Cavour à Auguste de La Rivo, 25 dtîcembre
o. Cavour à Auguste de La Rive, i'A décembre ISo'i, 2'J mars, il mai, 4 septembre I8:;6; à Mauricc-Sellon, !•' janvier 1837. 4. Ruiiiiii. La (}iovinezza di Cavour, II, Hi.
Revue Suisse; âgé déjà d'une quarantaine d'années, ce recueil avait été longtemps le seul de son genre en langue française ; il avait eu ensuite à lutter contre ses brillants émules de Paris, la Revue Bintannique , la Revue des Deux Mondes^ la première Revue de Paris, mais il avait su , par la tenue et la valeur de ses articles, conserver un rang très estimable ; et son nouveau directeur voulait lui donner un vif essor, le mettre à l'égal des deux grands périodiques de l'Angleterre, la Revue d'Edimbourg et la Quaterly Review ; il cherchait donc à recruter de nouveaux collaborateurs, en tous pays, lui apportant des notes inédites ; Camille de Cavour lui paraissait désigné comme correspondant d'Italie, avec son esprit vif et pénétrant, ses relations de Turin, son éducation autant italienne que française ; Auguste de La Rive écrivit donc en novembre 183o à Cavour pour lui demander quelques articles sur des sujets à son libre choix.
Camille fut flatté et tenté ; déjà son étude sur le pauj)érisme en Angleterre avait eu quelque succès, dont il avait été très fier; il avait ainsi" pris goût à cette jouissance de communiquer sa pensée, d'en pénétrer ses lecteurs, qui est la récompense du publiciste probe. Il accepta donc la proposition du Directeur « avec reconnaissance et empressement. Je crains seulement, ajoutait-il, que voire partialité comme parent et comme ami ne vous ait aveuglé en la faisant, car quelque dose d'amour-propre et de vanité dont je sois doté, je comprends fort bien que ma place n'est pas au milieu des illustres collaborateurs que vous avez réunis... » Cette protestation de modestie faite, un appel à l'indulgence ajouté, Camille se demande quel article fournir. Aucun d'imagination, car, continue-t-il, « chez moi la folle du logis est une vieille paresseuse que j'ai beau exciter, elle ne se met jamais en mouvement. Ainsi donc je ne puis vous faire aucune rela-
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tion tirée de mon voyage, car il faudrait pour amener quelquesunes des remarques et des observations que jai pu faire, broder un fond quelconque, et je n'ai jamais pu y parvenir ». Donc, quelque article de pur raisonnement, et il propose de reprendre son étude sur les pauvres en Angleterre, de la remanier en profitant des constatations qu'il a pu faire et des conversations qu'il a eues à Londres, et de rédiger ainsi une série pour la Revue'. De La Rive accepte... et le temps passe, si bien qu'aucun article ne parut : les nombreuses occupations, les voyages fréquents de Gavour, ne lui avaient point permis un travail suivi, surtout il fut arrêté par une grave divergence d'opinion avec un des principaux rédacteurs de la Revue, M. Naville, qui venait d'écrire sur la Charité légale des pages que Gavour désapprouvait : son article l'aurait entraîné à une polémique, « qui pourrait indisposer quelques collaborateurs infiniment plus utiles que lui à la réussite de l'entreprise- ». La Revue dut attendre^ plusieurs années encore avant de porter la signature de Gavour % qui se contenta pour l'heure de lui fournir des collaborateurs aussi méritants que désargentés. Il en lisait d'ailleurs avec soin les articles, et adressait à Auguste de La Rive, avec des éloges mérités, des critiques fines et sensées, témoignant de son goût littéraire et de son a;nour d'un sage progrès : même en littérature, il était « juste milieu ».
11 continuait d'ailleurs à s'intéresser aux questions d'économie sociale, et entretenait une intéressante correspondance avec M. Senior, « l'homme le plus éclairé de la Grande Bretagne », et le comte Pollonc, ministre de Piémont à Londres,