Diario, 26 février 1838, p
4. On racontait quelques années plus tard à Turin que Cavour a\ ait été passionnément amoureu.x d'une jeune fille de son monde ; il l'aurait demandée en mariage, mais aurait été préféré par le comte Mestiatis. Daniel Stern. Florence el Turin. Eludes d'art et de politique. IS:>7-1S6i. p. XXI. Cpr. Chiala, Leltere. V, p. lx, Ruffini, II, p. 'J4. Le conte est-il vrai ! Chi lo sa ?
coquetait avec quelque belle, s'asseyait un moment à une table de whist. Il approchait de la trentaine : ces plaisirs mondains ne l'enivraient plus. 11 leur préférait les agréables soirées de sa vieille amie, la marquise de Barolo, née Maulévrier, une vendéenne apparentée à la famille Colbert, instruite, aimable, attirante ; elle avait su se composer un « salon » de bonne compagnie et de conversation brillante, où aimaient à se retrouver les esprits les plus délicats de Turin : Silvio Pellico, César Balbo, Frédéric Sclopis, Santa-Rosa, les frères Cavour\ Camille s'y sentait dans son milieu intellectuel : le ton de la maison lui rappelait les grands salons de Paris, car depuis son séjour de 1835 il tenait Paris pour sa capitale spirituelle et n'avait qu'un désir, y retourner.
Gavour revint à Paris à plusieurs reprises, et dans des intentions bien différentes : pour les affaires de sa tante M'"" de Clermont-Tonnerre, à la recherche du plaisir, pour fréquenter le monde politique, en quête d'intéressantes études et de sages distractions. Dans la période de 1836 à 1840, il y fit trois séjours, qui ne sont point les meilleurs, et de loin.
Il arriva dans la capitale le 2i juillet 1837, après avoir visité les propriétés de la duchesse en Dauphiné, et s'installa, comme en 1835, dans le bel hôtel Caumont La Force, 105, rue de Oenelle ; il n'y resta que quelques semaines , retourna pour trois mois à Turin, et, après avoir passé les fêtes du premier jour de l'an à Genève, revint :"i Paris le 8 janvier 1838 où il séjourna plusieurs mois, d'abord chez sa tante, ensuite à l'hôtel Mirabeau où le rejoignirent ses cousins
i. Rerli. Il coule Cavour avanti il iS-SiS, p. 237.
M. et M"*® Maurice-Sellon. Que fit-il pendant ce double séjour ; rimpartial historien doit dire qu'il fréquenta plus les boulevards que la Sorbonne et «le Collège de France.
Il s'occupa, d'abord, et avec conscience, des affaires si embrouillées de M""^ de Clermont-Tonnerre ; son journal, ses lettres, ses papiers sont pleins de notes, de comptes, de conversations avec les hommes d'affaires ; et c'était bien le moins, car la duchesse faisait les frais du séjour ; c'était de l'argent bien placé, d'ailleurs, car le jeune Camille était un fin financier, point facile à tromper, rompu aux négociations les plus délicates ; et finalement il sut tirer au clair la succession la plus diffîcultueuse. Son père l'avait également chargé de quelques commissions officielles, surveillance d'une statue destinée à Turin, étude de l'éclairage à Paris, « la ville de Turin n'a rien fait sur l'éclairage à gaz, elle ne conclura rien avant ton retour; tu m'as déjà envoyé des notions intéressantes; tâche de connaître à fond l'avis de la police municipale ' » ; sans compter des commissions personnelles, dont il était arrivé à Paris avec une longue liste. De tout, il s'occupait avec un égal soin, à l'admiration de son père, pourtant sévère : « Il y a du plaisir à lire un compte rendu par toi », lui écrivaitil. D'ailleurs en s'occupant des affaires d'autrui, il n'oubliait pas les siennes, spéculait avec quelque prudence — d'abord — et gagnait quelques milliers de francs à la Bourse.
Entre temps, il s'occupait de politique ; il retournait à la Chambre des députés, assistait à un intéressant débat sur la question d'Espagne où prenaient part quelques-uns des grands orateurs du temps, Mole, Mauguin, Dufaure, Guizot. Il surveillait curieusement les évolutions de l'opinion pubhque, et ses jugements sont intéressants par leur exactitude. « A en juger
i. Le marquis Cavour à Camille, 1" février 1838 . Le deuxième volume Ruffini fourmille de renseignements inédits sur ces séjours.
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par les apparences extérieures, écrivait-il en juillet 1837, jamais Paris n'a été plus calme ni plus tranquille ; la presse me paraît assoupie... L'approche même fies anniversaires de la révolution n'émeut personne ; je crois que tout se bornera à quelques feux d'artifices et à des fêtes populaires aux Champs- Elysées \ » Et en effet « les fêtes de la grande semaine se sont passées le plus tranquillement du monde... Le bon peuple a sauté dans les Champs-Elysées sans laisser voir si c'était en l'honneur du triomphe de la liberté qu'il sautait : il a été le soir assister à une grande fête sur la Seine... La fête finie, tout le monde est rentré chez soi, et moi, sur mon chemin, j'ai trouvé le palais du nonce et celui de notre ambassadeur pompeusement illuminés : eux aussi fêtaient Juillet ! - » Le point d'exclamation était de mise. Bref, tout est au calme, dans une « ère de paix », car la grande majorité des Français sont « essentiellement centre gauche^ », et l'on peut « souper avec un légitimiste à longue barbe, un républicain renforcé et {e rédacteur d'un journal ministériel par excellence, représentant les trois nuances d'opinion les plus prononcées, qui vivent entre eux dans la meilleure harmonie, et se voyant tous les jours, jamais il ne leur arrive d'avoir la moindre dispute ».
Même esprit pacifique dans les salons, oii il retrouvait ses relations de 1835. 11 se rendait chez le comte d'Haussonville, accueilli avec cette parfaite politesse qui l'avait attiré lors de ses relations avec le courtois diplomate à Turin en 1831 , un peu plus distraitement par la jeune comtesse qui ne voyait en lui qu'un étranger de petite marque. Il dînait chez le marquis Brignole, ministre de Sardaigne, avec Mole, Montalivet, l^asquier,