Berti. Cavour avanti il 1848, p
qu'Italien on ne pouvait le tenir ici pour un « étranger », tant il avait avec la France de pensées et de traditions communes ; c'était comme un parent de bonne race qui vient faire connaissance de ses proches. Pour beaucoup, il n'était point d'ailleurs un inconnu : son oncle et sa tante, duc et duchesse de Clermont-Tonnerre, arrivés à Paris peu dejours après lui, le présentaient dans leur monde, qui était le plus réactionnaire du faubourg Saint-Germain. Par ses relations avec le baron de Barante\ qui était en séjour prolongé à Paris, avec le comte d'Hausson ville, il pénétrait dans les cercles de la monarchie nouvelle. Enfin ses études personnelles, les conversations qu'il avait eues avec des savants de passage à Turin et à Genève, l'appelaient à la Sorbonne et au Collège de France. Partout il était « comme en pays de connaissance ».
La politique d'abord l'attira : l'heure était bien choisie pour l'étudier sur place. Depuis près d'une année, le ministère était en état de crise chronique. Le cabinet du 11 octobre 1832, qui s'était constitué cinq mois après la mort de Casimir Périer, et pour le remplacer, avait pour président plus décoratif qu'efîectif le maréchal Soult, pour chefs réels un brillant triumvirat, composé du duc de Brogliq, de MM. Guizot et Thiers. Mais M. de Broglie s'était retiré en avril 1834, la Chambre lui ayant refusé d'approuver un traité signé par le ministère Périer avec les Etals- Unis pour fixer à 23 millions le solde de vieilles réclamations américaines. En juillet, le maréchal Soult avait donné sa démis-
1. C'est par erreur qu'au tome I", p. 290, des Lellere ili Cavour, Chiala indique le baron de Barante comme résidant alors à Torino; le baron avait quitté son ambassade le 'J décembre 1834 avec le vicomte d'Haussonviiie (Ghasteau au comle de Rigiiy, 10 décembre, Archives des Affaires élranfjères) et n'y retourna plus. 1! fut suppléé par M. de Ghasteau jusqu'en novembre où le marquis de Rumicrny le remplaça. Gjir Barante, Souvenirs, V, \). 170, 189.
sion sur un désaccord avec ses collègues dans les questions algériennes, et'le maréchal Gérard, qui lui succéda, était une de ces « illustres épées », auxquelles le roi aimait à recourir autant pour tenir en équilibre les deux influences rivales de MM. Guizot et Thiers que pour éviter l'autorité d'un vrai président du Conseil \ Le maréchal Gérard, tiraillé à la Chambre, sans autorité sur ses collègues, n'avait duré que deux mois et à sa retraite, le 29 octobre, le roi ne put — • ou ne voulut — lui donner de successeur immédiat ; sur quoi les ministres donnèrent leur démission. Louis-Philippe essaya d'un cabiinet d'hommes nouveaux dont il remit la direction à un \àeux débris du premier Empire, le duc de Bassano, jadis le plus docile instrument du despotisme impérial, étranger aux affaires publiques, si embarrassé dans ses affaires privées, qu'à peine nommé, une multitude de petits créanciers vinrent faire saisie-arrêt sur son traitement* : le scandale fut tel que le ministère en mour*ut, trois jours après sa naissance. Revenant alors aux hommes du 1 i octobre, le roi rappela au pouvoir ]iIM. Thiers, Guizot et plusieurs de leurs collègues, mais en leur donnant pour chef un vieu.x brave, le maréchal Mortier, si insuffisant qu'il dut se retirer le 20 février 1835 en alléguant l'état de sa santé. Et pendant plus de deux semaines, le roi envoya ses aides de camp frapper à toutes les portes, chez le comte Mole, M. Dupin, le maréclial Soult, le général Sébastian!, le maréchal Gérard ; en réalité Louis- Philippe ne voulait point donner à son cabinet un chef effectif, crainte de diminuer par là-même sa propre autorité, faussant ainsi tout le gouvernement parlementaire^.
Une telle situation causait un vif mécontentement dans les
i. Odilon Barrot. Mémoires, I, p. 287.
2. Thureau-Dangin. Histoire de la monarc/iie de Juillet, t. II, p. 281.