‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 2)Chapitre 72 sur 171 · De La Rive. Le comte de (Cavour, p · texte numérisé non relu

De La Rive. Le comte de (Cavour, p

encore le même goût pour la politique que j'en avais il y a quelques années, il me serait impossible de me mêler d'une manière active des affaires publiques sous un gouvernement dont mes opinions et mes circonstances personnelles m 'éloignent également '. *

Il ne prit point d'ailleurs la mine d'un boudeur; il continua à fréquenter le monde officiel et les ambassades, en bons termes même avec le ministre d'Autriche, — c'était le prince Félix de Schvvarzenberg dont la poigne brutale refit l'empire en 1849, — qui lui confiait la haute mission d'acheter des caisses de cigares à Genève '. Mais il renonçait à toute ambition dans un pays où « rien ne change, c'est toujours le même système de faiblesse et de colère, d'indécision et de mauvaise foi^».

Ainsi écarté des affaires publiques, il ne restait à sa jeune et bouillonnante activité que la pratique des affaires privées.

Quelques semaines avant le retour de Camille en Piémont, le marquis Cavour avait enfin obtenu une de ces situations politiques qu'il ambitionnait depuis si longtemps ; le 27 juin 183ti, le roi l'avait nommé « vicario et superintendant de politique et police pour la cité de Turin ».

La charge était depuis longtemps occupée par le comte de Serravalle ; le temps de son administration venant à expiration, la municipalité, — le corps des décurions — , avait présenté au roi une liste de trois candidats, le vicaire sortant placé en tête, mais pour la forme, car son état de santé ne

1. Cavour à iN'aville de ChuU^auvieux, 1" décembre 1835. t. Cavour au baron Maurice, ."i février 1839, t'o mai 1840. 3. Cavour au baron de Barante, 23 juillet 'i837.

lui permettait plus de continuer ses fonctions ; Charles-Albert écarta les deux autres sous divers prétextes , et demanda une autre liste, laissant insinuer qu'il désirait nommer le marquis de Cavour ; le corps des décurions s'empressa de présenter une nouvelle liste, comprenant le nom du candidat voulu par le monarque et celui-ci désigna immédiatement Michel « Bens de Cavour » pour le vicariat. « C'est, constate le ministre de France, une notabilité du pays, homme fin, adroit, très actif, sans opinion bien prononcée, caressant tous les partis, et étant bien avec tout le monde. On le redoute un peu pour la dépense, on craint qu'il ne soit pas très économe des deniers de la ville ; mais du reste, on lui rend généralement justice, et on croit qu'il réussira dans la place qui lui est confiée ^ »

Les fonctions étaient absorbantes, car le vicario, chef de la police municipale, avait des occupations multiples : surveiller les marchés et les marchands forains, assurer la propreté des rues et la santé de la ville, veiller à l'observation des arrêtés municipaux, prêter le concours des agents locaux au gouverneur chargé de la police judiciaire et au ministre de l'Intérieur, investi de la police politique, et à ce dernier titre « tenir à l'œil, traquer, persécuter tous ceux qui étaient affligés du renom de libéraux ou avaient manifesté cette fâcheuse tendance - » ; quelques critiques insinuent que le marquis s'entendit d'autant mieux à cette chasse qu'il était un libéral converti. Certes la charge de vicario n'était que secondaire, bien inférieure à celles que le marquis avait rêvé obtenir : ministre ou vice-roi en Sardaigne. Mais il n'était plus jeune, cinquante-trois ans révolus ; l'heure était venue

1. M. de Chasteau au duc de Broglie, 13 juillet 1835. Documents inédils. Archives des Affaires étrangères, fonds Turin, 1835, t. CGGVI, f" 196.

2. Ercole Ricotti. Il rer/no di Viltorio Emmanuele 11, t. I, p. 87.

de débuter ou de renoncer : et le marquis espérait que, par son zèle et son succès, il s'imposerait pour de plus hautes fonctions. 11 se mit donc avec ardeur à sa fonction : c'était d'ailleurs un homme consciencieux, honnête dans sa tâche, incapable de ne point donner toute sa vie à l'emploi qu'il avait accepté.

Et de fait, il eut de rudes débuts, car le choléra s'étant étendu à Turin, le vicario dut préparer des lazarets, prendre des mesures d'hygiène, veiller à un nettoyage général d'une ville d'ailleurs très bien tenue. « Lits, linge, remèdes, moyens de transport pour les malades et les morts, on a pourvu à tout, mandait le chargé d'affaires français, M. de Chasteau. M. le marquis de Gavour déploie dans cette triste circonstance la plus grande activité et le zèle le plus intelligent. Aussi, son éloge se trouve-t-il dans toutes les bouches \ » Grâce à la diligence de la municipalité, le fléau se fit peu sentir à Turin, aucun désordre n'éclata, la population se trouvait habilement protégée et soignée'. Déjà l'on racontait à l'ambassade de France qu'on tiendrait compte au vicaire de Turin de « son activité, son intelligence et son habileté », et que le roi l'appellerait au ministère de l'Intérieur en remplacement de M. de Pralorme, qui prendrait les Affaires étrangères \

Il était désormais impossible au marquis Gavour de s'occuper en personne de ses vastes domaines ; son fils aîné, Gustave, toujours absorbé par quelque sujet de philosophie, par ses « noumènes », écrivait Gamille non sans ironie*, n'était pab fait pour une importante gestion immobilière ; force donc

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