‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 2)Chapitre 9 sur 171 · Paravia (Pier Alessandro), Vita di Cesare Saluzzo · texte numérisé non relu

Paravia (Pier Alessandro), Vita di Cesare Saluzzo

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étaient divisés en quatre brigades, dont la première comprenait les plus jeunes, âgés de neuf à douze ans : on leur donnait un enseignement général, ou plutôt des notions sur toutes choses, grammaire et littérature italiennes, langue latine, histoire sainte, grecque, romaine, arithmétique et géométrie élémentaire, quelque peu de géographie et beaucoup de religion. A la fin de ce premier cycle, les élèves devaient choisir entre l'infanterie, la cavalerie ou les armes savantes — artillerie et génie — et, selon leur décision, ils étaient répartis dans l'une des trois brigades de maturité. Là l'enseignement devenait plus technique ; sans abandonner complètement Tétude de la philosophie ou de la Httérature, les « aspirants » s'adonnaient plus spécialement aux sciences militaires : histoire des armées, tactique et stratégie, artillerie, ponts et fortifications, mathématiques appliquées, physique et chimie surtout dans leurs rapports avec l'art de la guerre.

Les professeurs étaient bien choisis, la plupart enseignaient à l'Université de Turin, quelques-uns étaient des hommes de grande valeur ; néanmoins l'ensemble des études était faible, sauf peut-être pour les mathématiques; la faute n'en était point au corps enseignant, mais à l'esprit même qui régnait à l'Académie, au groupement de tous ces jeunes nobles, enfants des plus aristocratiques familles, sachant qu'ils tiendraient leur situation de leur naissance, non de leur travail ; on dirait aujourd'hui, en langue familière, que l'établissement était trop « chic ». Les études s'en ressentaient, surtout celles qui ne tendaient point à un résultat pratique et immédiat. « Mon éducation littéraire a été singulièrement négligée », écrivait Cavour en 1835. Et le programme explique ce regret, car il était aussi pauvre en culture des lettres (jue riche eii cours scientifiques et tecimiques.

Vainement essayait-on de donner aux enfants quelque goût des belles-lettres par les représentations théâtrales, de mode dans les collèges des Jésuites ; ils n'y voyaient que le plaisir de se déguiser — et les biographes de Cavour ne manquent point de rappeler que le jeune Camille y parut costumé en « génie de l'Italie ». De même que dans les voyages aux forteresses des Alpes, ils n'appréciaient d'abord que la joie de l'excursion, les histoires contées en route, et la partie de boule à l'arrivée. Pour un travail énergique, approfondi, tenace, tous ces enfants étaient trop élégants et sûrs de leurs appuis naturels.

Tel était le milieu où, le l" mai 1820, arrivait le jeune Camille de dix ans. Il ne s'y plut point ; certes, il n'y fut point malheureux, il n'était point de ces « enfants qui pleurent toujours », son caractère était trop foncièrement gai, pour tourner à la mélancolie & dans les cours des écoles ». Mais trop de choses le choquaient. Il sortait du milieu familial le plus doux et le plus aimable, pour entrer dans l'internat, avec toutes ses brutalités et ses exigences. Il était habitué à vivre auprès de sa mère, de sa grand'mère, de ses tantes : il ne les pouvait plus voir qu'au parloir, à jours et heures fixes. Sa langue maternelle était le français, à tel point qu'il avait l'habitude de franciser les noms des familles et des lieux, écrivant Moncalier pour Moncalieri, Barol pour Barolo ; et à l'Académie il était défendu de parler autrement qu'en italien. A l'hôtel des Cavour, comme à Santena, il courait librement, parlant à son gré, parfois à tort et à travers ; ici régnait une discipUne stricte et rigoureuse. Enfin et surtout, l'enfant était habitué à une religion sans étroitesse, catholique sans doute, mais élargie par la fréquentation d'autres dogmes ; à Genève, il voyait son oncle, ses cousins aller au Temple alors que lui-même se rendait avec sa mère

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à la messe; il ne lui semblait point qu'il y eût déshonneur à être protestant; à l'Académie, on ne concevait point d'autre religion que le catholicisme, et avec toutes ses pratiques minutieuses, service journalier, confession régulière, et chaque enfant porteur d'un crucifix.

Dès son entrée à l'Académie, Camille s'ennuya ; ce n'était pas un mauvais élève, au contraire; son esprit vif et pénétrant s'assimilait avec facilité tout ce qu'on lui enseignait, et ses notes, retrouvées dans les archives de la maison, témoignent qu'il se tenait en bon rang. Mais cet internement lui pesait, et dans ses lettres enfantines, quand il parle de Santena, « du jardin bien fleuri », « des travaux du jardin et du nouvel arrangement de la galerie », on croit entendre le bruissement des ailes de l'oiseau captif, aspirant à la liberté vers les prés et les bois. Il avait noué quelques amitiés qui devaient le suivre toute sa vie, avec son camarade Séverin Cassio, un « grand », car il était son aîné de trois ans, avec Pierre de Santa-Rosa, d'une famille liée à la sienne, et qu'il courait retrouver à chaque sortie. Mais ces camaraderies ne lui donnaient point la clef des champs.

Tandis qu'ainsi Camille bâillait à l'Académie militaire, une révolution éclatait à Turin, qui devait avoir une longue portée sur l'histoire du Piémont et sur le sort des Cavour.

Depuis sept années, l'Italie vivait dans un étoufîoir. La Restauration avait morcelé à nouveau l'Italie en huit États, rétabli les monarques d'antan, étranglé toute idée libérale. A leur retour, les princes avaient été accueillis avec faveur, non seulement par les partisans de l'ancien régime, mais aussi par la masse du peuple qui les considérait comme les protecteurs

des aspirations nationales contre les ambitions françaises ^ Mais lorsqu'on vit abroger tous les progrès réalisés depuis vingt ans, rétablir tous les privilèges de la noblesse et du clergé, dominer hautainement l'action autrichienne, un murmure de protestation s'éleva, sourd dans les campagnes, clair à Naples, à Gènes, à Milan. Partout on voyait les monastères reprendre leurs privilèges, les Jésuites s'insinuer dans l'enseignement public, les émigrés centrer en possession de leurs biens. En Lombardie et en Vénétie, les fonctionnaires et les soldats de l'Autriche se tenaient comme en pays conquis de haute lutte ; loin d'accorder, ainsi que l'avait promis Metternich, « des lois conformes au caractère et aux coutumes italiennes », l'archiduc Rénier supprima toutes les institutions, qui, sous la domination française, donnaient au pays au moins l'illusion de l'indépendance ; il écarta systématiquement les Italiens de toutes les fonctions publiques ; il organisa tout un réseau de police tracassière, qui érigeait la dénonciation en devoir civique. A Naples, Ferdinand réagissait avec une si lourde et maladroite brutalité, que les puissances signataires du traité de Vienne durent intervenir avec une pressante persuasion A Turin, le bon Victor-Emmanuel avait empoigné l'Almanach royal de 1793, et remettait toutes choses dans l'état de ci-devant, jésuites, oblats et capucins, même à Gênes, qui ne les avaient point connus.

Le mécontentement était général; bien hardi eût été qui s'en fût plaint ouvertement ; on conspirait dans le silence ; de ville en ville, les « carbonari » glissaient des paroles d'espérance et de révolte. Les actes suivirent bientôt.

La nouvelle de la révolution espagnole fait éclater en juillet 1820 une insurrection à Naples et le mouvement s'étend

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