Camille se passionnait aux expériences du brillant professeur, qui était son parent ; — l'histoire du christianisme, domaine du pasteur Diodati, qui (remarquait Cavour avec malice) « ne pouvait s'empêcher de se complaire dans les spectacles du triomphe de la puissance spirituelle sur la puissance temporelle, l'esprit prêtre se faisant jour à travers les maximes du professeur protestant ».
L'attitude religieuse de Cavour à Genève était curieuse ; il était cathoHque comme ses tantes, dont il différait de tous points, et d'une autre rehgion que ses parents Sellon et de La Rive, dont il était si proche par la pensée. S'intéressant aux questions religieuses plutôt que croyant, il aimait à s'entretenir avec les prêtres de l'une et de Tautre rehgion, écoutait avec attention les sermons de l'Eglise et du Temple, mais ses intimes convictions le portaient alors plus vers le protestantisme, dont il aimait l'esprit d'indépendance et de libre examen. « Jamais, notait-il à la suite d'une conversation avec le pasteur Munier, jamais je n'ai entendu de ministre donner une interprétation plus large et plus philosophique au christianisme, et juger d'une manière plus saine les tendances religieuses de l'époque. » Calhohquc de naissance, il le demeura en la forme extérieure ; mais, philosophe à la manière déiste du xvin'' siècle, il se rapprochait du protestantisme libéral, du « rationalisme » pratiqué au milieu du xix".
Surtout, il profitait de son passage à Genève pour préparer son séjour à Paris et en Angleterre ; il n'en voulait point faire un simple voyage de curiosité et d'amusement, courir uniquement les salons, les th(''âtrcs et les lieux de plaisir. Ses frivoles tantes s'étonnaient quil se « montrât froid (juand
elles lui parlaient des spectacles de Paris ». Certes, de ces mondanités il ne faisait point fi, et il ne s'en priva jamais, au contraire ; mais il avait pour son voyage des desseins plus élevés ; fréquenter les hommes de haute culture, les entendre au Parlement ou à la Sorbonne, pénétrer les secrets de la grande politique, visiter les établissements de bienfaisance et les maisons de correction, voir quelques importantes usines en Angleterre ; ainsi par le spectacle de deux grandes nations au travail cultiver sa propre intelligence; bref, apprendre, tel était son objet. 11 n'en est de meilleur pour un voyageur de vingt-cinq ans.
Au milieu de février, l'ami Santa-Rosa le rejoignait à Genève, vers le 20 février, ils arrivaient à Paris.
« Nos journées sont toutes pleines ; nous passons ordinairement la première partie de nos matinées en nous livrant à l'étude et à la méditation des choses vues le jour avant, puis à midi nous sortons et nous commençons nos excursions intéressantes. Hôpitaux, hospices, prisons, écoles, monuments, établissements publics de toute espèce sont passés en revue, visités, analysés, anatomisés. Vient le soir, le monde, les spectacles, les bals, les clubs politiques ou savants de toutes les couleurs, sont honorés par notre présence, et notre haute intelligence s'exerce ainsi jusqu'à minuits » Voilà l'existence à Paris des deux voyageurs, décrite par Santa-Rosa.
En y arrivant, écrit un de ses biographes, Cavour se crut dans la maison de vieux amis ' ; l'expression est exacte. Bien
1. Pierre de Santa-Rosa à Gustave de Cavour, 20 mars 183a. Ruffini, I, p. i6'J.