CHAPITRE III
^1. A l'Académie MILITAIRE. Organisation de l'Académie ; le comte de Saluées ; l'enseignement et ses défectuosités. — Ennui de Camille.
II. La llÉvoLUTiox DE 1S21. La réaction de 1815-1820 ; mécontentement général ; révolution à Xaples. — Les premiers troubles en Piémont. — Charles-Albert de Carignan. — La Révolution de mars, abdication de Victor-Emmanuel, fureur de Charles-Félix, fuite de Charles-Albert. — L'action inutile du marquis Cavour. — Défaite des constitutionnels. — L'influence sur le pays, sur le jeune Cavour.
§ III. Le départ de l'Académie. Les hautes classes : sciences et lettres. — Le prince de Carignan ; un page indiscipliné. — Fin des études. — Cavour congédié de son service de page. Effet du passage à l'Académie et à la Cour.
L'Académie militaire, où le jeune Camille de Cavour a passé six années d'éludés, avait été fondée au \\W siècle pour l'éducation des jeunes gentilshommes. Supprimée pendant les années d'occupation française, elle avait été réorganisée par le roi Victor-Emmanuel P"^ qui tenait à rétablir toutes les vieilles institutions, forces de sa dynastie : celle-ci était des meilleures. Aux termes de la patente du 2 novembre 1815, l'Académie avait pour but « d'assurer à la patrie et aux familles tous les avantages qu'on peut attendre de la morale religieuse unie à rinflucnce de la science et des con-
naissances humaines bien dirigées * ». Installée dans de spacieux bâtiments, via délia Lecca ^, façades élégantes, vastes cours, salles claires et saines, elle donnait une impression de luxe sévère et de recueillement laborieux. Deux cents enfants des meilleures familles 3' étaient réunis, entrés à neuf ou dix ans, n'en sortant la plupart que peurs 'incorporer dans l'armée sarde. Car c'était avant tout une institution militaire, sous la dépendance directe du ministre de la Guerre, et, dans leur uniforme de 1820, avec leur tunique à la française, leur grand shako à vaste plumet, leur petit sabre, les enfants se donnaient déjà l'allure de vieux troupiers.
Dirigée d'abord par le général de Robilant, l'Académie avait pour véritable rénovateur le comte de Saluées, qui en avait rédigé les statuts en 1815 et en prit la direction en 1821. C'était un fin érudit que le comte Cesare Saluzzo di Monesiglio ^ ; appartenant à l'une des premières familles du royaume, destiné dans sa jeunesse à l'état ecclésiastique, il avait abandonné la théologie pour la jurisprudence, s'adonnant ensuite à la philosophie et aux belles-lettres, passant à la science militaire sans oublier la poésie ; secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences de Turin pour la classe de littérature, auteur de nombreux ouvrages d'histoire, sans aucune morgue d'ailleurs ni pédanterie, il s'imposait à ses élèves par l'étendue de ses connaissances et les séduisait par la franchise de son caractère. « C'était notre père à tous », disait Cavour en 1854 dans une cérémonie universitaire.
Le comte de Saluées avait donné à l'enseignement de l'Académie une base très large plutôt que profonde. Les élèves
1. F. L. Rogier. La reale Accademia miliLare di Torino. Note storiche 1S16-1S60 (Turin, 1893). Chiala. Leltere di Cavour, t. V, p. 413 et suiv.