‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 2)Chapitre 75 sur 171 · Cavour à son père, 18 octobre 1840. Ruffini, II, p · texte numérisé non relu

Cavour à son père, 18 octobre 1840. Ruffini, II, p

2. On ne le connaît que par un compte rendu de M. Bottin à !a Société centrale d'agriculture de Turin, Ghiala, Letlere di Cavour, t. V, p. cvi.

fabrique d'engrais chimiques. Quant à l'eau des rizières, il n'y a qu'à la chercher ; les neiges et les glaciers des Alpes la fournissent en quantité, mais au loin, où il la fallait quérir. Le régime des eaux en Piémont était précisément à cette époque l'objet d'études spéciales par les auteurs du nouveau Code civil, car les torrents qui descendent des Alpes peuvent être soit des éléments de fécondité, soit des instruments de ruine. Depuis des temps immémoriaux^ des canaux d'irrigation avait été creusés, dont les distributions étaient régies par d'antiques coutumes, formulées dans des règlements vieilhs : on les rajeunit en les perfectionnant, on régularisa la servitude légale qui obhge toute commune, tout individu à subir sur son fonds le passage des eaux en faveur de son voisin, sauf à en profiter au passage ; et on détermina un barème modèle pour la distribution des eaux ^ Gavour entra avec sa vigueur accoutumée dans ces études et chercha sans cesse à profiter des règlements pour développer l'arrivée des eaux sur ses domaines, 11 veut utiliser pour sa terre de Montarucco les eaux d'un domaine voisin, les Apertole, propriété de la reine Marie-Christine ; on pourra ainsi améliorer les rizières, éviter le brusan (maladie du riz) grâce à des semailles précoces ; il en parle deux, trois fois à son père, et, même en voyage, le relance par une lettre détaillée, précise, pressante, pleine de chiffres et d'alléchantes perspectives ^ Est-il sur place, il pousse ses voisins, contribue à développer la Società per l'iinngazione verceliese, obtient la percée d'un nouvel et important canal, qui jouxtera ses terres en les fécondant, et qui sera nommé un jour, par un juste baptême, le canal Cavour,

i. F. Sclopitf. Histoire de la Léf/islalion ilallenne, Irad. Gh. S«lopis, t. III. p. ::Jo9 et suiv.

i. Cavour à son père. 2 novembre 1S40. Ruffini, t. H. p. 2J;i et suiv.

Bientôt le succès répond à ses initiatives : le blé est plus serré, les rizières en plus grand nombre donnent de meilleurs et plus abondants produits ; partout il leur cherche de nouveaux débouchés, et, rencontre-t-il en voyage quelque amateur, il lui glisse un échantillon ; jusqu'à ses parents de Suisse il expédie des balles de riz '. Absorbé « dans tous ses instants », il se réjouit des premiers résultats, dus à ses efforts personnels, car « en agriculture, il n'y a de bonnes affaires que celles qu'on peut diriger soi-même- ». Mais pendant que son blé et son riz poussent, déjà il pense à d'autres entreprises.

A la recherche de toutes innovations, il a appris qu'une nouvelle culture donne de beaux revenus dans les terres de France, la betterave : or en Piémont, on ne la cultivait que pour la nourriture des bestiaux ; il n'existait point de sucrerie ; il y avait là toute une nouvelle industrie agricole à créer et des bénéfices importants à réaliser. Camille se documente, fait venir des brochures et des renseio-nements des graines de Silésie, puis il se livre à des essais comparés dans les terres sèches de Grinzane et dans les rizières de Léri : les betteraves de coteau donnent des résultats suffisants, sans plus, celles des terrains humides sont « ma^ni- Tiques ». Le voilà au clair, il a même déjà établi ses devis de production et de bénéfice, et lorsque son ami Emile de La Riie lui demande des indications sur la possibilité d'introduire en Piémont l'industrie sucrière, il lui répond sans fard : « La personne qui s'en est le plus occupé et qui a déjà fait quelques essais à ce sujet, c'est votre très humble serviteur, qui a l'honneur de vous écrire '. » Et il développe ses

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